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La Ballade de Pern

1 août 2011

Dans la série saga interminable pleine de passion et de magie, mais composée de courts volumes faciles à lire dans les transports en commun, j’avais déjà testé la Romance de Ténébreuse de Marion Zimmer Bradley, je me devais d’essayer la Ballade de Pern un jour ou l’autre. Et j’ai tout lu, tout, du premier tome jusqu’au dernier, surtout pas dans l’ordre annoncé sur l’édition Pocket, oh non ! mais dans l’ordre de rédaction, celui imaginé par l’auteure pour nous présenter son monde, puis les intrigues qui vont l’animer.

Le Vol du dragon dépeint une planète en déliquescence, où l’ancien ordre des chevaliers-dragons est tombé dans le discrédit et vivote dans des conditions bien éloignées de sa splendeur originelle. Ce premier tome est centré sur une héroïne, Lessa, dont l’apparence minable n’en dissimule pas moins de puissants pouvoirs magiques. De tous les Weyrs (cavernes immenses où nichent les dragons et leurs chevaliers) de la planète, seul celui de Benden est encore en activité, comme si tous les chevaliers des autres régions avaient disparu tous ensemble un beau jour. L’ordre paraît bien démuni face à la menace des fils qui s’annonce. Comment des traditions aussi vitales ont-elles pu s’évanouir en quelques générations ? Passé le premier ravissement de la découverte du monde et de la magie des dragons, j’ai trouvé le temps long. J’avais abandonné ma lecture au beau milieu de l’éducation de Lessa, lors de ma première tentative, quelques années auparavant. Trop tôt pour entrer vraiment dans l’action et les paradoxes de la mystérieuse Pern. Une lectrice amie a su me convaincre de redonner une chance à la Ballade.

L’argument guerrier de la saga est mince : des fils parasites venant d’un satellite de Pern, l’étoile rouge, cherchent à envahir la planète lorsque sa trajectoire s’en rapproche. Les dragons s’activent alors à les brûler avant qu’ils ne touchent le sol et ne détruisent toute vie organique. Tout le monde a très peur, puis tout le monde est soulagé ; ça manque de passages épiques. Heureusement, l’intrigue réussit à rebondir, car fort heureusement, jalousies, convoitise, rancœurs, viennent contrecarrer les projets des héros plus futés et avides de découvertes. Pas de danger surnaturel, de mal incarné dans un démon, donc, mais la bêtise et l’égoïsme comme menaces principales.

Par rapport à mes lectures relevant du même genre, j’ai été frappée par l’harmonie et la douceur qui se dégagent de la saga de McCaffrey. Même les animaux sont paisibles, la vie agréable entre deux chutes de fils. Le récit, souvent de forme initiatique, s’attache à l’évolution psychologique et sociale des personnages. La lecture en est plaisante, sans être haletante ; pas le genre à passer des nuits blanches pour finir un volume. Anne McCaffrey profite de son cycle pour développer sa conception de la « liberté » sexuelle, les dames du Weyr et chevaliers-dragons ayant une morale plus élastique que le reste de la population. Le fin du fin étant de s’accoupler en même temps que ses dragons s’envoient en l’air pour leur vol nuptial. Pas d’érotisme torride, cela dit ; c’était plus chaud sur Ténébreuse.

Mais, insidieusement, on se rend compte qu’on reste dans des schémas relativement traditionnels. Les hommes détiennent l’essentiel du pouvoir, en tant que chefs de Weyr et chevaliers, les femmes jouent un rôle plus domestique de dames-maîtresses des reines dragonnes, ces dernières assurant la reproduction de l’espèce. Passée l’effort de créer des personnages féminins intéressants, comme Lessa et Menolly, il y en a aussi des pénibles, comme les méchantes Kylara et Thella (elles ne s’intéressent qu’à elles et n’aiment pas les enfants, ouh !). La plupart restent cantonnées à la sphère domestique, les hommes assurant l’essentiel de l’action.Il peut s’avérer agaçant de ne suivre que des être exceptionnels, tandis que les autres sont dépeints comme des abrutis. En effet, outre les chevaliers et dames douées de dons magiques, comme la télépathie, on passe beaucoup de temps avec les harpistes, à la fois musiciens, poètes et scientifiques. On passe aussi beaucoup beaucoup de temps avec les bestioles : ça, il faut aimer les reptiles !

Les seize volumes sont inégaux. A la trame initiale, passionnante, composée des quatre tomes de « la grande guerre des fils » (1, 2, 6, 11), viennent se greffer des intrigues secondaires, développant d’autres aspects de la société. L’autrice n’évite pas les répétitions et il arrive que la même scène soit racontée plusieurs fois, vue par les yeux de personnages différents. Ça pourrait donner un effet narratif ingénieux, mais c’est en fait très répétitif. Bref, la série, débutée à la fin des années 60, aurait gagnée à suivre les standards actuels, une trilogie avec des volumes de 900 pages, avec une action resserrée, les différentes intrigues entremêlées. Et que signifie cette similitude troublante avec la trame de Ténébreuse ? Est-ce que l’idée a germé en même temps chez les deux autrices, ou bien ont-elles participé à un concours sur le thème de « une planète baignée de magie et peuplée de créatures fabuleuses découvre ses anciennes origines terriennes » ?
Le plus mieux :
  • Sauts temporels vertigineux : enfin une idée exploitée jusqu’à un aboutissement satisfaisant. De simple gadget marrant, le saut spatio-temporel devient un élément à part entière de l’intrigue, avec les inévitables paradoxes temporels.
  • Beaucoup de personnages, dont certains attachants : Lessa, Robinton, Menolly, Jaxom, sans oublier les dragons et les lézards de feu, adorables bestioles, dont le seul défaut est un vocabulaire limité au niveau de la description.

Le pire moins bien :

  • Des chevaliers qui s’appellent tous K’nor, S’kip ou S’mart. Un peu limite, comme noms, la palme revenant au seigneur Fax – la technologie ne devait pas exister au moment où elle a écrit le livre, sinon, je suppose qu’elle aurait trouvé autre chose.
  • Une narration trop indirecte : la lectrice se voit frustrée d’une partie de l’action, remplacée par des compte-rendus des personnages entre eux. De plus, le fil de l’intrigue, parfois mince, comme dans la série des harpistes, se voit repris dans des discussions répétitives : « Elle a fait ça ? Ça alors ! » et sans intérêt puisqu’on vient juste de le lire.
  • Le but ultime : bon, d’accord, il y a des fils et c’est pas bien. Mais si les fils disparaissent, c’est quoi, leur but dans la vie ? L’auteure ne nous distillerait-elle pas une fable écologique tout au long des volumes de sa saga sans en avoir l’air ? En fait, une fois réglé le sort des spores parasites, l’auteure se ballade dans son monde, en développant les aspects qui lui tiennent le plus à cœur, telle la musique, le cheminement personnel en milieu hostile, la nature bonne et sauvage. Tout plein de bons sentiments, qui peuvent irriter en voyant les héros, ivres de bonheur, trouver leur voie.

Je vous avais parlé de l’ordre préférable de lecture, différent de l’ordre chronologique imprimé dans l’édition française. Bien sûr, rien ne vous empêche de suivre quand même l’ordre chronologique. J’ai eu cette faiblesse, au début, moi aussi, et je suis passée de la Quête du dragon au Dragon blanc, sans passer par la trilogie sur les harpistes, en me demandant qui étaient tous ces nouveaux personnages très sympathiques, qui semblaient tombés du ciel. Voici donc l’ordre d’écriture :

1. Le vol du dragon (8)
2. La quête du dragon (9)
3. Le chant du dragon (12)
4. La chanteuse-dragon de Pern (13)
5. Les tambours de Pern (14)
6. Le dragon blanc (10)
7. La dame aux dragons (5)
8. L’aube des dragons (1)
9. L’histoire de Nerilka (6)
10. Les renégats de Pern (7)
11. Tous les Weyrs de Pern (11)
12. La chute des fils (2)
13. Les dauphins de Pern (3)
14. L’œil du dragon (4)
15. Le maître-harpiste de Pern
16. Les ciels de Pern
Une série à lire pour qui souhaite une approche différente de la science fiction, loin des scènes de bataille, des héros surpuissants et des intrigues cousues de fil blanc, mais attention à l’overdose…
Anne McCaffrey, La Ballade de Pern
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