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La Consolation des grands espaces

22 mars 2012

Gretel Ehrlich avait prévu de s’installer dans une vieille maison au milieu de la nature avec son mari. À la mort bien trop précoce de celui-ci, elle va partager la vie des cow-boys dans le Wyoming, région découverte à l’occasion du tournage d’un film. Adoptée par « John le berger », elle se met au travail en évitant de réfléchir. La méditation sur sa situation viendra progressivement. Elle tourne le dos au confort, à sa carrière pour une vie beaucoup plus âpre, où elle atteint une sorte de sagesse bouddhique (elle fait allusion aux « leçons de l’impermanence »).

L’espace a un équivalent spirituel et peut guérir ce qui est divisé, pesant en nous-mêmes. (p. 33)

Dans cette région, les saisons sont très contrastées ; l’hiver dure six mois. Il peut faire si froid que les vaches avortent spontanément de leurs petits. Le paysage a son charme, qu’on devine brut et austère :

Le Wyoming semble être l’œuvre d’un architecte fou : délabré, tordu, égayé de couleurs fanées, funèbres, redressé vigoureusement, abattu, comme si cet endroit avait été tiré d’un profond sommeil pour être brutalement exposé dans une pure lumière. (…)

Ce pays était une ardoise nette. Son absolue indifférence m’a rendu mon équilibre. (p. 20)

S’il y a peu d’habitants dans ces grands espaces, une grande solidarité règne pour le travail ou les soucis occasionnels. Elle se moque du mythe du « cow-boy solitaire » : c’est avant tout un accoucheur de bétail et il a le sens de la famille. Elle trouve curieux ce fantasme macho de l’homme asocial qui ne pense qu’à dégainer son révolver. Pour autant, le poids de la solitude se fait souvent sentir sur les habitants. Les conversations sont laconiques et les célibataires endurcis pas complètement à l’abri d’un coup de folie.

Le silence est profond. Plutôt que des paroles, c’est un regard que l’on partage. Observé avec intensité, le monde se transforme. Le paysage fourmille de détails, et sur le fond de ce décor, le moindre geste se détache avec une précision presque douloureuse. L’atmosphère entre les gens est tendue. Les jours se déroulent, baignés de leur propre musique. Les nuits deviennent hallucinations ; les rêves, des prémonitions. (p. 24)

Dans sa peur d’être prise pour une imposteuse à son arrivée, elle s’est entraînée à lancer le lasso pour devenir une vraie cow-girl. Elle a été accueillie chaleureusement, non sans remarques bourrues de la part des éleveurs tannés par les éléments naturels. Le deuil n’a pas empêché l’éveil du corps et elle raconte laconiquement ses amourettes avec des éleveurs de passage. Elle fournit des éléments autobiographiques dans le désordre, parlant davantage de son mari vers la fin, comme s’il lui avait fallu digérer ce malheur avant de pouvoir l’évoquer.

J’ai beaucoup aimé ce livre rêche, qui ne cherche pas à séduire. Il offre une vision non enjolivée de la nature. La « consolation » atteinte ne peut être qu’un travail intérieur.

Gretel Ehrlich, La Consolation des grands espaces,
10/18, 2006, 172 p. (The Solace of Open Space, 1985)

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4 commentaires leave one →
  1. keisha permalink
    22 mars 2012 11:20

    Je me marre, je me crois dans mon blog, là, avec ces lectures « nature inside ». Continue, ça me plait!

    • 22 mars 2012 13:29

      Eh bien oui, entre ton blog et le challenge « Nature writing », j’ai noté toutes sortes de bonnes idées et je me rends compte que ça correspond aussi à un besoin. Cet hiver, j’ai lu les grands classiques, comme tu as pu voir. Je me garde Jack London pour l’an prochain…

  2. akinaceline permalink
    24 mars 2012 13:13

    Ce n’est pas le genre de livres vers lequel j’irais spontanément, mais tu me donnes envie de le lire. Sans doute le terme de « livre rêche » qui suscite mon envie …

    • 26 mars 2012 22:04

      Oui, je trouve que l’adjectif résume bien l’ambiance du livre. La nature comme mise à l’épreuve…

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