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Le Ventre de Paris

1 octobre 2012
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Ce roman est une véritable performance ! Un premier long chapitre jette le héros au milieu des Halles de Paris, dans un flot de victuailles, avec une profusion de descriptions. Florent rentre du bagne, harassé, sur une charrette débordant de légumes. Il cherche à rejoindre son demi-frère Quenu, qui prospère dans sa belle charcuterie. Dès le début, son épouse Lisa prend le maigre hère en grippe. Issue de la famille Macquart, elle en cultive l’appât du gain et le goût du confort. Sous les apparences paisibles du commerce alimentaire, c’est la guerre, celle des Gras et des Maigres, les Gras gagnant toujours.

À droite, à gauche, de tous côtés, des glapissements de criée mettaient des notes aiguës de petite flûte, au milieu des basses sourdes de la foule. C’était la marée, c’étaient les beurres, c’était la volaille, c’était la viande. Des volées de cloche passaient, secouant derrière elles le murmure des marchés qui s’ouvraient. Autour de lui, le soleil enflammait les légumes. Il ne reconnaissait plus l’aquarelle tendre des pâleurs de l’aube. Les cœurs élargis des salades brûlaient, la gamme du vert éclatait en vigueurs superbes, les carottes saignaient, les navets devenaient incandescents, dans ce brasier triomphal. À sa gauche, de nombreux tombereaux de choux s’éboulaient encore. (p. 633)

Dans ce roman, Zola lâche une fois de plus toute sa haine des petits-bourgeois, capables des pires crimes s’ils voient leur tranquillité menacée. La dernière phrase résume bien sa pensée : « Quels gredins que les honnêtes gens ! ». Le second Empire a produit les spéculations frénétiques de la Curée, il se personnifie ici avec le magot patiemment amassé sur le dos des autres par les « honnêtes gens ». Les conspirations des républicains sont sévèrement réprimées. L’État policier est là pour protéger les citoyens qui prospèrent et veiller à ce que les masses révolutionnaires ne se soulèvent pas.

Bien avant l’aspect politique, c’est la description précise d’un quartier de Paris qui constitue le roman. Zola a minutieusement observé les Halles. Les tas de légumes sont décrits comme une œuvre d’art, suscitant d’ailleurs l’admiration du jeune peintre Claude Lantier, qui prend Florent en amitié. La coupe du pâté est décrite avec gourmandise ; la poissonnerie est toute une épopée. Les notes de terrain prennent le pas sur l’analyse psychologique mais on ne va pas s’en plaindre ; c’est un formidable travail d’observation, un témoignage précis et vivant sur la vie parisienne de l’époque.

Émile Zola, Le Ventre de Paris, Ed. Gallimard, « Pléïade », p. 601-895 (1873)

« Les Rougon-Macquart » : La Fortune des RougonLa Curée
Le Ventre de Paris – La Conquête de Plassans – La Faute de l’abbé Mouret –
Son Excellence Eugène Rougon – L’Assommoir – Une Page d’amour –
Nana – Pot-Bouille – Au Bonheur des dames – La Joie de vivre –
Germinal – L’Œuvre – La Terre – Le Rêve – La Bête humaine –
L’Argent – La Débâcle – Le Docteur Pascal

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6 commentaires leave one →
  1. 1 octobre 2012 15:02

    Merci pour cette description d’une série que j’ai lue il y a bien longtemps et dont je relis parfois l’un ou l’autre roman comme l’Assommoir ou Au bonheur des dames.
    Ce billet me donne très envie de relire Le Ventre de Paris.

    • 1 octobre 2012 21:47

      Ça me fait très plaisir de t’avoir donné envie de le relire. Je redécouvre la série des Rougon-Macquart dans l’ordre, je posterai mes billets à quelques semaines d’intervalle pour ne pas trop saouler mes lectrices. Aucune déception, toute l’œuvre vaut le détour. Je me dépêche pour arriver plus vite au Bonheur des dames !

  2. 19 octobre 2012 08:12

    C’est un roman magnifique, plein de verve et d’allant … Je ne peux plus passer aux Halles sans penser à Zola et à ses personnages.

    • 27 octobre 2012 17:38

      Oui, Zola a vraiment l’art de rendre les descriptions palpitantes. Les Halles ont tellement changé que je ne parviens pas à faire le rapport avec le roman. Par contre, j’ai toujours une pensée pour Denise Baudu (héroïne du Bonheur des dames), de Valognes, dans le train de Cherbourg.

  3. 26 octobre 2012 17:39

    J’ai bien aimé Le Ventre de Paris, même s’il y a quelque chose d’un peu systématique peut-être dans l’évocation des halles et de ses marchandises. Au Bonheur des dames est le prochain sur ma liste. Un ou deux Zola par an, dans l’ordre de publication des Rougon-Macquart. Tu le vois, je prends mon temps…

    • 27 octobre 2012 17:40

      Je vois ce que tu veux dire. On sent parfois un peu trop la technique, les descriptions par catégories, en rafales. J’ai retrouvé la même sensation dans la Faute de l’abbé Mouret.

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