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Amelia

3 juillet 2011

De tous les romans écrits par Henry Fielding, Amelia était son préféré. Il est assurément plus grave que Tom Jones, sans se départir de l’ironie coutumière à l’auteur, qui verse souvent ici dans le cynisme. Le projet littéraire était novateur dès les premières lignes : « The various accidents which befel a very worthy couple, after their uniting in the state off matrimony, will be the subject of the following history. » (p.13) Les aventures d’un couple déjà marié, et non l’aventure de la rencontre, de la déclaration et des épousailles, comme la plupart des romans depuis l’invention de la littérature.

Contrairement à ce que promet le titre, le personnage principal est le capitaine Booth, dont la femme Amelia est moins présente au fil des pages. L’histoire commence au faîte des ennuis de ce couple valeureux. Ça démarre même fort avec l’exposition cynique de l' »excellence de la constitution anglaise », qui vaut au jeune Booth d’être fort injustement emprisonné. La prison tient de la cour des miracles, où racaille et innocents désargentés se côtoient. Retrouvant une ancienne connaissance, Captain Booth se met à lui faire le récit de ses dernières années, en commençant par le sujet qui les intéresse tous deux, son mariage. Comment il fut touché par la détresse de la douce Amelia, devenue la risée de ses amies après qu’un accident lui ait brisé le nez. Comment il lui fit la cour, fort maladroitement, ne trouvant rien de mieux à dire que sa prétendue passion pour la rivale abhorrée d’Amelia.

Après ce début d’idylle touchant, nous assistons à l’entrée dans la vie d’un jeune couple trop honnête pour ne pas se faire abuser de toutes parts. L’héritage d’Amelia lui passe sous le nez, la carrière de Booth reste au point mort, malgré sa bravoure au combat. La pauvreté s’ensuit logiquement, accentuée par la naissance des enfants, ainsi que les déceptions amicales dues à de très mauvais choix dans leurs relations. Jusqu’au coup ultime du sort : la vertu d’Amelia mise à mal ! Où l’on voit que dans les romans du XVIIIe siècle, mariées ou non, la vertu est la principale qualité des femmes. Les menaces sur celle d’Amelia vont constituer à partir de là le ressort de l’intrigue. Fielding s’est toujours permis beaucoup de libertés dans ses personnages mais ses héroïnes restent d’une moralité irréprochable. Il s’offre même un discours critique contre l’éducation des femmes, à travers l’histoire pathétique de Mrs Bennet, dont la culture poussée ne la préserve pas des tentations du monde, ni du ridicule. Comparée à elle, Amelia n’a pour seules qualités que l’amour maternel, la modestie et la vertu, mais il est bien indiqué que ce sont les seules nécessaires à une honnête femme.

Le roman m’a semblé un peu poussif sur le dernier quart. Entre pamphlet contre une justice corrompue et éloge du bonheur matrimonial, il décrit à merveille le Londres du milieu du XVIIIe siècle.

Henry Fielding, Amelia, Penguin Classics,
1987, 545 p. (première édition en 1751)

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