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Vocalises et camisoles

7 mai 2011
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– Lorsque je me présentai, Madame, au lieu de notre rendez-vous, à l’heure convenue, je n’eus pas le plaisir de vous y trouver. Vous n’y étiez pas, Madame, vous n’y étiez point !

– Mon ami, lorsqu’une femme use de quelque liberté sur l’heure d’un rendez-vous, et trouve la place vide, elle ne présume pas que son compagnon ait pu prendre une liberté plus grande encore. Elle se rend sur le champ à la soirée qui était le but de ces retrouvailles, se disant qu’au moins, le spectacle ne sera pas manqué.

– Vous osez prétendre avoir paru à l’endroit fatidique ? Comment vous croire, fourbe ? J’ai arpenté le quartier comme un fou, pendant toute une heure ! De désespoir, j’ai failli entrer dans la salle avec la première rouquine sortie du métro.

– Vous auriez passé la soirée avec Madame S., la célèbre romancière. Elle est arrivée quelques minutes avant vous, dans un souci de discrétion, au moment où les derniers spectateurs passaient l’entrée. Elle a attendu très modestement dans un coin, pour ne regagner sa place qu’après votre propre entrée fort tardive. Les pans de sa longue robe jaune ont frôlé les marches que vos pieds impatients venaient de gravir. Elle me ressemblait de façon frappante et vous savez que de loin, la nuit, il est arrivé que des passants s’interrogent tout haut sur mon identité, tout prêts à me demander un autographe.

– Oui, ma chère, le poids de la célébrité est une chose terrible. Ce thème était d’ailleurs au cœur de la performance de la fière diva que nous entendîmes ce soir-là. C’est une Juliette fabulatrice qui a fait son entrée sur scène. Exultante, vautrée sur un divan baroque, elle nous a conté des fredaines, l’air le plus sérieux du monde. Comment elle fut endocrinologue, linguiste, tenancière de bar avec sa cousine Paris Hilton… L’imagination de cette fieffée mâtine n’avait pas de bornes.

– Quant à moi, j’ai trouvé savoureux le numéro de ses musiciens. Tous plus fous à lier les uns que les autres, jappant, grimaçant, minaudant. Il semblerait qu’un certain costume de lapin ait laissé des séquelles indélébiles sur leur pauvre esprit égaré.

– Et quelle femme ! Mouvant avec grâce sa silhouette imposante, toujours majestueuse, usant avec ironie de son physique sans feindre de correspondre aux canons odieux de notre époque.

– Et d’une telle perfection vocale ! Son joli morceau du boiteux, avec chœur et camisoles, me fit monter les larmes aux yeux, tellement sa voix bien timbrée, sans effets exagérés, exprimait avec justesse cette histoire des plus émouvantes.

– Ce fut un moment inoubliable, mon âme. Et de l’incident du début, ne parlons plus.

Dates de la tournée 2011-2012 de la chanteuse Juliette

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