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La Guerre des Fleurs

26 août 2010

Pour Théo Vilmos, les jours pourris se suivent et ne se ressemblent pas. Il se sent clairement en trop dans son groupe de rock sans envergure ; sa compagne fait une fausse couche puis le quitte ; il retourne chez sa mère, qui ne tarde pas à développer un cancer… C’est beaucoup pour un seul homme, surtout quand il s’agit d’un adolescent attardé de trente ans. Aussi, lorsqu’un ersatz caractériel de fée clochette apparaît dans son salon pour le sauver d’un monstre à moitié décomposé, il est à peine surpris. Son grand oncle Eamonn Dowd n’avait-il pas tenu un carnet de voyage sur ses excursions fascinantes en Faërie ?

Il avait envie de s’allonger et de dormir, mais au lieu de ça, il avançait derrière cette petite insolente ailée. Tout cela tournait au cauchemar ou au stage de survie en milieu Disney. L’intensité visuelle de la forêt, les mouches de lumière, les bourdons aussi lumineux qu’une pièce polie, les racines tortueuses et emmêlées et les champignons colorés dans leur profusion, même le vert de l’herbe, tout était hallucinatoire. Théo avait l’impression d’être pris au piège dans un trip à l’acide. Il avait mal à la tête.
– Mais pourquoi moi ? Je ne suis personne ! Je suis… chiant !
– Tu peux le dire… Mais garde tes questions pour le vieux – il pourra sans doute t’en dire beaucoup plus que moi. (p. 121)

S’il croyait se retrouver dans un conte pour enfants, c’est râpé. Faërie se révèle être un monde peu sympathique, avec la domination de la race des Feys sur les autres. Les grandes familles portent des noms de fleurs et ont oublié le rôle vital de la reine Titania et du roi Obéron. La magie remplace la science du monde humain mais ce monde suit la même évolution vers l’industrialisation que celui des humains : vie urbaine, exploitation des travailleurs, luxe moderne des uns et misère des autres. Tad Williams part des mythes et contes de fées, avec toutes leurs créatures magiques, pour reconstruire un monde féérique avec tous les défauts du monde moderne, téléphone portable compris !

J’adore cet auteur, surtout depuis Autremonde, mais je n’ai pas complètement adhéré à ce roman. Je me suis sentie peu d’affinités avec le héros, ancien lycéen cool devenu vieil ado irresponsable. Il va vivre une histoire d’amour très convenue, sans intérêt. D’ailleurs, je trouve que les personnages féminins passent insidieusement au second plan, une fois utilisée la carte pétillante de Trognon d’Pomme (femmes à aimer, femmes à sauver mais non actrices de l’histoire).

J’ai beaucoup plus aimé les gobelins et d’autres créatures humbles mais fortes, comme Cumber le Ferischer. Il parvenait à merveille à décrire une personnalité étrangère à l’humanité, avec toutes sortes de petites bizarreries mais aussi beaucoup de dignité. Et j’ai adoré le superbe passage de description de la musique dans le chapitre « Be-Bop a-Gobelin ». C’est très dur de faire ressentir une impression musicale, surtout s’agissant de sons d’un autre monde, et il y est parfaitement parvenu.

Tous les éléments d’une saga se trouvent réunis dans ce volume unique, ce qui en rend la lecture épuisante. L’intrigue est dense, généreuse, pleine de surprises. Tad Williams fait montre de son talent habituel pour rassembler tous les fils de l’intrigue lors du dénouement, qui ne manque pas de bons sentiments.

Tad Williams, La Guerre des Fleurs, Ed. Fleuve Noir,
2007, 676 p. (The War of Flowers, 2003).

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