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La Cité des livres qui rêvent

28 août 2011

Nouvelle raison de me réjouir des possibilités de la blogosphère, la lecture de cet étrange roman m’a été inspirée par la passionnante Beux. Plus elle expliquait que ce livre était inclassable, inapte à plaire au lectorat jeunesse tout comme aux adultes friands de fantastique, plus je me disais que j’allais l’adorer. Il est vrai que Walter Moers, adulé en Allemagne, est inconnu en France et que la couverture de ce roman est particulièrement hideuse. Mais voilà, adhérent à la définition de la lecture donnée dans le prologue, « entreprise audacieuse motivée par le besoin de recherches ou de mouvement, émaillée de terribles menaces, de dangers imprévisibles qui débouchent parfois sur une issue fatale », je me suis lancée avec délices dans cette lecture dragonnesque, sans un regard en arrière.

Tout habitant de la Citadelle des Dragons, rocher situé sur le plateau de Dull, en Zamonie occidentale, est écrivain de naissance. Son parrain en écriture veille à ce que lui soit prodiguée une éducation littéraire propre à faire convenablement germer en lui l’inspiration et le talent. Celui d’Hildegunst Taillemythes, Dancelot de Tournerimes, lui lègue à sa mort un manuscrit inédit et lui conseille de voyager pour élargir son horizon. Le jeune apprenti écrivain de soixante-dix-sept ans décide de se rendre sans plus tarder à Bouquinbourg, la « Cité des livres qui rêvent », pour savoir ce qu’est devenu l’auteur du génial manuscrit, qui l’a bouleversé jusqu’à l’hystérie.

Quand on s’était habitué à l’odeur écrasante du papier en décomposition qui montait des entrailles de Bouquinbourg, que les premières crises d’éternuements allergiques suscitéss par les tourbillons de poussière étaient passées, que les yeux cessaient lentement de verser des larmes provoquées par la fumée piquante de mille cheminées, on pouvait enfin commencer à admirer les innombrables merveilles de la ville.
Bouquinbourg comptait plus de cinq mille boutiques de livres d’occasion officiellement enregistrées, et un millier de bouquineries semi-légales. En dehors des ouvrages écrits, on y proposait des boissons alcoolisées, du tabac, des plantes et des essences euphorisantes, dont on prétendait que la consommation favorisait le plaisir de la lecture et la concentration. Il y avait un nombre incalculable de marchands ambulants qui, munis d’étagères sur roues, de voitures à bras, de musettes ou de brouettes, vendaient des imprimés de toutes sortes. Bouquinbourg réunissait plus de six cents maisons d’édition, cinquante-cinq imprimeries, une douzaine d’usines à papier et un nombre croissant d’ateliers spécialisés dans la fabrication de caractères en plomb et d’encre d’imprimerie. Certaines boutiques proposaient des milliers de signets et d’ex-libris différents, des ateliers de tailleurs de pierre s’étaient spécialisés dans la taille de lutrins ; des menuiseries et des magasins de meubles étaient remplis de pupitres et de rayonnages. Il y avait des opticiens, fabricants de lunettes de lecture et de loupes et, à chaque coin de rue, des cafés dotés d’une cheminée, où des écrivains, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, faisaient des lectures. (p. 30-31)

Une ville entière dédiée aux livres ! Hildegunst en a le tournis, veut tout voir, sa curiosité à peine rassasiée, sachant que la partie principale de la ville de trouve dans des souterrains labyrinthiques. Mais pourquoi son cher manuscrit provoque-t-il des réactions aussi passionnées chez les personnes auxquelles il le fait lire ? Qu’a bien pu trouver le célèbre chasseur de livres, Colophonius Clairdepluie, pour ne jamais remonter des souterrains ? Que penser de cette légende d’une créature mortelle hantant le labyrinthe, le Roi des Ombres ?

J’ai beaucoup aimé les trouvailles de l’auteur, comme les livres vivants, les livres dangereux, ce personnage de dragon propre sur lui. Les allusions à la littérature n’empêchent pas ce roman d’être avant tout un récit d’aventures. Il y a de l’action, du danger, de très vilains monstres. On lira ainsi avec émotion le récit d’une course poursuite avec une bande de Harpyres à dos d’étagère.

Une aventure risquée au cœur des livres pourrait faire penser à Thursday Next, de Jasper Fforde. Mais c’est plutôt la comparaison avec la Cité des saints et des fous qui m’est venue à l’esprit : ville absurde, obscure, fatale, avec de nombreux jeux d’écriture et de mise en page. Quand on rentre dedans, on est fascinée. On peut aussi ne pas aimer, mais impossible de rester indifférente.

Walter Moers, La Cité des livres qui rêvent, Ed. du Panama,
2006, 456 p. (Die Stadt der Träumenden Bücher, 2004)

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