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Le Roman comique

27 mai 2011

La bonne ville du Mans a l’honneur de recevoir une troupe de comédiens. Les élégants s’empressent auprès des  gentilhommes du Destin et de la Rancune, tandis que les galants tentent leur chance auprès des dames l’Étoile, Angélique et la Caverne. Le moins assidu n’est pas Ragotin, petit avocat risible et érotomane qui, depuis son veuvage, « avait menacé les femmes de la ville de se remarier et le clergé de la province de se faire prêtre ».

L’histoire, très emberlificotée, voit le Destin se lancer à la recherche de son passé, en vrai héros romantique et tourmenté. Dans le même temps, les personnages ridicules, tels la Rancune, la Rappinière ou Ragotin provoquent des mésaventures fort peu distinguées, faisant basculer le roman du côté burlesque. Véritable roi de carnaval, Ragotin est roulé dans la farine, roué de coups et victime d’incidents aussi grotesques que douloureux sous les yeux de sa dulcinée, mademoiselle de l’Étoile. C’est méchant, mais on rit quand même beaucoup.

Sache le sot qui s’en scandalise que tout homme est sot en ce bas monde, aussi bien que menteur, les uns plus et les autres moins ; et moi qui vous parle, peut-être plus sot que les autres, quoique j’aie plus de franchise à l’avouer, et que mon livre n’étant qu’un ramas de sottises, j’espère que chaque sot y trouvera un petit caractère de ce qu’il est, s’il n’est pas trop aveuglé de l’amour-propre. » (p. 61)

Le récit, bien paillard, est entrecoupé d’histoires espagnoles romanesques, sur des amours contrariées, des amants déguisés, des enlèvements, des disparitions mystérieuses, dans le plus pur style des romans à succès de l’époque, comme l’Astrée ou le Grand Cyrus. A un moment, on a légèrement l’impression que Scarron fait du remplissage, en enchaînant des histoires espagnoles déjà existantes. Mais tout est tellement bien raconté ! J’ai adoré son style subtilement ironique dans ses portraits de personnages, comme celui de Mademoiselle de la Rappinière, qui « n’était pas laide, quoique si maigre et si sèche qu’elle n’avait jamais mouché de chandelle avec les doigts que le feu n’y prît. » (p. 44)

On navigue avec plaisir entre la farce la plus vulgaire et l’humour le plus fin. Et, au moment où on tourne les pages avec fébrilité pour connaître la suite de l’histoire… ben, c’est la fin, le roman est resté inachevé, de par la mort malencontreuse de l’auteur. On devine quand même sans trop de peine comment tout cela peut bien se terminer et on soupire de soulagement pour Ragotin : qu’aurait-il pu lui arriver de pire que tout ce qu’il avait déjà subi ?

Scarron, Le Roman comique, Ed. Gallimard,
1985, 371 p. (première édition en 1651)

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One Comment leave one →
  1. 9 juillet 2011 21:43

    j’ai lu et étudié ce roman en fac, avec un prof spécialiste de Scarron, et j’avais adoré, ces cours sont ceux dont je me souviens le mieux ! mon exemplaire (que j’ai gardé jalousement) est tout corné, annoté, surligné, comme j’aime les livres qui ont vécu !
    Posté par George, 28 mai 2011 à 05:57

    Je ne connais que des extraits qui m’ont tellement rire que je l’ai acheté mais toujours pas lu. Ton billet me rappelle qu’il faut que je le sorte de ma PAL ! Merci pour ce beau billet sur un classique qui n’est plus beaucoup lu me semble-t-il !
    Posté par maggie, 28 mai 2011 à 12:29

    George : Je sens que tes cours pourraient me plaire !

    Maggie : Merci ! Il mérite en effet de sortir de cette (énorme ?) PAL. Je sens que je vais persévérer dans mes lectures de romans du XVIIe siècle.
    Posté par canthilde, 30 mai 2011 à 23:04

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