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The Liveship Traders

11 août 2011

Après la trilogie remarquée de l’Assassin royal, Robin Hobb a écrit cette trilogie des Liveship Traders, prenant place dans le même univers, mais avec de tous nouveaux personnages. La narration est ici à la troisième personne et multiplie les points de vue, contrairement aux aventures de Fitz. L’écriture est somptueuse et toujours aussi précise. On reconnaît la patte de l’auteure à la profondeur psychologique des personnages et à l’attachement aux objets, ainsi qu’à l’atmosphère magique toute en subtilité qui baigne l’intrigue.

J’avais commandé directement les trois tomes en version originale, avertie de l’entourloupe de l’édition française, qui avait trouvé bon de découper le premier tome en trois. Sauf que la traduction des deux tomes suivants avait été repoussée aux calendes grecques car l’éditeur s’était aperçu que la trilogie du Tawny Man, suite des Aventuriers où l’on retrouve FitzChevalerie, se vendait mieux. A l’époque, les lecteurs français risquaient donc de se faire gâcher l’intrigue de la présente trilogie en lisant directement le Prophète blanc après la Reine solitaire. Je me suis donc lancée dans l’aventure en anglais et j’y ai pris un grand plaisir, même s’il m’a fallu deux à trois semaines pour finir chacun des livres longs de 800 pages.

J’ai tout de suite oublié les livres précédents de Robin Hobb en commençant à lire Ship of Magic. L’histoire est captivante dès les premières lignes, les personnages suffisamment mystérieux et attachants pour donner envie d’en savoir plus. On rentre sans problème dans les différentes intrigues, d’abord parallèles, qui ne vont pas tarder à se croiser. Dans l’une d’elles, le pirate Kennit tient le premier rôle : séducteur, ambitieux, manipulateur, il rêve d’un royaume à sa mesure. Plus loin sur la côte, dans le port commerçant de Bingtown, une famille se déchire suite à la mort du chef de famille. L’enjeu : un bateau dont la figure de proue est sculptée en bois magique, prête à prendre vie et à s’unir en esprit avec l’héritier. Althéa, jeune femme fougueuse, s’estime la légitime héritière de Vivacia, sur laquelle elle a appris le métier de marin depuis son enfance. Mais le temps n’est plus aux femmes fortes et indépendantes à Bingtown et la famille Vestrit craint pour sa réputation…

Cet univers avant tout maritime a pourtant de nombreux points communs avec l’Assassin royal. Avec le bois magique, on retrouve l’idée des objets animés par l’esprit humain. Robin Hobb aime décrire les objets, et ne se prive pas en longues descriptions d’arrières boutiques d’artisans, ou de cales de bateaux. Ce n’est jamais ennuyeux. L’intrigue est menée de façon très progressive, rendant captivantes les révélations, lorsqu’elles apparaissent.

Autre point commun, des personnages qui ne sont pas unidimensionnels. Ils se débattent dans leurs contradictions, cachent des secrets, rencontrent des obstacles. Robin Hobb aime faire souffrir ses personnages ! Elle montre ici un véritable talent pour mettre lecteurs et lectrices dans la peau de personnages très différents : adolescent cérébral, prostituée orgueilleuse, jeune fille en fleur, marin brutal, on arrive à comprendre leur logique, parfois à anticiper leurs sentiments. Aucun personnage, même le plus futile en apparence, n’est inutile. L’héroïne principale, Althéa, est un superbe personnage féminin, énergique et têtue. L’intrigue se noue entre le destin imposé et la liberté individuelle, sans message simpliste ou bons sentiments. Les choses sont beaucoup plus compliquées. La vérité n’est toujours pas bonne à entendre et on voit les personnages faire des erreurs, subir de cuisantes défaites. C’est vrai que l’ambiance générale est assez morose. Ces livres vont laisseront sur une impression mélancolique.

Ce qui m’a vraiment plu dans cette trilogie, c’est la qualité de l’écriture, d’une précision toute chirurgicale (ce terme est très bien choisi !). L’auteure choisit tellement bien ces mots qu’on comprend tout de suite ce qu’elle veut dire. On arrive à suivre les moindres nuances des émotions des personnages et ses portraits sont toujours très justes. Par exemple, j’aime beaucoup ces deux phrases : « Before, he had been a man toying with dissipation. Now, he embraced degeneracy. » Point n’est besoin d’en dire plus pour saisir toute la perversité du personnage. Entre passages oniriques et pure action violente, tous les éléments d’une bonne intrigue sont soigneusement dosés, délivrés de manière ordonnée et pourtant plus d’une fois surprenante.

Très bon souvenir de lecture, la trilogie des Aventuriers de la mer est l’une des meilleurs œuvres de fantasy que j’ai lues à ce jour, pleine de poésie et de panache.

Robin Hobb, The Liveship Traders, Editions Bantam Spectra, 1999

1. Ship of Magic
2. Mad Ship
3. Ship of Destiny

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2 commentaires leave one →
  1. 14 août 2011 17:58

    Je suis complètement d’accord avec toi ! Je la trouve même bien meilleure que l’Assassin Royal (sans parler de tout ce qu’elle a fait depuis, qui dépasse difficilement le niveau « médiocre »)…

    • 14 août 2011 18:18

      Oh oui ! Entre l’Assassin royal et le Soldat chamane, les Aventuriers de la mer n’ont pas l’air d’avoir été écrits par la même personne. C’est son chef d’œuvre, sans aucun doute !

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