Skip to content

Camilla, Or A Picture of Youth

1 janvier 2011

 Camilla Tyrold éclaire de sa gaieté sa confortable maison d’Etherington, au milieu de ses sœurs Lavinia et Eugenia et de son frère, Lionel. Sir Hugh, frère de Mr Tyrold, au vu du bonheur domestique de celui-ci, souhaite élever Camilla avec Indiana, une nièce qu’il a recueillie. Les années d’enfance passent en forgeant des personnalités bien différentes dans la fratrie.

Her qualities had a power which, without consciousness how, or consideration why, governed her whole family. The airy thoughtlessness of her nature was a source of perpetual amusement; and, if sometimes her vivacity raised a fear for her discretion, the innocence of her mind reassured them after every alarm. The interest which she excited served to render her the first object of the house; it was just short of solicitude, yet kept it constantly alive. Her spirits were volatile, but her heart was tender; her gaiety had a fascination; her persuasion was irresistible.

Camilla reste vive, gaie, ouverte ; elle a de plus d’excellentes qualités morales. Tout chez elle concourt à charmer Edgar Mandlebert, le jeune lord de Beech Park, qui allie la fortune à un bon caractère. Eugenia, frappée par la petite vérole, puis par un accident la laissant éclopée, est condamnée aux seconds rôles. Sir Hugh en fait sa nouvelle héritière, s’estimant coupable de ses infirmités, et décide d’en faire une intellectuelle capable de plaire à Clermont, le frère d’Indiana, poursuivant sa scolarité au loin. Indiana se révèle belle et capricieuse. Elle trouve normal que les hommes dépérissent d’amour pour elle et que ses cousines s’inclinent devant sa supériorité. Elle tient pour acquis son mariage avec Edgar Mandlebert, dont elle apprécie avant tout le domaine et les revenus.

On retrouve la même subtile ironie que chez Jane Austen, notamment dans les motifs plus ou moins avoués de désirer une union matrimoniale. Quel romantisme, en effet, chez cette jeune beauté sensible aux attraits du verbeux Melmond : « Indiana still more and more struck with him, looked down, internally uttering: Ah! were this charming youth but master of Beech Park! » On est également en terrain connu avec les scènes de bal, où les jeunes filles rencontrent les personnages les plus extravagants et les situations les plus embarrassantes qui soient. Leur entrée dans le monde se fait avec bien des gaffes et quiproquos.

Les premières affinités se font jour, tandis que Sir Hugh manifeste obstinément sa volonté d’unir Edgar à Indiana et Eugenia à Clermont. C’est là que les ennuis commencent ! Comment imaginer une seule seconde pouvoir dicter sa volonté à l’amour, ainsi défini par Sir Sedley :

Pray, is it any thing beyond being very fond, and very silly, with a little touch of melancholy?

C’est que, évidemment, Camilla est amoureuse d’Edgar mais dissimule ses sentiments par égards envers sa fiancée officielle, Indiana, tout en soupirant « Too–too amiable Edgar! ». De son côté, Edgar s’écrie: « O Doctor!–could I hope–however distantly–durst I hope–the independent, unsolicited, involuntary possession of that most ingenuous, most inartificial of human hearts!– » On sent rapidement que ça va être difficile avec ces deux-là. En effet, les obstacles ne manquent pas : l’opinion, la jalousie, la perfidie, leur propre stupidité. Rien de plus rare et fragile qu’un amour sincère qui n’ose s’avouer à lui-même et à l’autre ! Lorsque Edgar comprend la direction prise par ses propres sentiments, il reçoit pour conseil de ne surtout pas se déclarer et de douter, d’observer le comportement de son amie avec le plus grand sens critique, comme si leur affaire n’était pas assez compliquée comme ça. Leur attachement est si délicat qu’il se froisse d’un rien…

En guise d’intermède à cette romance, l’autrice délivre des conseils un brin moraux sur la façon de vivre une vie équilibrée. Camilla, aux prises avec des mondains excentriques, Mrs Arlbery et Sir Sedley Clarendel, découvre que l’argent gouverne le monde et que le snobisme décide de la plupart des mariages. Le personnage poignant d’Eugenia, contrefaite mais choyée par sa famille, est l’occasion de comparer les mérites respectifs de la beauté et de la laideur, avec les qualités morales correspondantes. Les scènes où elle se découvre laide aux yeux du monde, objet de risée, peuvent émouvoir les cœurs les plus endurcis. On n’en déteste que davantage Indiana, évidemment, et on se moque sans pitié des hommes qui choisissent leurs épouses sur le seul critère physique :

They are always enchanted with something that is both pretty and silly; because they can so easily please and so soon disconcert it; and when they have made the little blooming fools blush and look down, they feel nobly superior, and pride themselves in victory. Dear creatures! I delight in their taste; for it brings them a plentiful harvest of repentance, when it is their connubial criterion; the pretty flies off, and the silly remains, and a man then has a choice companion for life left on his hands!

Le roman défend des idées progressistes sur l’instruction des femmes, par exemple à travers le personnage détestable de la gouvernante Miss Margland, qui estime que l’instruction ne peut être qu’un obstacle dans la vie mondaine d’une jolie femme.

She then spoke of the danger of injuring her beauty by study; and ran over all the qualifications really necessary for a young lady to attain, which consisted simply of an enumeration of all she had herself attempted; a little music, a little drawing, and a little dancing; which should all, she added, be but slightly pursued, to distinguish a lady of fashion from an artist.

Bien que le livre soit long et manque de cohérence, avec un empilement d’épisodes au lieu d’avoir une intrigue bien construite, il n’en est pas moins très agréable à lire, jouant sur de nombreux registres. Les personnages sont vivants et naturels. Les excentricités du Dr Okborne, intellectuel lunatique, ou les folies de Lionel, amènent des passages de pure comédie. La démonstration est parfois lourde et les personnages répètent de nombreuses fois les mêmes erreurs, comme Camilla et Edgar (cette manie qu’il a de croire qu’elle ne l’aime plus parce qu’elle ne suit pas son avis à la lettre !). Mais le style est superbe et le texte truffé de maximes pleines d’esprit et d’humour. J’ai lu ce livre par petites tranches en plusieurs mois, chose que j’évite en temps ordinaire, mais qui se prête bien à sa forme.

Fanny Burney, Camilla, Or A Picture of Youth, texte en ligne, 1796.

DefiXVIIIe

Advertisements
2 commentaires leave one →
  1. 16 juillet 2011 14:47

    Quand je pense que j’ai lu ce pavé en VO! Plus guère de souvenirs, en fait comme j’avais lu tout Austen je me rabattais sur d’autres auteurs de la même période, en gros. Mais c’est bien moins fin que JA, parfois certaines scènes ou exagérations passent mal. Mais on ne va pas se plaindre, quand même. J’avais aussi lu Evelina, relu récemment, et le charme n’a plus trop opéré.
    Cependant, c’est plaisant de voir ces vieux classiques anglais sur les blogs!
    Posté par keisha, 02 janvier 2011 à 14:27

    J’étais convaincue jusqu’à ton dernier paragraphe… Bon, maintenant je me dis que je verrai, si jamais il croise ma route!
    Posté par Karine:), 02 janvier 2011 à 15:54

    Tu l’as lu en ligne ?
    Posté par freude, 04 janvier 2011 à 21:05

    Keisha : On vient effectivement à Fanny Burney après voir lu tout Jane Austen. C’est vrai que certaines scènes sont exagérées, mais le style est plus littéraire.

    Karine : Non mais c’est quand même mieux que n’importe quel roman français contemporain !

    Freude : J’ai récupéré le fichier et l’ai lu sur mon ordinateur en grossissant bien les caractères. J’achète très rarement de livres alors il faut que je trouve d’autres solutions quand ils ne sont pas en bibliothèque.
    Posté par canthilde, 08 janvier 2011 à 15:52

Trackbacks

  1. Défi XVIIIe « Urgonthe

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :