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La Mare au diable

18 février 2012

L’idée de ce roman est née chez George Sand en voyant la gravure d’Holbein du laboureur, issu de la série des Simulacres de la mort. Le paysan y est représenté pauvrement vêtu, accablé de labeur ; la mort frappe ses chevaux sous la forme d’un squelette. Elle lui reproche cette image morbide, de même que la recherche du tristement réaliste en littérature, qui tombe le plus souvent dans le sordide.

Au contraire, pour elle, « l’art n’est pas une étude de la réalité positive ; c’est une recherche de la vérité idéale (…). » Elle s’attache donc à écrire une histoire dans un cadre rural, avec des héros rustiques non dépourvus d’esprit, tout en s’avouant la difficulté de restituer sous une forme littéraire le langage paysan. Elle avait d’ailleurs l’intention de réunir plusieurs romans champêtres sous le titre de Veillées du Chanvreur : elle a écrit la Mare au diable, François le Champi, la Petite Fadette et les Maîtres sonneurs.

Le personnage principal est Germain, un laboureur en harmonie avec la nature, point mécontent de son sort. Il y a une part de condescendance chez l’autrice qui développe son idée de paysan solide, d’une intelligence « incomplète », à qui il manque une partie des « jouissances immatérielles » de sa créatrice. Son âme simple et droite en fait un être respectable, mais « incomplet et condamné à une éternelle enfance ».

Germain est un veuf approchant de la trentaine. Son beau-père l’incite fortement à se remarier, surtout pour que l’épouse s’occupe de ses trois jeunes enfants. Inconsolable depuis la mort de sa femme, il consent à contrecœur à rencontrer une veuve un peu plus âgée que lui et d’une fortune appréciable. Au moment du départ, on lui confie la jeune Marie, allant se placer dans une ferme qui se trouve sur sa route. Ils sont bientôt rejoints par Petit-Pierre, le fils aîné de Germain, qui n’entend pas les laisser partir sans lui. Les voilà bientôt se perdant dans le brouillard, tournant en rond dans une forêt ensorcelée, arrivant au bord d’une mare mystérieuse…

Ne voyant ni descente, ni prairie, ni rivière, mais la lande unie et blanche comme une nappe de neige, Germain s’arrêta, chercha une maison, attendit un passant, et ne trouva rien qui put le renseigner. Alors il revint sur ses pas et rentra dans les bois. Mais le brouillard s’épaissit encore plus, la lune fut tout à fait voilée, les chemins étaient affreux, les fondrières profondes.

Une scène charmante se déroule alors. Une fois installés pour la nuit, et Petit-Pierre endormi, Germain se sent tout troublé par la présence de la jeune fille, tandis que Marie fait assaut d’innocence devant la tournure prise par les pensées de son compagnon. C’est la révélation pour Germain, qui s’aperçoit qu’une jeunesse ne ferait pas un si mauvais parti. Mais Marie n’a que seize ans et n’imagine pas être désirée comme épouse par cet homme qu’elle estime grandement.

Leurs mésaventures respectives, une fois sortis de ces bois de malheur, vont conforter l’un dans sa résolution et amener l’autre à revenir sur son jugement. La naissance d’une idylle nous est contée sur fond de commérages de villages, qui viennent compliquer les choses. Si l’âme simple du paysan est parfaitement saine, celles des habitants corrompus par la ville est cupide, intolérante et vicieuse.

Cette démonstration manichéenne, non dépourvue de charme, se clôt par la description toute ethnographique de Noces de campagne, appendice au roman, montrant bien les coutumes exubérantes des paysans de l’époque. On ressort de cette lecture comme d’une promenade dans les chemins de campagne, revigorée mais un peu sceptique sur les situations imaginées. Dans un sens, George Sand a bien atteint son but : « le rêve de la vie champêtre a été de tout temps l’idéal des villes et même celui des cours. Je n’ai rien fait de neuf en suivant la pente qui ramène l’homme civilisé aux charmes de la vie primitive. »

George Sand, La Mare au diable, 1846

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4 commentaires leave one →
  1. 19 février 2012 23:27

    Je ne connaissais pas l’origine du livre… cela me donne envie de m’y remettre. Cela fait partie des romans de Sand que j’ai lu trop tôt peut-être, au début de l’adolescence, en tout cas le souvenir que j’en garde est très éloigné de l’idée que, aujourd’hui, après d’autres lectures, je peux avoir de George Sand.

  2. 23 février 2012 08:54

    Il y a un gros problème de méconnaissance de Sand en France, qu’on cantonne aux lectures enfantines et encore, seulement pour ses romans champêtres. L’ensemble de l’œuvre est d’une tout autre dimension et remue des thèmes sociaux, esthétiques, philosophiques… Moi aussi, je ne connaissais que la Petite Fadette, que je compte d’ailleurs relire, mais je découvre avec étonnement ses autres romans .

  3. 10 mars 2012 11:59

    Je l’ai lu il y a très longtemps, quand j’étais une petite fille. Je me souviens que j’avais bien aimé, mais sans plus. En revanche, je re-découvre George Sand depuis peu, avec ses romans plus classiques, et j’y prends un grand plaisir !

    • 10 mars 2012 12:42

      Même chose pour moi. Je m’offre ses romans champêtres cet hiver, ils sont plus légers que les autres et très délassants ! On trouve des registres très différents dans son œuvre.

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