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L’Oeuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Age et sous la Renaissance

28 décembre 2010

Voici un livre que j’avais envie de lire depuis longtemps, moins par goût pour Rabelais, qui ne m’attirait pas spécialement, que par intérêt pour les descriptions carnavalesques et festives. Rabelais, auteur du XVIe siècle, est peu compris et apprécié de nos jours, commence par nous expliquer l’auteur. La sensibilité a évolué et, en le jugeant d’après nos critères actuels, on ne peut comprendre sa relation étroite avec les formes d’expression de la culture comique populaire médiévale. On ne voit plus que la farce, la vulgarité.

Il faut se replacer dans un contexte ou la culture de rue prédomine : foires, fêtes religieuses, carnaval, toutes les occasions sont bonnes pour s’amuser, singer la culture officielle (fêtes des sots, fêtes de l’âne), blasphémer, se livrer à des pitreries et des jeux scatologiques. Le carnaval, « c’est la vie même, présentée sous les traits particuliers du jeu », où tout le monde participe sans distinctions, au contraire de la vie fortement hiérarchisée de l’époque. Le langage y est plus libre, les insultes et jurons fréquents.

A l’opposé de la fête officielle, le carnaval était le triomphe d’une sorte d’affranchissement provisoire de la vérité dominante et du régime existant, d’abolition provisoire de tous les rapports hiérarchiques, privilèges, règles et tabous. C’était l’authentique fête du temps, celle du devenir, des alternances et des renouveaux. Elle portait ses regards en direction d’un avenir inachevé. (p. 18)

On retrouve chez Rabelais ce rabaissement de tout ce qui est élevé, cet usage du langage des foires, proche de celui des bonimenteurs, sans tomber dans la moquerie purement négative. L’humour actuel est beaucoup plus grinçant, cynique, consiste à démolir purement et simplement la cible des moqueries.

Rabaisser consiste à rapprocher de la terre, à communier avec la terre comprise comme un principe d’absorption en même temps que de naissance : en rabaissant, on ensevelit et on sème du même coup, on donne la mort pour redonner le jour ensuite, mieux et plus. (p. 30)

La prédominance du principe de la vie matérielle et corporelle dans les livres de Rabelais (Pantagruel, Gargantua et les trois suivants) renvoie au réalisme grotesque. Le style grotesque vient d’un type de peinture ornementale trouvé dans des grottes romaines, caractérisé par un jeu avec les formes végétales, animales et humaines, sans frontières nettes, un univers mouvant avec de multiples métamorphoses. On retrouve cette imagerie antique dans la culture comique du Moyen Age, avec la mise en avant de la vie corporelle, les nombreux jurons renvoyant à un corps découpé, prêt à être mangé…

J’ai aimé cette mise en avant du rire, qui ne se limite pas à la légèreté ; il y a une dimension politique dans le fait de ne pas prendre au sérieux la culture officielle. A vrai dire, ce livre s’est révélé encore plus riche que je ne l’avais pensé et m’a permis de faire plein de parallèles avec d’autres thèmes, de mettre des mots sur des jugements encore flous que je portais sur la vie culturelle actuelle.  J’ai terminé l’analyse littéraire avec une envie certaine de lire l’œuvre de François Rabelais.

Mikhaïl Bakhtine, L’Oeuvre de François Rabelais et la culture populaire
au Moyen Age et sous la Renaissance, Ed. Gallimard, 1970, 471 p.

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