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La Douce colombe est morte

29 juin 2012

Une coquette sur le retour, à l’affût de « jolies choses victoriennes » dans une salle des ventes, rencontre un antiquaire et son neveu. Humphrey et James se mettent chacun à mener une cour assidue ; on finit par comprendre que Léonora recherche plus particulièrement la compagnie de James.

Il n’y avait rien de pathétique en Léonora, et il était encore trop jeune pour savoir qu’une femme qui vit seule est toujours digne de pitié. (p. 41)

Cette Léonora est un personnage assez agaçant, compassé, qu’on imagine entourée de dentelles, une tasse en porcelaine à la main, s’exclamant d’un ton précieux : « Quelle agréable soirée ! Quel jeune homme délicieux ! ». La fortune héritée de ses parents la dispense de travailler. Elle est d’une condescendance insupportable avec un chauffeur noir, ne songe qu’à se débarrasser de sa locataire âgée, estimant qu’ « il faut être dur avec les vieilles personnes, sinon elles abusent. » Habituée aux hommages masculins, elle répugne à se retrouver dans la même situation que son amie Meg, qui entretient un gigolo fort peu reconnaissant.

La seule chose à dire en faveur du travail était qu’il laissait moins de place à la mélancolie et qu’en soi il était censé donner de la satisfaction aux gens d’un certain âge. Non pas qu’on fût porté à la mélancolie. Naturellement, la pensée de la mort venait à l’esprit de temps en temps, mais l’on essayait d’être raisonnable, de ne pas s’affoler, de ne pas la rejeter. » (p. 33)

James n’est pas un jeune homme très intéressant. Volage, on se demande ce qui le motive à passer autant de temps dans le milieu des ventes de charité et concours de chatons siamois. B. Pym a une manière feutrée de tout raconter, comme une déception sentimentale qui ne se manifeste que par une crevette tombant sur la nappe. Elle est impitoyable avec cette femme « au soir de sa jeunesse », obligée d’admettre qu’elle a des rides, bien qu’elle ne songe qu’à batifoler en robe mauve avec ses chevaliers servants.

Léonora avait eu des expériences romantiques pratiquement dans tous les jardins célèbres d’Europe (…). Et pourtant rien n’était advenu de toutes ces rencontres ; elle était restée célibataire, on pouvait presque dire intacte. (p. 68)

Ce livre doux amer (surtout amer) conte le choix délibérément vain d’un objet d’affection hors de portée, à l’instar de l’héroïne de Comme une gazelle apprivoisée. Pourtant, rien n’est évident dans l’intrigue, qui se met progressivement en place. Dans la rivalité entre une élégante d’âge mûr et une jeune femme gauche, habillée sans style, la jeunesse n’a pas forcément l’avantage. Mais un beau jeune homme peut être sujet à diverses tentations…

J’avais lu des allusions à la mélancolie de certaines des œuvres tardives de B. Pym et il est certain que j’ai trouvé plus de tristesse que d’ironie dans ces deux dernières lectures. J’espère à présent ne plus avoir que des romans légers et drôles à lire, comme son premier, qui m’avait tant plu, et retrouver le cadre douillet de paroisses rurales peuplées de vieilles bigotes libidineuses.

Barbara Pym, La Douce colombe est morte, Ed. Christian
Bourgeois, 1987, 250 p. (The Sweet Dove Died, 1978)

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4 commentaires leave one →
  1. 29 juin 2012 20:09

    J’en ai lu plusieurs de l’auteur, il y a longtemps, et je ne sais jamais si je l’ai lu ou pas..; Relire, peut être, serait la méthode. En tout cas j’aime!

  2. 3 juillet 2012 21:03

    Il est vrai que la confusion est toujours possible entre les héroïnes pymiennes, qui se ressemblent toutes. J’adore aussi et je suis bien partie à tous les lire dans la foulée !

  3. 28 juillet 2012 11:01

    Tu me tentes beaucoup avec ce titre … Surtout que je n’ai jamais rien lu de cette auteur. Je le note !

    • 12 août 2012 19:23

      J’ai adoré mes retrouvailles avec Barbara Pym, c’est vraiment une autrice à connaître ! Maintenant, ce titre-là est assez triste, elle en a écrit d’autres pleins d’humour anglais comme j’aime.

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