Skip to content

La Petite Fadette

27 avril 2012
tags: ,

Relire un livre important de son enfance pourrait s’avérer un exercice délicat, source de déceptions et de désillusions. J’étais jeune, un rien me plaisait, je ne connaissais pas la vie… Ici, j’ai ressenti un pur plaisir, du début à la fin de cette Petite Fadette.

Livre découvert vers l’âge de dix ans, dans une édition abrégée, il m’avait d’abord séduite par le choix d’une héroïne chétive et laide, à laquelle, pauvre petite chose, je pouvais m’identifier. L’idée qui m’est revenue aussi, à la relecture, c’est que le roman brasse des sentiments passionnées, exclusifs, et ce chez des enfants et non des adultes. C’était la première fois que je trouvais un reflet de mes propres élans intérieurs. J’étais moi aussi tout à fait passionnée, capable de sentiments très vifs, comme la plupart des enfants. Mais les adultes ont tôt fait de tourner en ridicule les amoureuses de huit ans, et la littérature jeunesse se fait plus l’écho des jeux des petits que de leurs flammes, aussi sérieuses que celles des adultes, sinon plus. Le personnage de Sylvinet m’avait donc beaucoup frappée.

Dans ce roman écrit en 1848, George Sand « revient à ses moutons », déçue de la tournure prise par la République issue de la révolution de 1848. Elle écrit donc non tant une suite à François le champi, qu’une toute nouvelle intrigue dans le cadre de ses « Veillées du Chanvreur ». Elle propose, dans cette période tourmentée, « une douce chanson, un son de pipeau rustique, un conte pour endormir les petits enfants sans frayeur et sans souffrance », sans oublier de dédicacer le livre à son ami Armand Barbès, alors emprisonné.

L’histoire commence par la relation fusionnelle entre deux frères jumeaux, ou « bessons », Sylvain et Landry. La sage-femme recommande bien à leurs parents de ne pas les laisser toujours ensemble et de bien les différencier, conseil avisé qu’ils finissent par oublier. Une quinzaine d’années plus tard, lorsque le père Barbeau décide d’en placer un dans une ferme voisine, c’est le drame, surtout pour Sylvinet, le plus faible et le plus affectueux. Landry se fait à son sort, commence à plaire aux filles, au grand dam de son frère. Sa jalousie devient maladive. Un jour, il disparaît et son jumeau, désespéré, ne parvient à le retrouver qu’avec l’aide de la vilaine Fanchon Fadet. Landry lui doit un service en échange mais répugne à afficher sa relation avec cette fille pauvre, mal attifée, persifleuse et querelleuse.

Sur un fond de superstitions paysannes et de médecine du pauvre tendant à la sorcellerie, se noue une intrigue poignante, faite de sentiments délicats et complexes. Le personnage de la petite Fadette et de son frère éclopé, aussi ridiculisé qu’elle, est un plaidoyer pour la tolérance et la recherche de la bonté derrière les apparences. Ça vire parfois à la leçon de catéchisme, mais c’est tellement beau !

− Tu ne trouves point l’endroit agréable, reprit-elle, parce que vous autres riches vous êtes difficiles. Il vous faut du beau gazon pour vous asseoir dehors, et vous pouvez choisir dans vos prés et dans vos jardins les plus belles places et le meilleur ombrage. Mais ceux qui n’ont rien à eux n’en demandent pas si long au bon Dieu, et ils s’accommodent de la première pierre venue pour poser leur tête. Les épines ne blessent point leurs pieds, et là où ils se trouvent, ils observent tout ce qui est joli et avenant au ciel et sur la terre. Il n’y a point de vilain endroit, Landry, pour ceux qui connaissent la vertu et la douceur de toutes les choses que Dieu a faites. Moi, je sais, sans être sorcière, à quoi sont bonnes les moindres herbes que tu écrases sous tes pieds ; et quand je sais leur usage, je les regarde et ne méprise ni leur odeur no leur figure. Je te dis cela, Landry, pour t’enseigner tout à l’heure une autre chose qui se rapporte aux âmes chrétiennes aussi bien qu’aux fleurs des jardins et aux ronces des carrières ; c’est que l’on méprise trop souvent ce qui ne paraît ni beau ni bon, et que, par là, on se prive de ce qui est secourable et salutaire. (p. 138)

Une très belle histoire d’amour s’installe petit à petit, qui transcende les différences de classes dans une parfaite communion de l’esprit. Comme dans les autres romans champêtres, un amour aussi pur doit lutter contre les médisances des villageois. Il faut être prêt à tout perdre pour aimer chez George Sand : réputation, amis, certitudes.

Dans ce style inspiré du parler paysan si limpide, on vibre à l’unisson des personnages, tout en étant solidement ancrée dans la réalité quotidienne de l’époque. L’histoire tient un peu du conte de fées, on en ressort émue et ravie. Un classique absolu, à lire et à relire à tout âge ! Sur ce, je retourne à ma révolution.

George Sand, La Petite Fadette, Le Livre de poche,
1999, 255 p. (première édition en 1848)

Advertisements
No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :