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La Vague

30 août 2011

Pour illustrer certains points du programme d’histoire, Ben Ross aime bien faire faire des travaux pratiques à ses élèves. Il leur fait ainsi expérimenter les partis politiques, ou l’organisation d’un procès. Après la projection d’un film sur le nazisme et les camps de concentration allemands, il se rend compte que les jeunes sont déboussolés, ne comprenant pas comment la population de tout un pays a pu cautionner ce genre d’atrocités. Il met alors en place une petite expérience, instaurant une stricte discipline corporelle dans la classe et faisant circuler des slogans censés constituer un fort sentiment de communauté. Contre toute attente, les lycéens frondeurs jouent le jeu avec plaisir et devancent même ses attentes. Le mouvement, baptisé la Vague, prend de l’ampleur au lycée et dépasse complètement son responsable.

Inspiré d’un fait réel, survenu en 1969 dans un lycée californien, ce roman est parfait pour lancer des discussions en classe sur le totalitarisme. Il ne faut pas en attendre grand-chose d’autre : ce n’est pas un chef d’œuvre sur le plan du style, ni de la narration. La description des personnages reste superficielle.

Il soulève cependant des questions intéressantes, suggérant les bienfaits pour un groupe de se soumettre à une autorité. Les querelles de coteries et de popularité s’effacent avec l’avènement d’une communauté soudée. Certains types de personnalités s’épanouissent davantage quand l’individualisme et la compétition ne priment plus. Tout le monde travaille davantage, mais c’est malheureusement pour privilégier le par cœur sur la réflexion approfondie. Autre inconvénient, la cohérence du groupe ne peut se renforcer que par la répression des opposants ou des « ennemis ». L’expérience sera traumatisante pour tout le monde, comme à chaque fois qu’on cherche à reproduire les expériences sur la soumission l’autorité, comme celle de Milgram dont les résultats, faut-il le rappeler, restent stables…

De son poste sur scène, Ben couva du regard cette marée de visages inquiets qui l’observaient sans ciller. Était-il donc vrai que la nature des hommes les poussait à chercher un meneur ? Quelqu’un pour prendre les décisions à leur place ? Manifestement, tous ces visages levés vers lui l’affirmaient. Telle était la responsabilité d’un chef : savoir qu’un groupe comme celui-là le suivrait n’importe où. Ben commençait à comprendre à quel point sa « petite expérience » s’avérait bien plus sérieuse que ce qu’il avait imaginé. Ils étaient prêts à lui faire une confiance aveugle, à le laisser décider à leur place sans hésiter une seconde – ce constat l’effrayait. Si les destin des hommes était de suivre un chef, raison de plus pour que ses élèves retiennent cette leçon : il faut toujours tout remettre en question, ne jamais faire confiance aveuglément à quelqu’un. Autrement… (p. 213-214)

Todd Strasser, La Vague, Ed. Pocket Jeunesse, 2009, 222 p. (The Wave, 1981)

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4 commentaires leave one →
  1. 11 septembre 2011 13:25

    ça fait longtemps que j’hésite à le lire celui-là. Ta critique me fait envie malgré ses quelques réserves… Merci!

    • 11 septembre 2011 18:22

      C’est sûr que je m’attendais à mieux sur le plan littéraire mais les idées sont intéressantes.

  2. Patrice permalink
    17 février 2017 21:26

    Je ne savais pas qu’il y avait un livre à l’origine du film que j’avais vu il y a quelques années. Très marquant..

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