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Les Terroristes

19 octobre 2011
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Le dernier tome du « roman d’un crime »… Un vrai festival ! L’histoire est plus complexe que lors des précédents ; il y a plusieurs intrigues enchevêtrées, des chapitres plus longes. Le couple d’écrivains maîtrise parfaitement son sujet et s’offre des scènes burlesques, d’un humour hilarant, tel le procès calamiteux d’un braquage de banque un peu trop vite expédié par la police.

Le fond est pourtant noir. Le côté le plus désespérant du roman tient au destin de jeunes femmes brisés, victimes d’un système économique impitoyable. Martin Beck expédie rondement l’enquête autour du meurtre d’un pornographe que personne ne regrette beaucoup. C’est pour se voir aussitôt confier la responsabilité d’un plan de sécurité autour de la visite potentiellement houleuse d’un sénateur américain. Naturellement, Stig Malm souhaite une intervention de choc, susceptible de valoriser sa carrière, dont la portée militariste ne suscite guère l’enthousiasme du « groupe de projet ». Gunvald Larsson se montre plus antipathique et désopilant que jamais avec ses réflexions cyniques (et quels sous-vêtements !).

Kollberg a démissionné de la police, pour des raisons qui ne surprennent personne après la lecture du tome précédent. Martin Beck voit sa relation avec Rhea Nielson évoluer de manière très satisfaisante, heureux d’avoir rencontré une femme intelligente et de caractère. Le policier sur le retour apprend enfin un peu la nonchalance.

Toujours le fatalisme face au virage au libéralisme qui fait sombrer une société tout entière. Les auteurs s’en prennent régulièrement à la démocratie de façade, qui fait croire que tout va bien en Suède. Pourtant, il n’y a pas beaucoup de lien social au-delà du consumérisme. L’analyse des changements intervenant dans la police peut facilement s’étendre au reste du pays. Derrière la militarisation et l’obsession des chiffres, les responsables sont d’une crétinerie décourageante. J’ai eu un beau fou rire à l’arrivée du « commando spécial » de Malm, l’humour étant toujours férocement présent dans l’écriture. On comprend que Martin Beck aimerait faire autre chose, mais il se doute que ce serait pire sans lui.

Evidemment, je recommande cette série à toute personne me demandant un titre de bon polar, ou tout simplement de bon livre. Je discutais récemment avec quelqu’un qui estimait que la littérature policière ne pouvait être que de droite. La fréquentation des couches les plus viles de la société ne pouvait conduire qu’à un regard moraliste et désabusé. C’est pourtant possible avec un autre point de vue, comme Maj Sjöwall et Per Wahlöö en ont fait une démonstration magistrale, mais jamais pompeuse, entre la fin des années 60 et le milieu des années 70. Le dernier mot est un programme à lui tout seul.

Maj Sjöwall et Per Wahlöö, Les Terroristes,
Ed. Payot & Rivages, 2010, 548  p.  (Terroristerna, 1975)

Le Roman d’un crime :

  1. Roseanna
  2. L’homme qui partit en fumée
  3. L’homme au balcon
  4. Le policier qui rit
  5. La voiture de pompiers disparue
  6. Vingt-deux, v’là des frites
  7. L’abominable homme de Säffle
  8. La chambre close
  9. L’assassin de l’agent de police
  10. Les terroristes
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