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Leone Leoni

1 mars 2011

Un beau prince italien enlève la fille d’une riche famille de bijoutiers belges, Juliette Ruyter. Celle-ci, toute à sa passion, abandonne ses parents avec une fortune en pierreries sur le corps, malgré les mises en garde de Henryet, un jeune homme amoureux d’elle.

Ils vont couler des jours paisibles en Suisse puis à Venise, où Leoni montre les premiers signes d’une vie dissipée. Les conversations surprises entre Leoni et ses amis atterrent Juliette. Elle découvre qu’elle ne vit pas un rêve éveillé auprès du prince charmant, mais qu’elle partage l’existence précaire d’un débauché, menteur, joueur, endetté et près à la vendre au plus offrant.

Le roman décrit bien le phénomène d’emprise subi par la jeune femme. Manipulée, contrainte de jouer un rôle indigne auprès de l’une des nouvelles conquêtes de son amant, elle continue à croire à son conte de fées. Nous savons pourtant dès le début que l’histoire se termine mal, puisqu’elle la raconte à un homme sincèrement épris et désintéressé, qui ne parvient pas à lui faire oublier Leoni.

Il finit par me répéter si souvent que je pouvais le tirer de cette détresse et que j’avais l’égoïsme et la cruauté de l’y laisser, que je le crus fou et que je n’essayai plus de lui faire entendre raison. Je gardais le silence chaque fois qu’il y revenait, et je lui cachais mes larmes, qui ne servaient qu’à l’irriter. Il pensa que je comprenais ses abominables suggestions, et traita mon silence d’indifférence féroce et d’obstination imbécile. Plusieurs fois il me frappa violemment et m’eût tuée si on ne fût venu à mon secours. Il est vrai que quand ces accès étaient passés il se jetait à mes pieds et me demandait pardon avec des larmes. Mais j’évitais autant que possible ces scènes de réconciliation, car l’attendrissement causait une nouvelle secousse à ses nerfs et provoquait le retour de la crise. Cette irritabilité cessa enfin et fit place à une sorte de désespoir morne et stupide plus affreux encore. Il me regardait d’un air sombre et semblait nourrir contre moi une haine cachée et des projets de vengeance. Quelquefois, en m’éveillant au milieu de la nuit, je le voyais debout auprès de mon lit avec sa figure sinistre ; je croyais qu’il voulait me tuer, et je poussais des cris de terreur. Mais il haussait les épaules et retournait à son lit avec un rire hébété. (p. 801)

Le roman a été écrit à Venise, en compagnie d’Alfred de Musset et on voit bien l’influence de cette relation sur son écriture. La déception amoureuse est rude, l’héroïne touche le fond du désespoir à Venise. George Sand avait l’intention de créer un personnage qui soit le pendant masculin de Manon Lescaut, tout en s’inspirant de la vie réelle d’un célèbre orfèvre. Malgré le désespoir imprégnant ces pages romanesques, on ne peut que trouver le style superbe !

George Sand, Leone Leoni, Romans 1830, Presses de
la Cité, 1991, p. 717-812 (première édition en 1834).

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3 commentaires leave one →
  1. 23 août 2011 09:13

    Avec ce roman Sand voulait donner le pendant de « Manon Lescaut »… ce n’est pas un roman qui m’a beaucoup marquée, à part le fait qu’il se passe à Venise !
    Posté par George, 01 mars 2011 à 20:32

    Celui là me tente beaucoup ! J’aime énormément la manière dont tu en parles.
    Posté par Céline, 02 mars 2011 à 15:37

    George : C’est un roman très court, elle ne développe pas beaucoup les personnages secondaires. Je l’ai trouvé plus complexe que Manon Lescaut cela dit.

    Céline : Il est très intéressant pour son analyse psychologique du personnage central. On voudrait le détester, mais on est surtout énervée par Juliette qui reste malgré tout !
    Posté par canthilde, 05 mars 2011 à 18:08

    Il semble d’après ce que tu dis (je n’ai pas lu le livre)que George Sand analyse un phénomène toujours actuel, celui de la violence faite aux femmes par un homme qu’elles aiment et des difficultés psychologiques qui les empêchent de s’en libérer.
    Posté par claudialucia, 15 mars 2011 à 22:33

    Effectivement, pour moi c’est le prototype de la relation malsaine avec un manipulateur : texte très moderne, donc !
    Posté par canthilde, 16 mars 2011 à 21:01

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