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Avec vue sur l’Arno

25 novembre 2010

Lucy Honeychurch visite l’Italie avec un chaperon austère, Charlotte Bartlett. À Florence, deux Anglais, résidant dans la même pension qu’elles, leur proposent d’échanger leurs chambres, afin qu’elles bénéficient de la vue qui leur fait défaut. La politesse n’est guère appréciée, émanant d’un employé des chemins de fer. Tandis que les vacanciers font assaut de snobisme, Lucy tente de démêler les sentiments ambivalents qui l’agitent, concernant le fougueux George Emerson.

Dans ce conflit entre le « Moyen-Âge » des conventions et du contrôle sur soi et les aspirations naturelles d’une jeune femme, Lucy est tentée de rechercher l’apaisement dans le retrait hors des passions humaines. Mais les pulsions sont tumultueuses et son entourage suffisamment maladroit pour la pousser, presque par mégarde, vers la voie qui l’effraie.

Le roman est superbe, vibrant, plein de naturel. Certaines scènes sont plus vivantes que dans l’adaptation de James Ivory, comme celle de la baignade, tandis que Charlotte et Cecil réussissent à être encore plus agaçants sur le papier. L’auteur fait de son héroïne un personnage emblématique de l’émancipation féminine.

La conversation l’ennuyait. Elle voulait du grand et avait pensé le rencontrer sur la plate-forme d’un tram balayé par le vent.
Le projet devait être abandonné : soit ! Les dames, paraît-il, ne font pas cela. Pourquoi ? Pourquoi les dames font-elles si peu de ce qui est grand ? Charlotte le lui avait expliqué un jour. Les dames n’étaient pas inférieures aux hommes, elles étaient différentes. Leur mission paraissait s’inspirer des œuvres plutôt que d’en accomplir elles-mêmes. Indirectement, par son tact et une réputation sans tache, une femme peut accomplir beaucoup. Qu’elle se jette dans la mêlée, aussitôt la voici blâmée, méprisée et, en fin de compte, ignorée. Des poèmes ont illustré cette thèse.
(p. 57)

E. M. Forster, Avec vue sur l’Arno, Robert Laffont,
1947, « 10/18 », 285 p. [A Room with a View, 1908].

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One Comment leave one →
  1. 18 août 2011 12:12

    Je suis ravie de lire ton avis. C’est l’un de mes livres préférés, et j’adore également la version de James Ivory. J’aimerais bien qu’il soit réédité.
    Posté par Lilly, 25 novembre 2010 à 22:56

    J’ai énormément aimé cette lecture, découverte d’ailleurs à cause de Lilly. C’est un roman magnifique!
    Posté par Allie, 26 novembre 2010 à 13:38

    J’ai adoré le film : il faut absolument que j’en lise le livre…
    Posté par Céline, 27 novembre 2010 à 12:26

    Je ne lis ton billet qu’en diagonale, car ce Forster est sur ma LAL… J’ai vu le film il y a très longtemps et ne me souviens que de quelques scènes.
    Posté par Grominou, 27 novembre 2010 à 16:26

    Lilly : Oui, le roman est super, le film aussi. Le livre est plus subtil, il analyse bien l’ambivalence des sentiments.

    Allie : Je crois aussi que c’est la blogosphère qui m’a donné envie de lire Forster.

    Céline : Indispensable !

    Grominou : Je ne dévoile pas tout, rassure-toi, même si je laisse deviner la fin. Certaines scènes du film me sont aussi restées en tête (le champ de violettes, la rupture). Les comédiens étaient extraordinaires, à commencer par Daniel Day-Lewis !
    Posté par canthilde, 28 novembre 2010 à 17:19

    Lilly m’avait offert l’adaptation mais je n’ai pas encore lu le roman, en caisse en attendant mon installation dans un nouvel appart. J’avais été déçue en le recevant (je l’avais acheté en ligne), la couverture ne correspondant pas à celle que j’avais choisie (et celle que j’avais étant franchement vilaine)… bref tout ça pour dire que je dois me rattraper !
    Posté par Lou, 28 novembre 2010 à 17:44

    Lou, ne te laisse pas décourager par l’emballage !
    Posté par canthilde, 29 novembre 2010 à 22:10

    On m’en a offert une version… abrégée l’an dernier. Mais n’empêche que tu me redonnes l’envie de le lire (en version complète hein!). J’ai énormément aimé Maurice.
    Posté par Karine:), 01 décembre 2010 à 23:05

    Abrégée ? Il ne devait plus rester grand-chose ! C’est comme Au bonheur des dames de Zola, lu au collège en abrégé, que je rêve de relire.
    Posté par canthilde, 04 décembre 2010 à 10:51

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