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George Sand ou le scandale de la liberté

23 mai 2011

Voici une biographie conséquente de George Sand, l’une des meilleures parmi celles qui lui ont été consacrées, dit-on. Passionnante, elle se lit comme un roman. Compréhensive, elle ne va pas jusqu’à l’indulgence aveugle et offre un portrait contrasté de la célèbre écrivaine du XIXe siècle.

Connaît-on vraiment George Sand aujourd’hui ? J’en doute. Un tout petit nombre de ses romans est encore lu actuellement et beaucoup d’idées simplistes circulent à son sujet. Pas tant des idées fausses que des idées trop étroites, qui enferment ce personnage historique dans un cliché, alors que son existence a pris des visages très divers tout au long de ses 72 années.

Ayant lu Histoire de ma vie l’été dernier, j’ai pu constater que cette autobiographie a constitué la source principale pour les premiers chapitres. Ça faisait un peu redite pour moi mais, l’avantage, c’est que la présentation des ancêtres sur quatre-cent pages n’occupait ici que deux chapitres d’une taille raisonnable. Pour le reste, ce sont les journaux et la correspondance de l’autrice qui ont fourni les informations, sans oublier les écrits des gens qu’elle a rencontrés. Il faut dire que ses frasques ont fait couler beaucoup d’encre et qu’apparemment, le tout Paris commentait ses déboires sentimentaux et sa tenue vestimentaire.

J’ai apprécié la volonté de l’auteur de dépasser les idées reçues et de défendre une personnalité souvent bien malmenée. On la disait « masculine », « peu aimable », frigide ; il vante sa tentative de réconcilier le féminin et le masculin, insiste sur son sens développé de l’amitié et produit des extraits de lettres torrides, réfutant cette supposée frustration qu’on attribuait aussi bien à l’héroïne de Lélia qu’à sa créatrice (toujours cette tendance à assimiler créatures à créatrice).

Même s’il parle souvent de l’œuvre, je reprocherais cependant à J. Barry un plan suivant trop le schéma un amant = un chapitre. Alors que je suis très curieuse de la genèse d’une œuvre, de la technique d’écriture, etc., ici on s’intéresse vraiment beaucoup à ses liaisons et à sa vie sexuelle. On considère qu’une démonstration d’affection dans une lettre signifie forcément qu’il y a eu accouplement, alors que personne n’en sait rien et que, finalement, on s’en fout. George Sand était très évasive dans son autobiographie ; là, on sait tout (et plus encore !).

J’ai découvert que les mœurs de la première moitié du XIXe siècle étaient plutôt libres en province. Aurore Dupin s’affichait avec ses amants ; son mari n’a réellement commencé à poser un problème que lorsqu’il y a eu procès pour séparation et donc enjeu financier. Jeune femme passionnée, elle était à la recherche désespérée de l’âme sœur, d’une concordance parfaite entre l’esprit, les sens, les convictions politiques. Pour ne rien arranger, elle craquait pour les hommes faibles, qu’elle choyait comme des enfants mais qui s’avéraient tôt ou tard décevants. Elle conclut à la fin de sa vie qu’elle aurait mieux fait de rester chaste…

Autre découverte, son rôle public et la place importante qu’elle tenait dans les esprits. Elle n’était pas recluse à Nohant, elle vivait de longues périodes à Paris et comptait parmi ses amis de nombreux artistes et politiciens. Socialiste convaincue, elle écrivait des articles révolutionnaires, qui ont eu un impact en 1848. On la poussait à être candidate aux élections, elle s’y est refusée. On conseillait à Karl Marx, lors d’un voyage en France, de discuter en priorité avec elle, pour ses idées particulièrement avancées. Enfin, ses romans, jugés tiédasses aujourd’hui (mais lesquels lit-on encore ?), pouvaient provoquer le scandale pour leurs positions anticléricales , par exemple la Daniella ou Mademoiselle La Quintinie, ce dernier devenant même, pour les étudiants, un symbole de leurs révoltes.

Bref, si vous souhaitez des faits précis et quantifiables sur la vie de George Sand, avec la liste complète des ses amants réels ou supposés, lisez la biographie de Joseph Barry. Si vous souhaitez connaître l’interprétation de George Sand sur sa vie, ses sentiments et vous immerger dans la poésie de son style, lisez plutôt Histoire de ma vie !

Joseph Barry, George Sand ou le scandale de la liberté, Ed. du Seuil,
1982, 511 p. (Infamous Woman. The life of George Sand, 1977)

challenge_george_sand

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3 commentaires leave one →
  1. 9 juillet 2011 22:46

    je viens de voir ton billet, je n’ai pas le temps de le lire sérieusement maintenant, j’ai repris le lien, et je reviendrai le lire à tête réposée ! bises !
    Posté par George, 25 mai 2011 à 10:41

    voilà j’ai tout lu !
    C’est la première bio que j’ai lue de Sand, acheté à la petite librairie du domaine de Sand herself ! c’est une bonne approche de sa vie, plus complète et moins misogyne que celle de Maurois ! j’avais aimé comme toi le fait que Barry cite beaucoup d’extraits, mais parfois son analyse psy est un peu limite en effet !
    Posté par George, 27 mai 2011 à 15:03

    J’ai beaucoup aimé, globalement. On sent que cet auteur adore George Sand. Il porte un peu trop aux nues « sa vie », au détriment de son œuvre, cela dit.
    Posté par canthilde, 27 mai 2011 à 18:55

    C’est gentil à vous de nous présenter vos lectures. Cette nouvelle habitude, issue d’internet, donne à réfléchir sur la notion de gratuit. En effet, vos livres de poche n’auront aucune valeur dans quelques années en tant que livres d’occasion, mais ils auront dans votre esprit une grande valeur morale. Inversement, les vieilles reliures, datant du 17 ème siècle, alignées dans les bibliothèques des riches, parfois simplement pour l’apparat, se revendront plus cher qu’à l’achat…
    Posté par Gé, 28 mai 2011 à 12:40

    J’ai lu George sand lorsque j’étais très jeune, La petite Fadette et La Mare au diable qui ne m’avaient pas emballée mais aujourd’hui je m’intéresse à nouveau à elle en tant que femme de lettres, et ce qui m’intéresserait plutôt que ses amants, c’est son rapport à l’écriture.
    Posté par Anis, 28 mai 2011 à 17:23

    Gé : J’ai pris cette habitude pour me souvenir de mes lectures. Cette activité est complètement gratuite chez moi : j’emprunte plus que je n’achète les livres, je ne fais pas de publicité déguisée, rien qu’une présentation de mes vagabondages livresques sans chercher à faire péter mes statistiques… La vie de l’esprit n’a pas de prix !

    Anis : Pareil pour moi, je suis toujours très curieuse de connaître la façon dont un artiste travaille, comment vient l’inspiration, comment l’œuvre se construit…
    Posté par canthilde, 30 mai 2011 à 23:00

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