Skip to content

Nature morte

11 décembre 2011

Le livre reprend exactement là où s’arrêtait la Vierge dans le jardin. Frederica a réussi brillamment ses examens, Stephanie s’est mariée, Marcus a craqué, Alexander s’est enfui comme un voleur de Blesford. Frederica part comme jeune fille au pair en Provence, où elle traîne son ennui chez une famille qui se demande comment occuper « son » Anglaise. L’autrice fait un portrait toujours aussi peu flatteur de la jeune femme, qui peut difficilement jouer de ses charmes en exposant sa peau de rousse au soleil du Midi.

Le thème de Van Gogh est introduit par sa découverte des paysages et les retrouvailles Alexander Wedderbrun, qui tente d’écrire une pièce sur le peintre. Beaucoup de passages du roman portent sur les couleurs, la difficulté de retranscrire les choses par la peinture, ainsi que l’écriture. La description des personnages passe par celle des objets qu’ils manipulent quotidiennement.

Stephanie accouche de son premier enfant. L’infantilisation des femmes dès leur première consultation à l’hôpital est bien décrite. Les femmes des années 50 se montrent fort attachées à respecter les convenances, au point de faire une fausse couche à force d’attendre bien sagement leur tour. A travers Stephanie, c’est toute la condition de la mère de famille qui est abordée. Fonder un foyer, c’est évidemment oublier sa vie intellectuelle, son autonomie. La jeune femme a choisi son existence mais voit sa personnalité diluée dans le rôle d’épouse et de mère.

De son côté, Winifred Potter, la mère de Frederica et Stephanie, fait l’expérience amère du vieillissement. La vie avec Bill, un caractériel imbuvable, ne peut conduire qu’à l’enlisement conjugal. Elle n’est plus rien sans les enfants, à présent partis de la maison, qui seuls insufflaient un peu de vie dans cette famille bancale.

Elle s’était récemment rendu compte que dans le fait d’être une femme, une mère, à la fin et dans la fatigue de l’âge mûr, il y avait presque automatiquement pour les autres quelque chose d’alarmant et d’irritant. Elle se rappelait avoir été irrite, dans sa jeunesse, par celles en qui elle voyait alors des femmes âgées ou vieillissantes, presque indépendamment de leur caractère. Elle n’y avait guère réfléchi alors, mais le faisait maintenant. Il était éprouvant d’être une cause involontaire de peur et de découragement. (p. 237-238)

Frederica reste le personnage principal. Elle entre à l’université en 1954, en pleine campagne anti victorienne.  Elle se lance activement dans le jeu de la séduction, sans se laisser émouvoir le moins du monde. Des cours, il sera peu question ; l’étudiante a décrété qu’elle pouvait tout apprendre par elle-même et ne daigne pas mettre les pieds dans un amphithéâtre.

Frederica aurait aimé connaître les règles de cet art et savait qu’elle ne les connaissait pas − pas encore. Ses notions des bonnes manières provenaient de Jane Austen, Trollope, Forster, Rosamond Lehmann, Angela Thirkell, Waugh, Lawrence et maintes autres sources utiles ou sans valeur. » (p. 181-182)

Si elle a perdu sa virginité physique, elle a gardé sa virginité sociale, pour ainsi dire. Faute de modèle correspondant à la liberté de mœurs dont elle jouit, elle va inventer ses propres règles : beaucoup de garçons, pas d’états d’âme, une intense concentration intellectuelle sur les thèmes qui l’intéressent. Elle comprend vite, cependant, que l’écriture littéraire n’est pas pour elle et penche plutôt vers une carrière de critique. On sent que l’autrice se remémore sa propre jeunesse à travers elle, notamment lorsqu’elle passe au « nous » pour décrire la vie à Cambridge. Difficile de croire qu’il y ait eu une telle liberté sexuelle à l’époque, mais peut-être que j’imagine une période austère à l’aune du pseudo relâchement de celle que j’ai connue ?

La série se poursuit de façon convaincante, fiction exigeante qui fait évoluer ses personnages de manière plausible, sans se priver de véritables scènes burlesques, comme les démêlés de Marcus avec Mrs Orton. J’ai hâte de connaître la Frederica plus mûre qui se profile à l’horizon.

A. S. Byatt, Nature morte, J’ai lu, 2009, 567 p. (Still Life, 1985)

Série « Frederica Potter » :

La Vierge dans le jardin
Nature morte
La Tour de Babel
Une femme qui siffle

Publicités
2 commentaires leave one →
  1. 12 décembre 2011 14:41

    Ah c’est une série… De l’auteur j’avais lu Possession, c’est vraiment un auteur à suivre (mais on en parle peu sur les blogs). Voir à la bibli, quoi. ^_^

    • 14 décembre 2011 22:35

      Une autrice époustouflante, je trouve ! C’est bien une série de quatre tomes, que je voulais lire depuis longtemps. « Le livre des enfants » devrait sortir cet hiver en France. 😀

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :