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Le Moine

22 juillet 2012

Enfer et dépravation sont au programme de ce roman, écrit par un auteur âgé d’une vingtaine d’années. A Madrid, le moine Ambrosio déplace les foules à chacun de ses sermons. La belle mais pauvre Antonia est subjuguée par son éloquence et déclenche l’admiration de Don Lorenzo. Le compagnon de celui-ci, Don Christoval, déclenche lui l’admiration de Léonella, la tante d’Antonia. Le récit passe ainsi des petits ridicules des personnages en proie à des passions banales, à l’analyse psychologique impressionnante d’un religieux extrême dans sa foi.

C’était un homme d’un port noble et d’un aspect imposant. Sa taille était haute, et sa figure remarquablement belle ; il avait un nez aquilin, de grands yeux noirs et étincelants, et d’épais sourcils qui se touchaient presque ; son teint était d’un brun foncé, mais transparent ; l’étude et les veilles avaient entièrement décoloré ses joues ; la tranquillité régnait sur son front sans rides ; et le contentement exprimé dans chacun de ses traits, annonçait une âme exempte de soucis comme de crimes. (p. 33)

Une telle sainteté ne fait pas forcément bon ménage avec l’humilité, nous glisse l’auteur. Le malheureux ne se connaît en fait pas du tout lui-même et ignore encore qu’il va mener une lutte acharnée contre ses propres instincts.

Alors que je commençais à tourner fébrilement les pages concernant ce moine sexy, il m’a fallu passer aux intrigues parallèles. Comme dans tout bon roman du XVIIIe siècle, des récits d’aventure enchâssés lient les histoires entre elles. Nous apprenons ainsi que Don Lorenzo a une sœur, Agnès, qui vient de prendre le voile, au grand désespoir de son fiancé, Don Christoval. Les jeunes hommes vont faire tout leur possible pour la libérer de la discipline impitoyable du couvent. Ils connaîtront des aventures de leur côté, baignant dans le thème des revenants et spectres en tout genre. Le récit le plus frappant est celui de la nonne sanglante, un thème populaire à l’époque.

Ce roman mêle la magie, associée au diable, et les excès bien humains, avec des descriptions d’une sensualité débridée. Dans l’Espagne catholique, les désirs sont tumultueux, exacerbés par l’interdit. L’auteur semble condamner la répression de la sexualité. Pourtant, sous sa plume, la satisfaction charnelle constitue le premier pas vers le crime : viol, meurtre…

La recherche du sensationnel ne nuit pas au plaisir de la lecture, l’auteur faisant preuve d’une écriture très élégante et vivante. On marche à fond avec les prédictions funestes, les apparitions, les sorts démoniaques. J’ai adoré la fin, sombre et cynique à souhait.

Matthew-Gregory Lewis, Le Moine, 10/18, 1972 (The Monk, 1795)

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4 commentaires leave one →
  1. 28 juillet 2012 11:04

    J’ai aussi beaucoup aimé ce roman. Il est parfois un peu grotesque et outré, mais dans l’ensemble, ça fait un mélange détonnant !

    • 12 août 2012 19:19

      Oui, il faut marcher à fond dans le gothique pour apprécier, mais parfois ça fait du bien !

  2. 15 août 2012 10:55

    J’ai aimé ce livre pour tous ses motifs gothiques… Et quel maîtrise de l’intrigue !

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