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A la croisée des mondes

5 août 2011

Nouvel exemple d’un succès de la littérature enfantine qui a su conquérir un public adulte, la trilogie A la Croisée des Mondes est une très belle aventure dans le Grand Nord, à travers les yeux d’une gamine au caractère bien trempé. Bien sûr, le style, le point de vue sont destinés à la base aux huit-dix ans, mais l’histoire est suffisamment captivante pour séduire toutes les tranches d’âge. J’ai beaucoup aimé ces trois livres, bien qu’ils m’auraient probablement davantage impressionnée si j’avais eu vingt ans de moins.

On entre dans l’histoire par la petite porte, celle du placard où Lyra, petite fille à moitié sauvage, épie les Erudits de l’Université d’Oxford où elle a grandi, curieusement livrée à elle-même. On est rapidement immergée dans un monde proche de l’Europe du début du XXe siècle, avec certains détails qui le font pencher du côté du fantastique. Ainsi, les humains sont accompagnés de leur dæmon, une créature intelligente prenant l’aspect d’un petit animal, qui peut changer de forme à volonté jusqu’à ce que son partenaire humain devienne adulte. Pantalaimon, le dæmon de Lyra, affectionne sa forme d’hermine, tout en se transformant à chaque instant en papillon, chat ou dragon. Le savoir transmis dans les universités d’Oxford n’est pas à proprement parler une discipline académique : on entend parler de théologie expérimentale, sans savoir s’il s’agit de philosophie, de religion ou de science. Enfin, ce monde qui semble familier se démarque subtilement de l’histoire réelle par les noms de pays et les enjeux politiques.

Dans le monde de Lyra, le Nord est furieusement tendance. Tous les enfants rêvent d’expéditions enneigées en Laponie, de voyages en traîneaux sous les lueurs de l’ « horreur boréale », de visites des villes somptueuses des Tartares. Et puis il y a aussi le pays des sorcières volantes, et les ours en armure… Du coup, tout comme Lyra, notre vœu le plus cher est de parcourir nous aussi les Royaumes du Nord, où se trouve peut-être la solution à l’énigme de la Poussière.

Dans les villes anglaises, notamment chez les gitans, des enfants disparaissent régulièrement. Lyra continue ses escapades par monts et par vaux, multipliant les bêtises, jusqu’à ce que son entourage soit lui aussi touché. Y aurait-il un rapport avec les expéditions de son oncle, Lord Asriel, ramenant du Nord des têtes trépanées, des photos d’enfants et de Poussière et le mirage d’une ville perdue dans les nuages ?

Le courage et l’astuce de Lyra lui valent de trouver de solides alliés lorsqu’elle se retrouve livrée à elle-même, poursuivie par les dangereux Enfourneurs qui kidnappent les enfants. Tandis qu’elle défaille de bonheur à se retrouver emmitouflée jusqu’aux oreilles, sur un traîneau filant droit vers le Nord, la guerre s’annonce. Il semble bien que la petite fille ait un rôle à y jouer, avec son précieux aléthiomètre, liseur de vérité pour qui sait déchiffrer les symboles.

Philip Pullman adopte très bien le ton d’une fille batailleuse de onze ans. Pas de mièvrerie, d’illusions sur l’innocence enfantine dans ce livre. Plus que d’innocence, c’est d’indifférence au monde adulte et de roublardise dont font preuve les enfants, comme dans la vie réelle. L’auteur décrit à merveille le passage vers l’adolescence, notamment à travers la fascination exercée par Madame Coulter.

Comme dans les vrais bons livres pour enfants, celui-ci n’est pas qu’une grande aventure, il délivre aussi un message sur le risque à tourner complètement le dos à son enfance. Un thème lié à la répression de la sexualité, la mutilation exercée par la civilisation, toujours nécessaire quand on voit l’aveuglement actuel de beaucoup de parents sur la nature instinctive de leur progéniture, étouffée sous une course aux bonnes notes effrénée. Je ne sais pas si les lecteurs les plus jeunes pourront capter tout ça, mais c’est déjà pas mal si ça peut les amener à réfléchir un jour.

C’est aussi ce qui en fait une histoire pertinente pour les adultes, puisqu’elle peut se lire à différents niveaux, ce qui n’empêche pas les plus vieilles de s’attendrir sur les mimiques des adorables dæmons. Au premier degré, les péripéties de Lyra et de ses compagnons sont passionnantes et parviennent à nous surprendre plus d’une fois. Il y a certes des gentils et des méchants, mais on ne les reconnaît pas du premier coup, et leurs mobiles ne sont pas simplistes. Enfin, l’univers est original, bien décrit, et il fait rêver, tout ce qu’on demande à ce genre de lecture, qui s’élève ici assez haut par rapport à la masse des livres du genre.

Philip Pullman, « A la croisée des mondes », Ed. Gallimard Jeunesse

1. Les Royaumes du Nord (533 p.)
2. La Tour des Anges (446 p.)
3. Le Miroir d’ambre (596 p.)

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