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La Marquise, Lavinia, Metella, Mattea

18 janvier 2012

Lavinia (1833)

Lorsque le vent de la passion est retombé, il est de coutume de réclamer à l’être cher les lettres et portraits échangés pendant une liaison.

De passage à Bagnères, dans les Pyrénées, le fringant Sir Lionel reçoit ainsi une lettre de son ancienne amie Lavinia, résidant quelques lieues plus loin pour un court séjour. La demande lui semble raisonnable, d’autant qu’il projette son mariage avec Lady Margaret Ellis, dont il admire autant les yeux que la fortune. Encouragé par son facétieux ami Henry, il rend donc une courte visite à la petite portugaise fantasque qu’il avait abandonnée. Chevauchées dans des paysages montagneux tourmentés, sentiments alanguis qui reprennent soudain de la vigueur, éternelles ruses de séduction où le refus et la fuite offrent le résultat en fait espéré… Lavinia rappelle George Sand ou même Lélia, Lionel, Raymon de Ramière dans Indiana, un séducteur dont les trop nombreux succès ont usé le cœur.

Et puis je hais le mariage, je hais tous les hommes, je hais les engagements éternels, les promesses, les projets, l’avenir arrangé à l’avance par des contrats et des marchés dont le destin se rit toujours. Je n’aime plus que les voyages, la rêverie, la solitude, le bruit du monde, pour le traverser et en rire, puis la poésie pour supporter le passé, et Dieu pour espérer l’avenir. (p. 130)

La Marquise (1832)

La marquise de R… se confie à un homme à la fin de sa vie, qui la juge « étourdie, brusque, franche, quelquefois même cynique », rien à voir avec une dame de la noblesse. D’une grande beauté dans sa jeunesse, elle a été tôt dégoûtée des hommes par un mariage avec un barbon dédaigneux. Elle est toujours passée pour bigote et sans cœur, fréquentant un amant parce qu’il était de bon ton d’en avoir un et non par affection véritable. Elle confie son profond ennui et l’incompréhension de la société. Elle a cependant aimé, une fois : l’acteur Lélio, au jeu trop sobre pour être admiré à l’époque, qu’elle allait voir jouer en cachette pour ressentir sa dose de passions antiques.

C’est une confession troublante sur l’amour fou, l’illusion, la recherche éperdue de sentiments authentiques. On sourit des ardeurs de la marquise mais la dernière scène, magistrale, touche à la perfection. Toute l’intensité d’un « amour passionné, indomptable, dévorant, et pourtant idéal et platonique s’il en fut. »

Metella (1833)

Le jeune Olivier aime de loin la célèbre beauté de Florence, Lady Metella Mowbray. Introduit dans son palais par son amant, le comte de Buondelmonte, il s’aperçoit qu’elle n’est plus de la première jeunesse. Mais la rivalité entre les deux hommes excite naturellement sa curiosité. Si le comte trouve sa compagne d’un « âge problématique » depuis un moment, la venue d’un autre admirateur stimule sa passion dormante, ce qui fait naturellement croître celle de son rival. Au premier degré, il s’agit ici d’une histoire cruelle sur le déclin de la vieillesse : l’arrivée de Sarah, sa nièce, ne laisse aucune chance à Lady Mowbray. Amour, admiration sont réservées aux jeunes beautés ; les femmes mûres doivent s’effacer en silence. A un autre niveau, l’autrice laisse entendre que ce n’est qu’une convention sociale, dont elle-même n’a pas trop tenu compte durant son existence ! C’est toutefois l’histoire que j’ai le moins aimée dans ce recueil, véhiculant des idées convenues autour de la vieille maîtresse.

Quant à Olivier, ce fut l’affaire d’un instant ; il se remit et veilla mieux sur lui-même : il se dit qu’il ne serait point amoureux, mais qu’il pouvait fort bien, sans se compromettre, agir comme s’il l’était ; car, si Lady Mowbray n’avait plus le pouvoir de lui faire faire des folies, elle valait encore la peine qu’il en fît pour elle. Il se trompait peut-être ; peut-être qu’une femme en a-t-elle le pouvoir tant qu’elle en a le droit. » (p. 150)

Mattea (1835)

À quatorze ans, Mattea, fille du marchant de soieries Ser Zacomo Spada, est déjà suffisamment belle plante pour que ses parents envisagent de la marier comme prévu à son cousin Checo. Mais la romanesque adolescente ne supporte plus les coups, la manipulation et la filouterie de ses géniteurs. Sur un coup de tête, elle décide de tomber amoureuse d’Abul-Amet, un riche marchand turc, qui lui semble gage d’une existence prestigieuse. Timothée, un jeune Grec au service d’Abul, va tenter de l’aider dans ses projets, tout en faisant avancer les siens…

On retrouve ici la délicieuse ambiance vénitienne des œuvres de Sand de la même époque. Elle offre une jolie galerie de personnages pittoresques, notamment un portrait gentiment moqueur de la princesse Veneranda, vieille coquette un peu ridicule. L’histoire de Mattea, qui pourrait être dramatique, est ici traitée avec une bonne dose d’ironie. Plusieurs scènes recèlent un réel pouvoir comique, telles les négociations en plusieurs langues complètement déformées par la traduction, ou le malentendu entre Mattea et Abul lorsqu’elle se présente chez lui. Sans oublier la douce mélancolie des nuits sur la lagune…

La guitare est un instrument qui n’a son existence véritable qu’à Venise, la ville silencieuse et sonore. Quand une gondole rase ce fleuve d’encre phosphorescente, om chaque coup de rame enfonce un éclair, tandis qu’une grêle de petites notes légères, nettes et folâtres, bondit et rebondit sur les cordes que parcourt une main invisible, on voudrait arrêter et saisir cette mélodie faible, mais distincte, qui agace l’oreille des passants et qui fuit le long des grandes ombres des palais, comme pour appeler les belles aux fenêtres, et passer en leur disant : « Ce n’est pas pour vous la sérénade, et vous ne savez ni d’où elle vient, ni où elle va. » (p. 265-266)

George Sand, La Marquise, Lavinia,
Metella, Mattea, Actes Sud, 2002, 299 p.

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