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Bookhunter

22 février 2012

Je ne m’y connais pas particulièrement en bande dessinée. Généralement, ça ne me déplaît pas, mais je ne suis pas l’actualité des sorties et ne suis pas très tentée par les mangas. La lente avancée dans un roman touffu me semblera toujours plus attirante. Néanmoins, cette fois-ci, je suis bien contente qu’on m’ait fait découvrir Bookhunter.

Il faut cependant avouer que cette BD n’est pas forcément attrayante au départ. Les cases baignent dans une couleur marronnasse, le tracé est épais, les décors simplistes, les personnages grossièrement esquissés. On se dit que tout ça va manquer de finesse. Pourtant, j’ai été captivée au bout d’une vingtaine de pages.

L’action se situe à Oakland, Californie, en 1973. L’auteur s’est inspiré de la véritable bibliothèque d’Oakland, dans laquelle il a travaillé. L’environnement (salles de lecture, bureaux, réserve) a l’air réaliste. Il s’agit d’un ouvrage de pure fiction, avec un respect scrupuleux de la situation technologique de l’époque : les bibliothèques ne sont pas encore entièrement informatisées, seul les inscriptions sont enregistrées sur un ordinateur central, interrogeable avec un modem 75 baud (ce qui fait sourire les informaticiens d’aujourd’hui).

Mais que peut-il se passer d’intéressant dans une bibliothèque ? Eh bien, dans ce monde fictif, les valeurs sont complètement inversées et les livres constituent un enjeu capital. On peut tuer pour un livre. La Bibliothèque Publique d’Oakland recèle des trésors qui attirent les pires criminels de tous les pays. Dans cette histoire, le vol de livres est un crime effroyable. On effraie les suspects en garde à vue en leur assénant des : « Tu sas ce qu’on fait aux voleurs de livres, en prison ? ». Les meilleurs agents, formés au maniement des armes et aux techniques de reliure, traquent ces individus sans scrupules. La police des bibliothèques dispose d’ailleurs de sa place de parking réservée devant la BM.

Impossible de résister à cette parodie efficace de films policiers, avec enquête scientifique, profilage du suspect, course poursuite, fusillades. Les détails de l’enquête ont un parfum de Patricia Cornwell, à ceci près qu’on évolue entre les chariots et les fiches d’emprunts et non les cadavres d’une morgue. Un personnage peut prendre un air pénétré en décrivant les caractéristiques d’une marque de ruban adhésif, et on retient un petit soupir d’admiration.

Le dessin s’avère beaucoup plus précis qu’il n’y semblait à première vue. L’agent spécial Bay, au visage plus schématiquement dessiné que celui d’un playmobil, révèle son humeur d’un plissement de paupières et montre les dents dans sa phase « berserk » (là, on sait que ça va chier des bulles).

L’intrigue est bien ficelée, avec un beau rebondissement final. Le moment le plus haletant reste la quête éperdue de l’annuaire inversé à bord d’un bibliobus fonçant à travers la ville pour traquer l’horrible « Pantoufle ». Et il y a ce dont je rêvais depuis toujours : une scène de poursuite dans les compactus du magasin, une pièce évocatrice s’il en est, qui se poursuit en cavalcade en chariots à livres !

Rétro, intelligent, drôle, sanglant, je rêve d’un tome 2 !

Jason Shiga, Bookhunter, Ed. Cambourakis, 2008, 148 p.

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