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Le Cinquième pouvoir

21 juin 2012

Thierry Crouzet, blogueur émérite, est depuis longtemps fasciné par le web 2.0. Suite aux élections présidentielles de 2007, il exprimait ici son enthousiasme pour une nouvelle manière de faire de la politique. Le bilan des élections de 2012 conduit certes à conclure à la place encore plus importante prise par internet, notamment les réseaux sociaux. Pour autant, une bonne partie des hypothèses de Thierry Crouzet ne s’est pas vraiment vérifiée par la suite. De toute façon, on sait que depuis, il a débranché.

Le titre fait référence aux trois pouvoirs traditionnels, législatif, exécutif et judiciaire, auxquels s’ajoutent les médias et, par extension, le monde de l’entreprise. Le cinquième pouvoir serait l’ensemble des citoyens fédérés grâce aux nouvelles technologies de communication. Il est assez intéressant de suivre les premières utilisations politiciennes d’internet pour des campagnes électorales, évidemment aux Etats-Unis. Dans la mise en ligne de sites plus interactifs, émerge une « communauté informelle », une « grande famille », où les citoyens peuvent s’exprimer. C’est un schéma en réseau, où on peut s’approprier le discours du candidat et le diffuser librement, sans stricte hiérarchie.

L’information circule transversalement, elle s’échange de personne à personne : c’est très efficace car elle n’a pas besoin de remonter jusqu’au sommet de la structure avant d’en redescendre. L’initiative appartient à chacun des acteurs du réseau. En contrepartie, personne ne contrôle le flux des informations puisque tout le monde est à la fois émetteur et récepteur. » (p. 30)

L’exemple le plus fragrant de cette nouvelle organisation serait la victoire du non au référendum sur le traité européen, en 2005. Contre la partialité des médias, en faveur du oui, les blogs et forums auraient permis l’émergence d’un autre discours, non porté par les professionnels de la politique. D’autres manifestations de démocratie participative attirent l’attention de notre auteur très connecté, comme les blogs tenus par les habitants de communes dénonçant les dérives de leur maire, habituellement étouffées. Le journalisme collaboratif, façon Agoravox, offre un espace pour une « actualité de guérilla ». Bref, la presse traditionnelle ne représente plus les citoyens, ceux-ci doivent donc reprendre les choses en main.

Il fait référence tout au long du livre à Guerre et paix de Tolstoï, l’idée de ce roman étant que les événements historiques ne dépendent pas de la volonté des seuls « grands hommes » mais de chaque individu y participant, quelle que soit son importance. Dans son panthéon personnel, tout de suite après Tolstoï, il place François Bayrou. [silence éloquent] Il faut dire que celui-ci passait pour le politicien le plus 2.0 en 2006. Du coup, il faut se farcir un paquet de pages élogieuses du président du Modem, avec des beaux discours sur le coopératif qui va « changer le monde ». S’ensuit une théorie belle sur le papier mais qui ne s’est pas vérifiée en 2012, celle de la « longue traîne » appliquée à la politique, avec une présence plus importante des petits candidats. Tout naturellement, selon lui, « quand ils approcheront du point d’inflexion de la courbe, les médias traditionnels parleront d’eux, leur donneront peut-être le coup de pouce nécessaire pour arracher la victoire. » (p. 204) On a pu voir ce qu’il est advenu du traitement médiatique des petits, ou même moyens candidats durant le printemps 2012…

Une autre limite du livre tient à l’idée de Crouzet selon laquelle on peut se passer de structures de représentation classiques, partis ou syndicats, et des manifestations publiques. Le réseau devrait l’emporter sur la hiérarchie d’un parti. Dans le mouvement social contre le Contrat première embauche de 2006, il tient d’ailleurs davantage compte des blogs de jeunes que des manifestations massives organisées par les syndicats.

Voter, c’est participer mollement. (p. 233)

Le vote ne lui semble pas un acte de participation politique suffisant (il appelle d’ailleurs à l’abstention sur son blog, de manière peu convaincante). Il se prononce en faveur d’une véritable démocratie participative, où les citoyens agissent sans attendre les consignes venues d’en haut. Un scrutin proportionnel favoriserait la politique de longue traîne et inciterait les citoyens à participer à la vie politique, brisant un système élitiste. Il y a donc quelques bonnes idées dans ce livre mais aussi pas mal de théories non fondées. Vite écrit, vite vendu mais manquant de recul et de profondeur !

Thierry Crouzet, Le Cinquième pouvoir : comment  internet
bouleverse la politique
, Ed. Bourin, 2007, 284 p.

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4 commentaires leave one →
  1. 24 juin 2012 15:38

    Dommage, le sujet était intéressant.

  2. 25 juin 2012 21:31

    Vite écrit, j’aime bien ce genre de résumé. 🙂

    Comme si le temps passé à écrire un livre présumait de sa qualité. Il est bon ou mauvais, on se fiche du temps passé à l’écrire.

    Si j’ai le courage je reprendrai un jour ce livre, en virant le passage sur les politiciens français. Et surtout en le complétant de toute la suite de la réflexion qui a été publiée sur mon blog dans les mois qui ont suivi sa publication.

    Un livre achevé sur un domaine en plaine évolution, c’est inconcevable. Il faut sans cesse le reprendre.

    La théorie de la longue traîne n’est pas fausse, elle ne surviendra qu’avec l’émergence d’un cinquième pouvoir… en son absence, nous avons la preuve qu’il n’y a pas de 5eme pouvoir.

    Par ailleurs, j’ai souvent expliqué que le cinquième pouvoir était incompatible avec le scrutin majoritaire actuel.

    Merci de la lecture… j’avoue que j’ai pas rouvert le livre depuis fin 2006… je crois en revanche ne m’être trompé sur rien, c’est juste que certaines choses sont simplement lentes à advenir dans nos démocratie… mais il y a eut la Tunisie, parfait exemple de 5eme pouvoir.

    Mais ce livre ne peut pas plaire à un partisan engagé dans un parti traditionnel… Ils se termine par ni à gauche, ni à droite, ni au centre 🙂

    • 26 juin 2012 21:54

      Bonjour,
      Merci pour le passage sur ce blog.
      Le jugement « vite écrit » était perfide, je le reconnais, mais c’est bien l’impression que le livre m’a laissé. Bien sûr qu’il faut du temps pour écrire 300 pages, et qu’y passer PLUS de temps peut jouer sur la qualité. Bref, mon confortable statut de blogueuse anonyme indépendante me permet de faire parfois des jugements à l’emporte-pièce, ma manière de pratiquer le cinquième pouvoir…
      La longue traîne ne s’est pas vérifiée d’une élection présidentielle à l’autre : il y a eu moins de candidats et les « petits » candidats ont fait des scores plus faibles qu’en 2007. Pourtant, les citoyens n’ont cessé de développer leur pratique d’internet, les réseaux sociaux notamment ont explosé. Ont-ils pour autant développé leur esprit critique et servi à autre chose que de caisse de résonance aux médias traditionnels ? L’implication réelle de chacun reste à développer, c’est certain.
      Je suis évidemment gênée par cette croyance que l’on peut se passer des partis et syndicats traditionnels. Les enjeux actuels montrent bien qu’on ne peut pas faire l’économie d’un positionnement clair. L’abstention dans ce contexte me semble irresponsable.

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