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Propaganda

22 août 2012
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Edward L. Bernays (1891-1995) est l’inventeur des techniques modernes de relations publiques et de publicité. Neveu de Sigmund Freud, il s’est appuyé sur les travaux de celui-ci pour proposer ni plus ni moins que de nouvelles méthodes de manipuler l’opinion. Dans la préface, Normand Baillargeon, auteur du Petit cours d’autodéfense intellectuelle, souligne son « ton de bonimenteur ». Son livre est en effet une sorte d’auto-publicité, à l’attention de clients potentiels.

Sa carrière a été jalonnée de succès. Entre autres exemples, la « Commission Creel », visant à inciter les Américains à s’enrôler en 1917, la promotion du petit-déjeuner œufs-bacon, la vente de pianos, le tabagisme féminin (il s’agissait bel et bien d’inciter les Américaines à fumer, en faisant intervenir des fumeuses dans une parade new-yorkaise, de façon à ce que la cigarette obtienne un cachet « suffragette »), l’utilisation de produits chimiques en agriculture, l’abandon du tramway en ville au profit de la voiture individuelle…

La technique qui permet une telle métamorphose de la perception qu’a le public d’un objet donné consiste à créer un tiers parti, en apparence désintéressé, qui servira d’intermédiaire crédible entre le public et l’objet de la controverse et qui en modifiera la perception. (p. 8-9)

Il s’agit de jouer avec les désirs du public, en lui faisant croire qu’il désire spontanément tel ou tel objet. Baillargeon le rattache au courant antidémocratique, dans la mesure où le public constitue à obstacle à contourner, notamment en politique. Il est préférable que la masse choisisse les « hommes responsables » qui dirigeront la nation et il est nécessaire d’indiquer à cette masse quels représentants désigner, ce qui revient à laisser une « minorité intelligente », ayant les moyens de se payer des spécialistes des relations publiques, décider de ce qui est mieux pour le pays.

Bernays ne l’ignorait pas puisque son livre commence quand même par :

La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays. (p. 31)

Pour lui, le terme de propagande n’était pas connoté négativement. Il l’emploie pour « désigner un effort cohérent et de longue haleine pour susciter ou infléchir des événements dans l’objectif d’influencer les rapports du grand public avec une entreprise, une idée ou un groupe. » Enthousiaste, il envisage toutes les applications possibles des moyens de communication modernes (la télévision n’en est qu’à ses débuts) et présente sa méthode comme scientifique, voire élégante. Son travail n’est en fait qu’une vaste entreprise de promotion du capitalisme, où il s’agit de créer une demande continue pour écouler les produits industriels, ainsi que les denrées moins matérielles. Il faut jouer sur les émotions, surtout en politique : une campagne doit se baser sur l’étude scientifique du public, lui vendre un parti, un candidat, un programme ; un politicien doit maîtriser les techniques commerciales de l’industrie.

On peut amener une collectivité à accepter un bon gouvernement comme on la persuade d’accepter n’importe quel produit. » (p. 101)

Le livre est court, schématique. Je le trouve intéressant à lire pour comprendre comment sont nées les techniques de communication actuelles… et apprendre, petit à petit, à les décrypter pour prendre du recul. Bernays ne voyait pas vraiment où était le problème dans sa démarche de manipulation des esprits. Il s’est montré choqué de l’utilisation fructueuse de ses méthodes par Goebbels dans l’Allemagne nazie. Dès le départ, son projet était pourtant nettement antidémocratique et visait à subsister des modèles à penser au débat citoyen.

Edward Bernays, Propaganda : Comment manipuler l’opinion
en démocratie
, Ed. La Découverte, 2007, 141 p. (1928)

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2 commentaires leave one →
  1. 22 août 2012 21:33

    Ca a l’air très intéressant. Je m’empresse de le noter.

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