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Eté féministe

15 juillet 2012

Samedi dernier, direction Evry pour les journées « Féministes en mouvements », rencontres d’associations féministes avec conférences, ateliers… Première impression : ouh ! comme j’ai bien fait de ne pas aller travailler à Evry, comme j’en aurais eu la possibilité cette année. Les bâtiments de l’université ne sont pas mal, avec des parties en brique rouge, mais l’environnement manque de verdure.

La séance d’ouverture accueillait les quelques centaines de participantes dans un grand amphi, avec un bilan de la situation actuelle des femmes dans le monde, marquée par des régressions idéologiques, les politiques d’austérité qui les touchent plus particulièrement en Europe, l’espoir soulevé par la création d’un ministère du droit des femmes avec le gouvernement fraîchement élu. Des tensions se sont révélées autour du changement de statut du centre Hubertine Auclert, centre de ressources pour l’égalité femmes-hommes, qui, contre l’avis des militantes, se voit réorieté vers la lutte contre les discriminations en général.

La journée se poursuivait avec deux séries d’ateliers, sur des thèmes aussi variés que la parité, la violence machiste, les immigrées, le handicap, les femmes dans la recherche et l’enseignement supérieur. J’ai tout naturellement dirigé mes pas vers l’atelier « Libération des sexualités : une révolution inachevée ? », qui s’est avéré un très bon choix.

Cet atelier était animé par Lucie Sabau, militante à Osez le féminisme, et Damien Mascret, sexologue. La question était de savoir où on était avec la révolution sexuelle, avait-elle vraiment eu lieu pour les femmes ? Aujourd’hui, dans le sens courant, une « femme libérée » ne serait pas tant une femme à l’aise avec son corps et ses désirs, qu’une femme respectant les normes de la sexualité légitime, largement influencée par la pornographie.

Il y a un manque flagrant d’éducation à la sexualité et à l’égalité. Des directives existent pourtant dans l’enseignement secondaire, mais elles ne sont pas suivies. Les élèves ont droit à un cours sur la reproduction, avec une approche androcentrée, focalisée sur la pénétration. On n’y parle jamais du clitoris. D’ailleurs, ce n’est que très récemment que l’image complète du cet organe a été révélée au grand public. Combien de personnes savaient qu’il ne s’agissait que d’un « bout qui dépasse », mais d’un organe aux complexes ramifications internes ? Les étudiants en médecine ne l’apprennent même pas !

Le médecin en a profité pour mener sa petite enquête, nous demandant de répondre anonymement à trois questions portant sur les caractéristiques physiques de notre vulve. On dispose de peu de données quantitatives à ce sujet, ce qui n’empêche pas les chirurgiens esthétiques d’opérer les femmes ne se sentant pas « normales ».

Une discussion a suivi, les témoignages montrant bien qu’on était encore loin de l’épanouissement sexuel pour les femmes, quelle que soit leur génération. La découverte de sa propre sexualité apparaît comme un combat contre l’obscurantisme sexuel toujours à l’œuvre. Parmi les intervenantes, une femme d’origine africaine, excisée comme toutes les filles de sa famille, qui a fait appel au Dr Foldès pour faire reconstruire son clitoris ; une femme mariée dans les années cinquante, qui n’a rien appris sur son corps durant sa vie conjugale, et évoquait la sexualité des femmes âgées ; une mère indignée qu’une institutrice empêche rigidement sa fille de se tripoter à l’école. L’atelier aurait pu continuer longtemps, tellement il reste du boulot à faire ! Selon une déclaration de militantes lesbiennes, « il est temps qu’on brûle notre culotte ! », qu’on montre notre vraie sexualité.

Dans l’après-midi, j’ai suivi la table ronde « Éduquer au genre : pour en finir avec Mars et Vénus », portant là aussi sur des thèmes qui m’intéressaient. Au programme une vidéo de l’intervention de Catherine Vidal, « Le cerveau a-t-il un sexe ? », un point de l’historienne Christine Bard sur les études sur le genre, le résumé d’une enquête de la sociologue Sylvie Cromer sur les représentations sexuées dans les manuels scolaires et la littérature jeunesse, une intervention de Carine Favier du planning familial sur l’éducation à la sexualité et une présentation des interventions faites dans les écoles sur la lutte contre les violences sexistes par Nicole Crépeau, de Solidarité Femmes.

Un dernier documentaire sur l’action de syndicalistes marseillaises, les dernières discussions animées dans le hall sur la vie, la politique, le boulot (incroyable, j’ai croisé des collègues !). Ne restait plus qu’à profiter une dernière fois du merveilleux restaurant universitaire d’Evry avant de sauter dans le premier RER pour Paris. Je ne revenais pas les mains vides, ayant fait l’acquisition de la Fabuleuse histoire du clitoris, de Jean-Claude Piquard, pour en faire un cadeau pas du tout intéressé à Quintilien.

Je ne pouvais malheureusement pas y retourner le lendemain, manquant d’autres ateliers à l’intitulé prometteur et l’insigne honneur de croiser Najat Vallaud-Belkacem, ce qui ne m’a pas empêchée de dormir. L’expérience m’a plu, je reviendrai je pense, en essayant de participer à plus d’ateliers.

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