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Les Tours de Barchester

24 juillet 2011

Une intrigue basée sur des querelles ecclésiastiques dans l’Angleterre du milieu du XIXe siècle : de quoi s’évanouir d’ennui rien qu’à lire le sujet. C’est pourtant le roman le plus drôle que j’aie lu de toute ma vie de lectrice.

Dans la série des Chroniques de Barchester, il s’agit du deuxième tome, faisant suite à The Warden. Il y a quelque chose d’immédiatement plaisant à lire les romans de Trollope. Les portraits de personnages d’un ridicule achevé, les petites manigances aux enjeux mesquins, et surtout le style qui porte l’humour anglais à son apogée, c’est un véritable délice. Et puis, au détour d’une phrase, une légère émotion s’empare de moi, un inconfort quant à la perspicacité de l’auteur sur la nature humaine.

L’histoire s’appuie sur deux intrigues légères : qui sera nommé nouveau directeur de l’hospice d’Hiram ? avec qui la jeune veuve Mrs Bold convolera en secondes noces ? Et, sur cette trame légère, repose tout l’équilibre de la ville de Barchester, la sérénité de sa population distinguée, la paix dans la région, la société anglaise toute entière !

Le monde tel qu’on l’a connu vacille sur ces bases. Des hommes nouveaux, ambitieux, conspirateurs, viennent occuper les postes laissés vacants dans le clergé. Ils font des sermons stupéfiants, méprisent le clergé traditionnel, ils sont physiquement répugnants et se laissent facilement tourner la tête par les dames locales. C’est la levée de boucliers à Barchester, la guerre entre le nouvel évêque Proudie aux nouvelles méthodes et l’archidiacre Grantly, qui veut préserver son cercle.

Mais le véritable combat se déroule en coulisses, et oppose en réalité le couple infernal Mrs Proudie/le châpelain Slope, et l’éternel candidat malheureux, porté à bout de bras par l’archidiacre, Mr Harding, père de Mrs Bold, chassé de son poste de directeur dans The Warden. Par un haletant retournement de situation, les alliés se retournent l’un contre l’autre, et on assiste bientôt à un combat des titans entre Mrs Proudie et Mr Slope, chacun candidat au poste officieux d’évêque. A qui Eleanor Bold devra-t-elle remettre sa confiance, sachant que de ses démonstrations d’affection dépendra le sort de son père ?

Des personnages secondaires éblouissants viennent compliquer la donne. La signora Neroni tout d’abord, qui, bien qu’alitée en permanence, harponne tous les hommes qui passent à sa portée, et provoquera un grave cas de conscience chez Mr Slope. Le merveilleux Mr Arabin, personnage romantique par excellence, qui découvre à quarante ans qu’il peut jouir des mêmes plaisirs de la vie que les autres. Bertie Stanhope, le frère de la signora, artiste bon à rien qui offrira à Eleanor Bold l’occasion d’envoyer son troisième râteau de la journée, lors d’une mémorable fête champêtre.

Les scènes sont drôles, les dialogues de véritables joutes verbales sous leur vernis de politesse. Les descriptions des différents cercles de la société anglaise prennent un tour sociologique, notamment lors de la fête d’Ullathorne et le problème posé par la famille Lockaloft, fermiers aisés qui insistent pour être introduits dans la bonne société. Les « violences symboliques » imprégnant le monde ecclésiastique m’ont fortement rappelé la féroce concurrence régnant dans le monde universitaire actuel.

Et, quand on croit qu’on ne pourra plus avaler une seule autre dose de cynisme, surgit l’amour éperdu entre deux personnages qui se cherchent, se blessent, se méfient de leurs sentiments. C’est trop mignon, avec une scène de déclaration qui parvient à m’émouvoir (ce regard d’ « une telle gravité, à la fois sobre et triste »…). Le bémol du livre restant ses derniers chapitres, qui tentent laborieusement de boucler l’idylle et les nominations à tous les postes disponibles, de façon à ce que tout le monde soit content, et les méchants punis sans vraiment l’être. Ça reste quand même un très bon moment de lecture.

Anthony Trollope, Les Tours de Barchester, Fayard, 1991, 501 p.

Chroniques de Barchester :

The Warden
Barchester Towers
Doctor Thorne
Framley Parsonage
The Small House at Allington
The Last Chronicle of Barset

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7 commentaires leave one →
  1. keisha permalink
    21 août 2011 16:29

    N’aie crainte, je connais cet auteur, on peut s’attendre à ce qu’il n’épargne pas grand monde et le fasse avec humour.
    Ma bibli possède The Barchester Towers et Les antichambres de Westminster. Le tien serait le premier, et le second une suite de Phineas Finn, que possède aussi la bibli, ainsi que The Eustache diamonds. Si tu suis, tu vois qu’il y a de quoi faire encore…
    Dommage que son côté auteur de pavés victoriens fasse sans doute fuir les lecteurs, c’est dommage, car à voir certains livres dispensables de la rentrée littéraire, un petit classique ne peut que ravir.

  2. 21 août 2011 22:59

    Déjà, si l’intégralité de la série Barchester était traduite, il aurait un peu plus de chances d’être lu. Mais je pense que les dernières parutions en France ont bien marché ; j’ai vu que Miss Mackenzie sortait en poche, c’est bon signe. Je me demande pourquoi je me retiens de lire toute son œuvre d’un coup ! Peut-être pour m’en garder plus longtemps, et aussi pour ne pas me lasser de ses ficelles, parce que je commence à les repérer. 😉

  3. keisha permalink
    22 août 2011 10:03

    Je n’ai pas lu Miss Mackenzie, mais repéré certains thèmes de peut-on lui pardonner?
    Quelel époque est meilleur encore.
    Bon, je vais déjà voir les romans à la bibli, après on verra. Reste le problème des non traductions. Remarque, même pour Dickens, à part en pleiade, pas moyen de lire ses romans moins connus, en poche.

  4. 22 août 2011 13:39

    Je viens justement de lire « Vendée » : pas son meilleur roman, il y avait plus urgent à traduire ! C’est intéressant d’observer quel auteur passe à la postérité. Dickens est en Pléïade, pas George Sand, à part pour son autobiographie. Thackeray est plus connu que Trollope, etc. Il y un effet de mode indéniable en littérature !

  5. keisha permalink
    23 août 2011 08:06

    Ah les traductions! J’ai lu les romans de Gaskell et Eliott principalement en anglais, à l’époque on ne les avait pas en français, maintenant c’est en poche parfois. Tant mieux, remarque.
    pareil pour jane Austen, j’ai une collection de brochés , achetés quand on les trouvait au compte goutte, maintenant c’est beaucoup plus accessible.
    Pour Dickens, à part les mêmes titres, c’est difficile à avoir.
    J’ignorais que Sand ne soit pas en pleiade! Scandaleux! ^_^
    Alors pour Trollope, soyons patients…

  6. 23 août 2011 10:29

    Pour George Sand, c’est bien simple, si je veux lire tous ses romans, je dois passer par les documents électroniques, comme pour un auteur étranger tombé dans l’oubli…
    J’ai aussi découvert Austen, Gaskell et Eliott en VO, ce qui m’a donné le goût de lire en anglais. D’ailleurs, il m’en reste à découvrir ! Déménager le blog m’a rappelé mes chantiers en cours. 😉

  7. keisha permalink
    23 août 2011 18:28

    Finalement, oui, cela oblige à lire en VO, et à découvrir que c’est possible, plus agréable, et au moins les textes sont respectés (certaines traductions de jane austen étaient tronquées parait-il)
    Il me semble qu’on trouve pas mal de romans de Sand, mais c’est sur que c’est parfois dans des collections confidentielles. Il faut dire qu’elle a beaucoup écrit. Donc, il faut la Pleiade!

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