Skip to content

La Déchirure

23 novembre 2010

Après la fantasy médiévale, ambiance far west pour Robin Hobb, avec cavaliers à chapeaux, contrées désertiques à découvrir, populations s’installant sur des territoires “vierges”, ou du moins considérés comme tels.

Jamère Burvelle est le second fils d’un militaire récemment ennobli, destiné par sa place dans la fratrie à devenir soldat lui aussi. Curieux de ce monde encore en grande partie inexploré par les envahisseurs gerniens, désireux de montrer sa valeur aux yeux de son père, rien ne le prédispose à s’interroger sur le bien-fondé de la conquête qui a repoussé les peuples nomades toujours plus loin vers l’est. Il faut pour cela une mauvaise idée de son père, souhaitant le confier quelques jours à un Kidona, guerrier nomade belliqueux, pour éprouver ses qualités guerrières et l’endurcir. Le projet réussit trop bien : Jamère est prêt à devenir un Kidona comme son instructeur. Il partage une transe, ou un rêve, il ne sait pas très bien, avec ce Dewara, qui le charge d’une mission trop importante pour ses épaules d’adolescent. Il en revient terrifié, déshydraté, tuméfié. C’en est fini de son apprentissage nomade, du moins le croit-il. Il reprend son existence conformiste, accepte la fiancée que lui présentent ses parents, entre à l’école royale de la cavalla pour parfaire son apprentissage.

Tout semble rentrer dans l’ordre pour le jeune homme, celui de la domestication de la nature, de l’imposition de sa culture aux autres peuples, de l’usage des armes et de la domination dans toutes les sphères de la société. Pourtant, il n’est plus le même… Voir un arbre abattu le rend malade, la forêt l’attire, lui l’habitant des plaines, censé trouver répugnantes les créatures maléfiques qui s’y tapissent.

Les arbres s’élevaient si haut que, du pont du bateau, je devais me dévisser le cou pour voir les branches des cimes qui se découpaient sur le ciel bleu de ce début d’automne. A mesure que nous poursuivions notre route, l’aspect des bois changeait : les conifères à l’ombre écrasante laissaient la place à un mélange de persistants et de cactus dont les premiers froids avaient donné aux frondaisons des teintes rouge et or. Devant ces géants feuillus, je m’émerveillais de percevoir la lente vie qui parcourait leurs branches. Comment un enfant des Plaines pouvait-il éprouver une si forte attirance pour ces futaies ? Tout à coup, le pays aux étendues infinies qui m’avaient vu grandir me parut aride, infécond et inondé d’une lumière trop vive ; j’aspirais de tout mon cœur à marcher sur le tapis moelleux des feuilles en décomposition sous les vieux arbres pleins de sagesse. (p. 220-221)

J’ai beaucoup aimé ce premier tome, pour ses aspects écologistes et pacifistes. « Rien de valable ne s’obtient par le sang », dit l’une des créatures. Pour autant, je lui ai trouvé de fortes ressemblances avec l’Assassin royal, dans la forme (roman initiatique, narration à la première personne) et le type de héros (droit, sensible, obéissant, introverti, tiraillé entre deux identités, avec une présence étrangère dans son esprit). La partie qui se déroule à l’école me semble trop longue, étant peu intéressée par les tourments de jeunes élites militaires.

J’ai tout de même eu envie de connaître la suite… A noter que je chroniquerai cette série selon le découpage originel en trois tomes. Le premier, Shaman’s Crossing, correspond donc aux deux premiers chez Pygmalion, La Déchirure et Le Cavalier rêveur. Les suivants ont été découpé en trois parties chacun, selon une logique bien plus commerciale qu’intellectuelle…

Robin Hobb, La Déchirure, Pygmalion, 2006, 359 p. ;
Le Cavalier rêveur, 2007, 350 p. (Shaman’s Crossing, 2005).

Trilogie du Soldat chamane :

La Déchirure
Le Cavalier rêveur (Shaman’s Crossing)
Le Fils rejeté
La Magie de la peur
Le Choix du soldat (Forest Mage)
Le Renégat
Danse de terreur
Racines (Renegade’s Magic)

Publicités
One Comment leave one →
  1. 18 août 2011 11:41

    J’ai lu cette trilogie, et je n’ai pas du tout aimé. Je trouve que c’est une mauvaise parodie de l’Assassin Royal, mais en exagérant les défauts du style de Robin Hobb. En particulier, le héros, encore sympa dans ce premier volume, devient exaspérant dans la suite.
    J ‘attends avec impatience de voir ce que tu en penses. Pour moi, ce fût une lourde déception.
    Si ce n’est pas déjà lu, je te conseille Les aventuriers de la mer !
    Posté par Céline, 23 novembre 2010 à 23:09

    Je confirme, le héros m’a pas mal gonflée par la suite ! L’impression que ça m’a donné, c’est que Robin Hobb reproduisait avec beaucoup d’application le point de vue d’un jeune homme conservateur,pour le faire évoluer mais lentement et à la marge, au lieu de créer des personnages intéressants comme elle l’a fait dans les Aventuriers de la mer (que j’ai lu et que je considère comme sa meilleure série !).
    Posté par canthilde, 24 novembre 2010 à 22:08

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :