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Le Journal d’Aurore

17 mai 2012

C’est le dégoût pour la lecture d’Aurore, environ quatorze ans, qui la décide à commencer à écrire un journal intime.

Le temps que les gens perdent à lire des livres, ça me tue. C’est le genre de réflexion que je me fais en cours de maths. Il faut que je m’occupe la tête si je ne veux pas devenir dingue. Bref, la question s’est posée à moi entre deux équations, la seule, la vraie, l’unique : pourquoi me pourrir la vie à lire alors que je peux écrire ? (p. 10)

Malheureusement, son existence d’adolescente de quatorze ans n’est pas tout à fait exaltante. En fait, elle traîne sa « vie de rat-taupe » avec mauvaise humeur, qu’elle passe naturellement sur sa pauvre famille. On comprend vite le choix des titres des trois tomes originaux : Jamais contente (2006), Toujours fâchée (2007) et Rien ne va plus (2009). Elle ressemble pas mal au personnage de Bettina dans Quatre sœurs. Elle-même n’en a que deux mais, pour elle, c’est visiblement trop.

C’est la dernière fois que je parle à Jessica. Je croyais qu’elle était ma sœur. Erreur. C’est une mutante privée de cœur. Sophie est adoptée. Jessica est mutante. Il n’y a qu’une seule vraie fille naturelle dans cette famille. Moi. Dommage que mes parents me détestent. (p. 17)

Pourtant, rien de terrible dans cette famille de petits employés, mère standardiste et père portier de grand hôtel (quoique on le verra perversement proposer une soirée à l’hôtel pour apercevoir Brad Pitt à sa fille la plus méritante du jour, sous le nez des autres). Rien à faire, Aurore envie la famille de sa copine Lola, « normale, divorcée ». Son caractère bien trempé vire à la crise d’adolescence carabinée, au point où l’exil chez les grands-parents apparaît comme la seule solution pour apporter un peu de répit aux unes et aux autres.

Mauvaise élève déterminée, elle n’aime que les maths mais n’a aucune envie de travailler. Ses tentatives pour s’initier à la littérature, sous la férule de M. Couette, la laissent perplexe : La Princesse de Clèves, Tristan et Yseult, ou encore Roméo et Juliette, lui semblent totalement inadaptés à la vie d’une jeune fille d’aujourd’hui.

J’ai fait un tour sur l’ordi. À la surprise générale, Roméo et Juliette tombent malencontreusement très amoureux l’un de l’autre. À la stupéfaction générale, cet amour est impossible et ils se mettent la famille à dos avec leurs histoires. À la consternation générale, ils meurent à la fin. En bonus : le philtre calamiteux. Ma conclusion : lisez un livre et vous les avez tous lus. (p. 359-360)

Même peu sensible aux drames amoureux de la littérature, elle n’en est pas moins tourmentée par ses hormones. Pour son plus grand bonheur, ses amies sont pourvues de sublimes frères et demi-frères. Évidemment, pas question d’y toucher. Évidemment, l’attraction est irrésistible mais le contact fort décevant. Aurore décide qu’elle est frigide à cause d’un traumatisme de son enfance, puis qu’elle est lesbienne. Fort heureusement pour tout le monde, elle trouve bientôt à exprimer sa libido (sa rage ?) dans un groupe de rock. Et là, je dois dire que le roman vire au conte de fée adolescent absolu, parce que c’est exactement ce dont je rêvais à cet âge-là. Le seul souci, c’est qu’il faut se taper quelques poèmes simplistes en guise de paroles de chansons. Aurore commence à se prendre au sérieux. C’est l’âge…

Une lecture hilarante, un concentré de l’âge ingrat raconté avec un humour dévastateur.

Marie Despechin, Le Journal d’Aurore, L’école des loisirs, 2011, 560 p.

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