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Trois femmes puissantes

18 décembre 2011

Norah retourne voir son salaud de père qui les a abandonnées, sa mère, sa sœur et elle, leur frère sous le bras, bien des années auparavant. Son petit frère, Sony, a des ennuis. La jeune femme, devenue avocate, n’a pas réglé tous ses comptes avec son enfance. Elle reste encore tétanisée devant cet homme malfaisant…

Et celui qui l’accueillit ou qui parut comme fortuitement sur le seuil de sa grande maison de béton, dans une intensité de lumière soudain si forte que son corps vêtu de clair paraissait la produire et la répandre lui-même, cet homme qui se tenait là, petit, alourdi, diffusant un éclat blanc comme une ampoule au néon, cet homme surgi au seuil de sa maison démesurée n’avait plus rien, se dit aussitôt Norah, de sa superbe, de sa stature, de sa jeunesse auparavant si mystérieusement constante qu’elle semblait impérissable. (p. 11)

Rudy enterre méthodiquement sa carrière au sein des cuisines Manille. Depuis qu’il est rentré en France avec son épouse Fanta, sa vie apparaît comme une lente déchéance. Mais peut-être la disgrâce vient-elle de plus loin. Il croit se souvenir avoir été témoin d’un acte ignoble commis par son père…

Une fois devenue veuve, Khady est devenue une charge pour sa belle-famille. Sa belle-mère décide de l’envoyer en France, auprès de sa cousine Fanta. Mais le voyage relève plutôt de la fuite de clandestins et Khady, naïve et désorientée, entame une lente agonie…

J’ai toujours un problème avec les auteurs contemporains et, une fois de plus, je ne peux pas dire que cette lecture a été très agréable. Ce n’est pas tant le désespoir absolu imprégnant chacun de ses récits qui me dérange.  Je n’aime pas la guimauve mais je supporte difficilement la noirceur gratuite. Le style m’a aussi gênée, avec une écriture très alambiquée, pas franchement fluide. Prix Goncourt 2009, sans surprise.

C’est le titre, en contradiction totale avec le contenu, qui m’a le plus marquée. Penser qu’on a affaire à des femmes fortes, qui luttent pour leur dignité ou tout simplement leur vie, est une belle chose, mais le roman montre systématiquement le contraire. Toutes les femmes tombent très bas, à part peut-être Norah qui tente de reprendre sa vie en main, mais en s’excusant toujours. Quant aux autres, leur destin est d’une telle abjection qu’on se demande ce qui peut motiver pour écrire de telles histoires. Plus qu’à des femmes puissantes, on a ici affaire à des femmes humiliées, sacrifiées. Elles ne sont même pas au cœur des intrigues, place dévolue au père, frère, mari. Trop littéraire pour constituer une dénonciation du statut dominé des femmes, trop noir pour donner de l’élan vers la révolte, je reste perplexe.

Marie Ndiaye, Trois femmes puissantes, Ed. Gallimard, 2009, 317 p.

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