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Méharées

13 mai 2011

Un jeune océanographe abandonne en 1922 les fonds marins pour rejoindre une caravane traversant la Mauritanie. Scientifique avant tout, cette expédition ne vient pas moins combler sa profonde fascination pour le désert, cet autre océan.

Les yeux brûlants de désir, sur la grande carte étalée au mur blanchi du fortin, chaque jour je vous suivais encore, caravanes de Mauritanie, au long des pistes inconnues, de puits en puits, à travers des paysages dévastés et lumineux. (p. 23)

Il ne cessera d’y retourner, à dos de chameau et à pied, pour parfaire les connaissances sur la topographie saharienne. Son récit alterne entre la poésie un peu mystique des grands espaces et l’enjouement face aux difficultés de la vie quotidienne. Les étapes sont harassantes, jusqu’à soixante kilomètres par jour, et il doit de plus consacrer ses temps de pause à cherches des fossiles, constituer un herbier et relever les peintures rupestres. Il se lance aussi sur la piste d’une grande météorite, qui restera à l’état de légende, en ce qui le concerne.

Le récit, drolatique, s’attarde sur les repas peu variés, les trous d’eau où l’on trouve souvent des crottes de chèvres, les tiques de chameau qui se trompent de véhicule, bref, toutes les petites misères qui guettent une caravane avançant au milieu de paysages désolées. En même temps, on sent une vraie passion se développer chez lui pour le désert, avec ses satisfaction subtiles mais bien réelles : rêver pendant la fournaise du jour, vivre avec le strict nécessaire, profiter d’un bon feu et d’un trou douillet dans le sable, en écoutant « l’infatigable vent des espaces sans limites. »

Il décrit merveilleusement bien cet appel impérieux du désert, pour qui l’a déjà connu, qui n’empêche nullement de soupirer après une boisson bien fraîche à l’ombre d’un arbre touffu quand on peine dans la caillasse depuis des semaines. Il fait aussi preuve d’un sens appréciable de la vulgarisation scientifique, comme lorsqu’il se lance dans une grande explication de la formation des sols, à base de tarte, de confiture et de crème, le tout saupoudré de sucre. La démonstration est limpide, de même que ses hypothèses sur les différentes étapes du peuplement de cette région qui n’a pas toujours connu la sécheresse (à regretter cependant, l’emploi du mot « nègres » et sa vision positive de leur supplantation par une autre civilisation venue de l’Est ; mais c’est d’époque, aussi…).

Compagnon de voyage sûrement agréable, un brin farceur, il s’élève au-dessus de la description terre-à-terre pour faire ressentir son goût de l’ascèse et de la contemplation.

Et puis il y a une certaine saveur de liberté, de simplicité, pour ne pas dire plus, une certaine fascination de l’horizon sans limites, du trajet sans détour, des nuits sans toit, de la vie sans superflu, qu’il est bien impossible de décrire, mais que ceux-là reconnaîtront qui l’ont peut-être éprouvée eux aussi. » (p. 161)

Théodore Monod, Méharées, Actes Sud, 1989, 332 p.

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