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Une Femme qui siffle

31 janvier 2012

Frederica se lance dans la télévision, aidée par ses amis, naturellement… Elle débute comme présentatrice d’une émission télévisée, De l’autre côté du miroir, où, en tenue sage d’Alice, elle fait discuter des invités de manière impertinente autour de thèmes culturels et « met la boîte en boîte ». Déstabilisée par sa relation avec un homme manifestement fou, elle envisage à présent le célibat comme un état enviable. Une autre épreuve l’attend avec le diagnostic de dyslexie de son fils Leo, quelque chose d’impensable pour une passionnée des mots comme elle. Le pauvre petit a bien caché son jeu en récitant par cœur des phrases entières du livre écrit pour lui et Saskia par Agatha Pond, propriétaire et néanmoins amie de Frederica.

La plupart des scènes du livre se déroulent cependant au Nord de l’Angleterre, dans l’université dont on assiste à la construction dans les deux premiers tomes. Un colloque pluridisciplinaire sur le Corps et l’Esprit s’y prépare. Mais nous sommes en 1968 et c’est bientôt l’explosion des mouvements sociaux, le rejet du pouvoir, du savoir académique. Une anti-université se crée et organise des conférences sur l’astrologie. Voilà qui nous distrait de la clique moyennement intéressante des universitaires. On voit ainsi le malheureux Sir Gerard Wijnnobel, accablé par une épouse pas qu’à moitié folle qui s’intègre à merveille dans les conférences mystique de l’anti-université.

Pendant ce temps, les deux scientifiques Jacqueline Winvar et Luk Lysgaard-Peacok sont absorbés par l’étude des escargots et leur danse d’attirance-évitement à tous les deux. Le personnage de Jacqueline devient aussi intéressant que celui de Frederica au début. Contrairement à elle, elle a choisi la carrière universitaire et s’oriente vers un post-doctorat sur la physiologie de la mémoire, en se basant sur les escargots. Son travail donne lieu à des descriptions très marrantes (sauf pour les escargots) :

Les problèmes mathématiques de Jacqueline ne faisaient que commencer. Elle essayait de maîtriser les équations différentielles nécessaires au relevé et à la mesure du potentiel d’action des cellules géantes symétriques sur la surface ventrale du cerveau de l’escargot. L’idée était d’insérer des micro-pipettes dans les cellules préparées, d’injecter du chlorure de potassium, et de faire passer à travers des impulsions d’électricité. (p. 86)

Son parcours montre la difficulté de s’imposer dans le milieu universitaire pour une femme, même brillante. Elle doit gérer le comportement de harem du directeur du laboratoire et supporter la récupération de ses résultats recherches lors du colloque sans que son nom soit cité.

Pendant ce temps, au Manoir du Val Brun… Dans ce domaine jouxtant l’université, le groupe thérapeutique des Tigres de l’Esprit, déjà évoqué par les frères Ottokar dans La Tour de Babel, s’est installé. Nous avons donc ici la suite, navrante, de leurs mésaventures, l’intrigue que j’ai le moins apprécié dans la série. Le groupe, suivi avec intérêt par un psychiatre, vire à la secte d’illuminés. Une ethnologue s’est aussi infiltrée dans la place et entretient une correspondance à sens unique avec un collègue ; le procédé littéraire est efficace et comique ! Pour tout dire, cette intrigue m’a rappelé Des Amis imaginaires d’Alison Lurie.

La folie va occuper une place importante dans ce dernier tome pas aussi passionnant que les autres, Frederica n’y tenant pas le rôle principal. Quant à la fin, elle m’a énormément déçue. Quoi ! c’est donc ça le sort réservé à Frederica, femme de caractère !? Les dernières pages ne m’ont pas du tout semblé crédibles. Malgré cette réserve, ces quatre livres m’ont captivée, par leurs personnages détonants, leur érudition, les différents registres littéraires dont use Byatt avec brio.

A.S. Byatt, Une Femme qui siffle, Ed. Flammarion,
2003, 461 p. (A Whistling Woman, 2002)

Série « Frederica Potter » :

La Vierge dans le jardin
Nature morte
La Tour de Babel
Une femme qui siffle

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