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Terreur

13 décembre 2011

Ce roman se base sur une histoire vraie, l’expédition polaire de Sir John Franklin, partie en 1845, dans le but de trouver le mythique passage du Nord-Ouest. Deux navires, le Terror et l’Erebus, pourvus des toutes dernières technologies et de vivres pour trois ans quittent l’Angleterre, ayant respectivement pour capitaine Franklin et Fitzjames. Ils vont se retrouver bloqués plusieurs années durant dans la banquise, au large de l’île du Roi-Guillaume, dans l’attente de la fonte des glaces ou de secours de plus en plus hypothétiques.

Passe encore que les températures tombent jusqu’à moins 50, voire moins 70 degrés, et qu’ils ne connaissent pas de vrai été dans cette région. De toute façon, les bateaux, même renforcés, sont progressivement disloqués par la banquise et risquent de couler en cas de fonte des glaces. Même à la belle saison, ou ce qui passe pour tel ici, ils n’aperçoivent aucun signe d’eau libre. Autre avanie, les conserves s’avèrent avariées : mal préparées dès le départ, leurs soudures défectueuses aggravent leur décomposition. La moitié des vivres est rapidement inutilisable, le reste provoque un lent empoisonnement au plomb.

Comme de bien entendu, la santé des hommes ne peut que décliner dans ce climat. Le chirurgien soigne quotidiennement des engelures. Une sortie qui ne se solde que par quelques doigts ou orteils coupés est considérée comme une bonne journée. Une petite pneumonie est toujours un agrément de plus, pour casser la routine. Le scorbut ne tarde pas à faire son apparition, décimant les marins affaiblis, incapables de chasser les rares phoques qui se présentent.

Comme si cet enfer ne suffisait pas, les marins se font bouffer un par un par une énorme bestiole rusée, peut-être un ours polaire particulièrement monstrueux, ou peut-être un démon ? C’en est trop ! Ils sont bel et bien en enfer, bien qu’ils l’aient imaginé plus chaud…

La lecture de ce livre est assez ardue. Dans la première partie, la narration est éclatée entre différents personnages et différentes époques. On alterne entre péripéties de l’expédition et flash-backs de certains personnages, donnant un aperçu de la société victorienne. Il y a beaucoup de personnages, qu’on peine à distinguer au départ. Les officiers sortent du lot, par leur bêtise, comme Franklin, ou leur force morale, comme le chirurgien Goodsir, assez falot mais véritablement courageux. Le personnage principal, Crozier, succède à Franklin à la tête de l’expédition lorsque celui-ci subit une entrevue déplaisante avec la créature.

Au milieu de ce milieu rude de marins affamés, Lady Silence est la seule touche féminine. Jeune Inuit recueillie par les marins après que son compagnon ait été malencontreusement abattu par erreur, elle ne peut parler, ayant la langue coupée. Même si elle tourne la tête à quelques uns, tout le monde se méfie de ses disparitions régulières, plusieurs jours durant, et de sa bonne santé suspecte.

Les anglais, de manière générale, se sentent supérieurs à tout indigène rencontré. Dans leur insistance à continuer à observer les convenances anglaises au lieu d’adopter le mode de vie esquimau, on se dit qu’ils ont un peu mérité ce qui leur arrive. Par exemple, ils font leurs tours de garde réglementaire sur un navire glacial, ne se construisent pas d’igloo, seul habitat permettant de conserver un tant soit peu de chaleur. Leurs vêtements ne sont pas du tout adaptés aux conditions météorologiques. Les hommes se contentent d’empiler les couches de laine, ce qui leur vaut de suer au moindre effort et de geler dès qu’ils s’arrêtent une minute. Bref, la civilisation la plus avancée de l’époque fait preuve de son intolérance habituelle et en paie ici lourdement les conséquences.

Je ne vais pas vous cacher que ce livre est long. Ce qui n’est pas un problème avec Frederica Potter en devient un avec des scènes répétitives de marche incommode dans les séracs et de repas indigestes. J’ai été démoralisée par cette lecture, que je voulais terminer sans parvenir à la faire avancer. L’auteur fait preuve d’un pessimisme radical. Tout tourne mal, même les timides tentatives de distractions. Il ne se prive pas de descriptions sanglantes, dégoûtantes. Même les flash-backs sont déprimants ! On se demande ce qui est le plus horrifique, entre la description des effets du scorbut et les attaques féroces de la bête.

Il faut attendre les dernières dizaines de pages pour comprendre ce qui a pu attirer un auteur comme Dan Simmons dans cette histoire. Non, des extra-terrestres ne débarquent pas au milieu de la banquise. Sans dévoiler la fin, il y a bien une incursion dans le fantastique, qui est plus intéressante à lire que les six-cent pages précédentes. Fallait-il vraiment patauger dans la neige pendant trois ans pour en arriver là ?

Dan Simmons, Terreur, Ed. Robert
Laffont, 2008, 697 p. (The Terror, 2007)

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6 commentaires leave one →
  1. 14 décembre 2011 14:50

    J’aime beaucoup tout ce qui se rattache à cette expédition. Le roman de Dominique Fortier à ce sujet (Du bon usage des étoiles) est merveilleux!
    Terreur m’attend dans ma bibliothèque. J’espère pouvoir le lire bientôt. On verra bien!

    • 14 décembre 2011 22:58

      Il me semblait bien que tu adorais les histoires d’expéditions polaires ! Tu verras, celle-ci est atroce, tout le monde souffre beaucoup. >-)

  2. 20 décembre 2011 22:26

    J’ai lu beaucoup d’avis positifs sur ce roman mais la lecture d’un roman au sujet proche, « Du bon usage des étoiles » de Dominique Fortier me fait hésiter… ce dernier a été pour moi un énorme coup de coeur et je crains d’être déçue (je me permets de t’indiquer le lien vers ce livre au cas où j’aurais une petite chance de te convaincre : http://www.myloubook.com/archive/2009/08/30/fortier-bon-usage-etoiles.html :)) Ton avis ne me rassure pas vraiment…

    • 21 décembre 2011 18:47

      Deux commentaires sur le roman de Fortier, il mérite que je me documente à son sujet ! Évidemment, je ne peux pas comparer les deux pour savoir si celui-là peut te plaire. Disons qu’il est dans la lignée actuelle de décortiquer impitoyablement les faiblesses du corps et de l’esprit et qu’il est d’un grand pessimisme. Et puis c’est un livre d’horreur, plus qu’un récit de voyage. Il a bien réussi à m’angoisser, en tout cas !

  3. 6 janvier 2012 01:13

    Je viens apporter ma voix au concert d’éloge concernant Du bon usage des étoiles. Ce fut mon coup de coeur de l’an passé! Quant à Dan Simmons, j’en ai lu un il y a très longtemps, j’aimerais bien répété l’expérience mais je choisirai un autre titre!

    • 11 janvier 2012 23:34

      Merci encore d’attirer mon attention sur « Du bon usage des étoiles », je n’en avais pas entendu parler avant. Tu as le choix avec Simmons, je pense. 😉

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