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Le mystère des cordes volantes

4 juin 2011

Quintilien voulait me faire une surprise et m’a annoncé fièrement qu’il m’emmenait au théâtre pour la soirée du 3 juin. J’ai joué le jeu et n’ai même pas cherché de quoi il retournait, malgré ma curiosité. En ce jeudi de l’Ascension, donc, après une balade ensoleillée à Montmartre, qui s’est terminée dans les tourbillons de poussière de l’allée Marcel Proust, nous sommes arrivés en vue de notre destination, le théâtre Marigny. Je ne savais toujours pas quel spectacle j’allais voir. Quand même pas L’amour, la mort, les fringues ? Ah, peut-être bien plutôt… Oh oui ! Au revoir parapluie, de James Thiérrée !

spectacle_affiche_fr_aurevoirparapluie

Mon compagnon commençait à exprimer son inquiétude : s’agissait-il bien du spectacle de lui que nous n’avions pas encore vu ? Doute pour moi aussi. Je l’ai assuré que même si nous revoyions le même, j’en serais absolument enchantée. Un spectacle de James Thiérrée, c’est toujours magique et il se produit assez rarement pour sauter sur l’occasion. A peine installée, je suis devenue de plus en plus certaine qu’il s’agissait de celui qu’on avait déjà vu : ce rideau, tel une grande voile, et ce bout de grille qui dépassait…

Erreur, ce n’était pas une grille, mais un chariot, sur lequel une adorable créature est venue chanter avant le lever de rideau. Celui-ci ne s’est pas transformé en élément de bateau, comme dans la Veillée des abysses, qui était donc bien le spectacle que nous avions vu il y a quelques années, mais a simplement dévoilé un tas de cordes tournant comme un manège. James Thiérrée a fait son apparition au bord de la scène, interprétant en play-back, avec tout son corps, un morceau de musique classique. Machines métalliques grinçantes, acrobates enfouies dans les cordes comme dans une jungle, trouvailles poétiques et gags absurdes avec un grand blond s’appliquant à être lamentable, c’est tout un univers qui se déployait devant nous. Avec des moyens très simples, la virtuosité des danseurs faisait naître la magie et le rêve, les quelques costumes extravagants ne faisant pas oublier une maîtrise physique hors du commun. Kaori Ito, jeune danseuse japonaise, était époustouflante en petite fille espiègle. James Thiérrée, l’homme aux mâchoires les plus sexy du monde, a refait ses numéros de membres qui se dérobent et veste récalcitrante. Doté d’une parfaite maîtrise de son corps, il semble fasciné par tous les ratés, les faux pas et les chutes, et il tombe souvent et élégamment.

C’était merveilleux mais on regrettait d’autant plus notre emplacement. Nous avions deux places tout au bout à gauche, au deuxième rang ; une partie de la scène restait cachée de là où nous étions. Quintilien avait passé la première demi-heure à moitié couché sur moi, le cou tendu vers la droite.

– Tu vois ? lui ai-je demandé.
– Oui, a-t-il répondu d’une toute petite voix.

Soudain, pendant un intermède chanté, un employé du théâtre a chuchoté à nos pieds qu’on pouvait prendre deux places restées libres, tout devant. Il a éclairé le chemin avec une petite lampe ; il fallait rester discret, se pencher le plus possible. Croyez-le ou non, ma première réaction face à cette proposition mirifique fut la méfiance.N’allais-je pas me retrouver pendue à un crochet, élément malgré moi de ce spectacle qui avait tendance à déborder de la scène ? Quintilien rampait déjà dans le noir, j’ai bien été obligée de le suivre. Tout au milieu, au premier rang, il y avait des places vacantes. Je devais marcher sur le tapis pendant de la scène pour y parvenir. Une fois assise, je me suis retrouvée exactement sous la chanteuse à moitié couchée sur la scène, qui nous tournait le dos. A la fin de la chanson, elle est en fait remontée sur les planches, sans se plaindre d’avoir eu la robe piétinée dans le noir à notre passage…

Nous étions donc auxpremières loges pour le reste du spectacle, au point de recevoir la poussière (ça brassait beaucoup de décor), le popcorn (le grand blond interprétait une scène hilarante de grossièreté), la paille (le décor est devenu très bucolique avec des batailles de paille), quasiment la sueur des danseurs. On était à moins d’un mètre d’eux, c’était magique. M’était offerte la possibilité de voir l’expression des acteurs habités par leur spectacle étrange, les muscles jouant lors des scènes physiquement exigeantes, leur jubilation, leurs efforts. Le sol était jonché de tous les débris des différents numéros, cartes froissées, bouquet de magicien, popcorn, brins de paille et bientôt un livre, que la chanteuse a soigneusement jeté à quelques centimètres du public. Si le spectacle semble déborder sur les gens, tout est calculé et j’ai observé les rapides coups d’oeil des danseurs pour vérifier qu’ils n’allaient pas nous tomber dessus.19_2007_00371finalemail

L' »histoire » suivait son cours, ou plutôt se répétait, le personnage principal ne cessant de perdre sa bien-aimée, avec différentes métaphores : emportée dans le courant, par un poisson inquiétant, pendant dans le vide comme une poupée désarticulée, échappant aux bras de son partenaire qui ne serrait plus que du vide. James Thiérrée est capable de réaliser un spectacle léger et loufoque autour de la mort et de la solitude, transformant les tentatives de suicide de son personnage en tableaux poétiques.

Le public, encore plongé dans l’enchantement de ces tableaux oniriques, a applaudi à tout rompre. Dès les lumières rallumées, je me suis évidemment jetée sur le livre pour vérifier que c’en était bien un vrai, un volume solidement relié, du type livre de prix de fin d’année du siècle dernier, dont la première page s’intitulait : La lumière du foyer : Histoire d’une petite fille solitaire. Nul doute qu’il avait été choisi davantage pour son apparence que son contenu, mais sait-on jamais…

Images prises ici et

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One Comment leave one →
  1. 14 juillet 2011 21:32

    c’est le genre de truc que j’aurais adoré voir… peut être une autre fois, j’ai déjà vu un de ses spectacles et j’en ai un souvenir formidable )
    Posté par emelire, 21 juin 2011 à 16:33

    Chère Emelire, une chose est sûre, on ne s’en lasse pas ! Saute donc sur chaque occasion qui se présentera d’aller voir ce funambule allumé.
    Posté par canthilde, 27 juin 2011 à 19:32

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