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La Mégère apprivoisée

2 janvier 2011

 La pièce débute par un prologue où un lord taquin fait déguiser un ivrogne pour qu’il se réveille dans son lit et que ses serviteurs lui offrent tout le confort possible. Pour pousser la farce à son comble, il demande à son page de se déguiser en dame et de se faire passer pour sa femme. Tout ce petit monde doit persuader l’ivrogne qu’il est un véritable lord, à l’esprit égaré depuis quinze ans, au point d’en oublier qui il était. Des comédiens interprètent alors une pièce devant eux pour les divertir, et c’est cette deuxième intrigue qui constitue le corps principal de la pièce.

L’histoire, très compliquée, se déroule à Padoue. La jeune Bianca a de nombreux soupirants mais son père refuse catégoriquement de la marier tant que sa sœur aînée n’aura pas trouvé elle-même d’époux. Or, « Catharina la hargneuse » n’est pas prête de se trouver un prétendant…

Duperies et déguisements seront nécessaires pour approcher la belle et arracher le consentement de son père. Quant à Catharina, elle écope d’un coureur de dots que son caractère acariâtre ne rebute pas. La pièce est drôle mais on regrette que la fière mégère soit complètement matée, au point d’approuver toutes les inepties de son mari. Le message sous-jacent : insultez et battez votre femme, elle n’en sera que plus amoureuse et docile, est des plus déplaisants, comme en témoigne ce passage vers la fin :

Ton mari est ton seigneur, ta vie, ton gardien, ton chef, ton souverain ; celui qui s’occupe de toi et de ton entretien ; qui livre son corps à de pénibles labeurs, et sur terre et sur mer ; veillant la nuit dans la tempête, le jour dans le froid, tandis que tu dors chaudement au logis, en sécurité et en sûreté. Il n’implore de toi d’autre tribut que l’amour, la mine avenante et une sincère obéissance ; trop petit acompte sur une dette si grande ! La soumission que le sujet doit au prince est juste celle qu’une femme doit à son mari ; et quand elle est indocile, maussade, morose, aigre et qu’elle n’obéit pas à ses ordres honnêtes, elle n’est qu’une méchante rebelle, coupable envers son seigneur dévoué d’une impardonnable trahison. (p. 206-207)

Mouarf ! Je propose de créer sur le champ le club des méchantes rebelles ! A part ça, il manque un petit quelque chose à la fin, on aimerait bien savoir ce qu’il advient de Sly , l’ivrogne enlordé du début. La pièce aurait eu plusieurs versions avant sa publication, dont certaines comportaient ce nécessaire épilogue, mais pas celle-ci.

William Shakespeare, Les deux gentilhommes…, Garnier-
Flammarion, 1965, p. 101-2018 (The Taming of the Shrew, 1623).

challenge_elisabethain_1

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One Comment leave one →
  1. 15 août 2011 19:08

    D’accord avec toi pour la fin… mais je ne peux m’empêcher de trouver ça hilarant tout le long. Et c’est quand même la prose de Shakespeare!
    Posté par Karine:), 02 janvier 2011 à 17:14

    J’ai seulement vu l’adaptation, et fait des bonds à la fin du film. Je souscris à ton club !
    Posté par Lilly, 02 janvier 2011 à 19:16

    Oui, les dialogues sont tordants, mais la fin…
    Posté par canthilde, 08 janvier 2011 à 15:48

    Bon, tu confirmes ce que je crains, je vais avoir du mal avec la fin (j’en ai vu des versions édulcorées mais jamais lue) Mais bon, c’est Will alors je vais quand même aimer, je suppose.
    Posté par Isil, 09 janvier 2011 à 21:01

    Oui, tu seras morte de rire mais à la fin tu auras envie d’adhérer à mon club !
    Posté par canthilde, 10 janvier 2011 à 22:08

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