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Vendée

1 septembre 2011

Parmi les romans pré-Barchester d’Anthony Trollope, on trouve ce roman, formidablement biaisé, racontant la Terreur en France. Ce n’est pas son meilleur, il l’a reconnu lui-même, pourtant il a été traduit avant The Last Chronicle of Barset (un de ses chefs d’œuvres, au hasard), ce qui me remplit d’étonnement et de perplexité.

L’intrigue débute avec un appel de conscription à Saint-Laurent-le-Vieil, où un jeune homme refuse de servir dans les armées de la République, alors que son nom apparaît en premier sur la liste. La population est restée fidèle au roi  et n’accorde aucun crédit à la nouvelle constitution. C’est l’émeute, des républicains sont faits prisonniers et la canon, « la Marie-Jeanne », est dérobé. Un jeune voiturier, Cathelineau, se distingue et sera désigné général par les royalistes.

Pourtant, les personnages principaux sont bien trois amis nobles, Lescure, Henri de la Rochejaquelein et Adolphe Denot. Les sœurs de Lescure et de La Rochejaquelein, Marie et Agathe, fournissent les éléments d’intrigues romanesques absolument nécessaires à Trollope, mais n’ont pas de rôle à proprement parler, à part celui de soutien des héros. Ces derniers ne sont malheureusement pas les personnages les plus intéressants dans tous ceux que brasse le récit. C’est seulement quand l’un d’eux montre les premiers signes de sa folie qu’il prend une véritable envergure. On a une vision à peine idéalisée des châtelains du Poitou :

Car la région était de celles où les riches ne possédaient pas des propriétés immenses, ni des habitudes dispendieuses. Ils n’édifiaient pas de châteaux ruineux, ils ne donnaient pas de somptueux banquets, ils vivaient sur leurs terres, de leurs revenus, et ils avaient toujours quelque chose à donner aux miséreux du voisinage. Leur occupation était d’exploiter leur domaine, leur distraction de chasser, leur passion la plus forte la loyauté, et leur principale ambition la prospérité de leurs locataires. (p. 41)

« Plutôt la mort que la République ! » Les personnages républicains, eux, n’échappent pas à la caricature la plus grossière : féroces, impitoyables, ils ont tous les vices. On est d’autant plus surprise d’un portrait de Robespierre tout en nuances, soucieux de la réalité historique et assez émouvant.

Même royaliste de cœur, Trollope bouleverse les hiérarchies traditionnelles, en montrant des prêtres partant vaillamment au combat, ou des dames plongées dans la poudre à canon jusqu’aux coudes. Il imagine même une idylle entre deux êtres de classes sociales différentes. Malgré ces éléments a priori explosifs, la lecture reste poussive et on nage dans les clichés. Si le thème choisi est étranger aux préoccupations habituelles de Trollope, j’ai retrouvé des éléments caractéristiques de son œuvre :

  • les déclarations et demandes en mariage très embarrassantes, susceptibles de dégénérer à tout instant ;
  • le parallèle entre les amours du beau monde et celles des classes populaires, avec la romance entre Annot Stein et Jacques Chapeau ;
  • son talent pour rendre le « méchant » touchant et sa conduite compréhensible ;
  • le détachement ironique dans toutes les scènes, même les plus passionnées, même les scènes de combat.

Bref, avec cette lecture, j’ai eu la confirmation que je n’étais vraiment pas du même bord politique que lui, ce qui ne me dérange pas outre mesure pour lire ses livres. De même, j’ai pu constater qu’on ne devient pas d’un seul coup un très bon romancier.

Anthony Trollope, Vendée, Ed. du Rocher, 1997 (La Vendée, 1850)

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