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Le Fils rejeté

30 novembre 2010

Dans ce deuxième tome de la trilogie du Soldat chamane, Forest Mage, Jamère découvre ce que signifie être un personnage dans un roman de Robin Hobb : il est là pour en baver.

Une fois rescapé de la peste à Tharès-la-Vieille, la capitale, sa famille le convie au mariage de son frère aîné. Le jeune homme pense que c’est une excellente occasion pour se changer les idées et perdre le léger embonpoint qui a suivi sa convalescence. Il ne sait pas encore qu’il ne fait qu’entamer sa lente métamorphose, qui fera de lui un objet de dégoût, une honte pour sa famille, un proscrit. Mais il va aussi découvrir les possibilités ouvertes par la magie et les liens plus étroits qu’il ne le souhaiterait qui l’attachent aux Ocellions, ces créatures tachetées vivant au milieu de la forêt de l’est.

Sa mutation est agréablement vue sous un angle non dramatique, malgré les conséquences pour le personnage. Son évolution rend encore plus intéressant, par comparaison, le personnage de Gord dans le premier tome. Jamère découvre à ses dépens que l’opinion qu’on se fait de quelqu’un s’arrête le plus souvent à son enveloppe corporelle. Ce rejet l’amène à prendre ses distances avec le destin rêvé par sa famille. Mais, en bon fils de soldat, il veut avant tout s’enrôler, même à un poste subalterne, son éviction de l’école de cavalla lui bloquant toute avancée à un poste d’officier.

Vu son état physique, c’est un coup de chance d’être affecté comme gardien au cimetière de Guétis. La ville aux confins de l’est, en bordure de forêt, sourd un désespoir palpable. Les travaux de la route du roi n’avancent pas et la population est décimée chaque été par la peste ocellionne. C’est dans ce coin charmant que Jamère découvre la vocation qu’il tentait de nier depuis ses quinze ans, mais il tergiverse, se terre, s’échappe dans un vain labeur qui ne l’empêche en rien d’être considéré comme un monstre nuisible en ville.

Le thème de la trilogie est bien le conflit de deux civilisations, car c’est une vraie guerre que se livrent le s Gerniens et les Ocellions. Cependant, il ne faut pas s’attendre à des scènes hautes en couleur. En guise de spectaculaire, on a droit à des descriptions gastronomique et de la magie potagère. Robin Hobb s’attache à créer un monde par la répétition de scènes du quotidien, technique très utilisée pour délayer un livre qui tiendrait en un seul volume sinon. Ici, Jamère est un mangeur, on aura donc droit à des scènes de repas évocatrices.

Je piquai une des boulettes qui nageaient dans le jus de viande et la portai à ma bouche. Un mets digne des dieux ! La pâte fine et fondante s’entourait d’une couche extérieure amollie par la sauce savoureuse. Je reconnus un goût de céleri émincé, d’oignon attendri ainsi que l’arôme d’une feuille de laurier délicatement mijotée dans le jus de viande épaissi. Jamais je n’avais eu tant conscience des sensations que procure l’acte de manger ; il ne s’agissait pas seulement des goûts ni des odeurs, mais du léger salé du jambon opposé au contraste du pâté en croûte épicé avec la brioche qui l’entourait. On avait préparé le croissant au beurre, et j’en sentais le feuilleté comme une pluie délicate de flocons de neige sur ma langue. On avait laissé longuement saigner le poulet de grain avant de le mettre à rôtir au-dessus d’un feu à épaisse fumée avant de le parfumer et de préserver l’humidité de la chair. Le pain de seigle avait une consistance délicieuse, à la fois tendre et dense ; je l’accompagnai de vin, et le domestique vint remplir mon assiette. Je mangeai. (Le Fils rejeté, p. 142-143)

J’ai trouvé qu’on atteignait les limites de la narration à la première personne. On regrette de s’enliser dans la cabane de Jamère, au lieu de le laisser à ses ruminations le temps de découvrir la vie menée par Épinie, par exemple. Ce style trop linéaire dessert l’intrigue et lasse du héros, par trop terne. Seule la présence d’Olikéa introduit un peu de légèreté et de fantaisie. La société ocellionne est matriarcale et les filles n’ont pas froid aux yeux. La présence de celle-ci joue beaucoup dans l’attraction irrésistible de la forêt sur Jamère.

Je la suivis sous le couvert des arbres. Elle interrompait sa course, repartait, zigzaguait, se cachait et se montrait soudain, et je la poursuivais aveuglément, comme un chien à la poursuite d’un écureuil qui saute de branche en branche. Elle m’avait réduit à mes besoins les plus élémentaires, me nourrir et m’accoupler. Dignité, intelligence, rationalité m’abandonnaient à mesure que je m’enfonçais derrière elle dans les bois envahis de crépuscule. (Le Choix du soldat, p. 75-76)

Encore une fois, le thème de la nature enchante la lecture du roman, mais le héros est tellement engoncé dans ses principes, frileux et timoré que l’histoire en est alourdie (sans mauvais jeu de mots !). On tourne les pages en soupirant, espérant l’apparition d’Epinie ou d’Olikéa, n’importe quoi, un événement quelconque. Il se produit à la fin, promettant une rupture totale pour le troisième tome.

Robin Hobb, Le Fils rejeté, Pygmalion, 2007, 296 p., La Magie de la peur, 2008, 315 p., Le Choix du soldat, 2008, 341 p. (Forest Mage, 2006).

  

Trilogie du Soldat chamane :

La Déchirure
Le Cavalier rêveur (Shaman’s Crossing)
Le Fils rejeté
La Magie de la peur
Le Choix du soldat (Forest Mage)
Le Renégat
Danse de terreur
Racines (Renegade’s Magic)

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