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Le Château des désertes

26 novembre 2011

Dans cette suite à Lucrezia Floriani, on retrouve le fils aîné de la célèbre actrice, Célio, au moment de ses débuts comme chanteur. Le narrateur, peintre prometteur, en fait son ami tout en s’éprenant de sa partenaire sur scène, l’humble Boccaferri. L’univers du théâtre est présenté de manière très vivante : les rivalités entre chanteurs, les petites vengeances se soldant par des fiascos publics… L’idée apparaît qu’un véritable artiste est souvent celui qui a le second rôle mais qui pratique son art avec passion et précision, négligeant les effets trop étudiés qui n’apportent qu’un succès éphémère.

Adorno Salentini fait ici son éducation sentimentale, apprenant à négliger la frivolité des comtesses pour l’amour profond et durable d’une femme plus modeste. Son évolution psychologique est assez surprenante et je n’ai pas été convaincue par ses volte-faces, surtout la dernière. A vrai dire, c’est Cécilia Boccaferri qui m’est apparue comme le personnage le plus intéressant.

Le roman consiste en grande partie en la défense d’une certaine idée du théâtre, inspirée par un élément de la vie de George Sand. Les soirées d’hiver à Nohant étaient consacrées à des représentations théâtrales privées, où l’on s’adonnait avec enthousiasme à la comédie jusqu’à une heure avancée de la nuit. Ce sera aussi le cas de la petite troupe familiale de ce roman, attachée à une conception du « théâtre vrai ». Tout en utilisant des éléments du roman gothique, recette qu’elle décriait pourtant auparavant, l’autrice s’en démarque avec humour et nous fait entrer dans la magie de la scène, lieu où les sentiments des personnages vont enfin se révéler.

Selon Boccaferri père, « il y a peu d’acteurs vrais, et tous devraient l’être ! Qu’est-ce qu’un acteur, sans cette première condition essentielle et vitale de son art ? On ne devrait distinguer le talent de la médiocrité que par le plus ou moins d’élévation d’esprit des personnes. Un homme de cœur et d’intelligence serait forcément un grand acteur, si les règles de l’art étaient connues et observées ; au lieu qu’on voit souvent le contraire. Une femme belle, intelligente, généreuse dans ses passions, exercée à la grâce libre et naturelle, ne pourrait pas être au second rang, comme l’a toujours été ma fille, qui n’a pas pu développer sur la scène l’art et le génie qu’elle a dans la vie réelle. Faute de se trouver dans un milieu assez artiste pour l’impressionner, elle a toujours été glacée par le théâtre, et vous la verrez pourtant ici, vous ne la reconnaîtrez point ! C’est qu’ici rien ne nous choque et ne nous contriste : nous élargissons par la fantaisie le cadre où nous voulons nous mouvoir, et la poésie du décor est la dorure du cadre. » (p. 919)

Un roman agréable à lire mais qui ne tient pas ses promesses du début : pas une histoire d’amour passionnée, malgré une déclaration très inspirée au début : « Fiat lux ! aimons-nous, et la lumière sera. » Pas un roman fantastique, malgré un décor gothique fort bien planté. Plutôt un manifeste artistique, qui donne très envie d’aller voir des pièces du répertoire classique jouées avec panache.

George Sand, Le Château des désertes, dans Vies d’artistes,
Ed. Omnibus, 2004, p. 849-954 (première édition en 1851)

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