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La Fabuleuse histoire du clitoris

21 octobre 2012

« Aiguillon de Vénus », « mépris des hommes », « la fougue et la rage de l’amour » : les expressions ne manquent pas au cours des siècles pour désigner l’organe féminin uniquement dédié au plaisir sexuel. À chaque époque son idéologie. On ne peut pas foutre la paix aux femmes et à leur sexe, il faut sans cesse théoriser, décréter, juger ! Le résultat en est, au XXIe siècle, ce que l’auteur sexologue de ce livre n’hésite pas à qualifier de véritable obscurantisme clitoridien.

On le constate, par exemple, en demandant à des collégiens de dessiner les organes génitaux féminins et masculins. Chez les filles, comme chez les garçons, les représentations du sexe féminin sont beaucoup plus schématiques, souvent fausses et incomplètes. Les filles ne connaissent donc pas leur propre corps. Les représentations actuelles valorisent le pénis, la pénétration et non l’orgasme féminin. La pornographie véhicule une certaine idée de la sexualité, au sein d’une culture plus pudibonde qu’il n’y semble.

Un rapide survol historique nous apprend pourtant que le clitoris n’a pas toujours été dédaigné. Même si le plaisir masculin est toujours passé avant le plaisir féminin, les médecins considéraient que l’orgasme de la femme était nécessaire pour procréer. Cette croyance erronée vaut aux pays catholiques une relative tolérance envers l’orgasme féminin, tant que les femmes ne s’adonnent pas à une lascivité condamnable. Au XVIe siècle, les livres d’anatomie faisaient très clairement apparaître le clitoris, puisque « c’est là que la Nature a mis le trône de ses plaisirs et de ses voluptés. » Une telle mention disparaît des manuels médicaux au XXe siècle !

Les avancées médicales vont détrôner cette menace potentielle contre l’honnêteté féminine. On découvre le rôle des spermatozoïdes et le mécanisme de la fécondation. Devenu inutile dans une société qui ne tolère que la fonction reproductive de la sexualité, le clitoris est dérangeant, condamnable en soi. Au XIXe siècle, la masturbation est sévèrement réprimée chez les petites filles et les « excisions thérapeutiques » en vogue dans les pays à dominante protestante, comme l’Allemagne, l’Angleterre et les États-unis, mais aussi en France. On peut parler de « clitoridectomies punitives sur les masturbatrices récalcitrantes » et même d’ovariectomie aux États-unis, « pour lutter contre la lascivité, la nymphomanie et l’hystérie. » Que l’opération soit risquée, accompagnée de complications et mutilante à vie ne pose pas de problème aux médecins. On oublie que les femmes ont autre chose qu’un vagin. À l’excision physique s’ajoute l’œuvre du « grand exciseur psychique », Freud, qui invente on ne sait trop comment l’orgasme vaginal et considère qu’une vraie sexualité adulte chez la femme délaisse le clitoris et investit le seul vagin.

L’auteur considère avec satisfaction un regain d’intérêt scientifique pour le clitoris au XXIe siècle, qui nécessite un état d’esprit militant certain. Il a pu constater que le clitoris était absent de sa formation de sexologue et de la sexologie médicale en général. Il est rare que les médecins ou gynécologues s’y intéressent pendant leurs consultations.

[Je confirme. On pourrait pourtant s’attendre à ce qu’ils s’enquièrent du bon fonctionnement de la sexualité de leurs patientes ? Une bonne santé sexuelle, ce serait juste l’absence de maladies ?]

Helen O’Connell a utilisé l’imagerie médicale moderne pour révéler toute la partie cachée du clitoris, qui s’étend bien plus en profondeur que le simple gland. En France, le docteur Pierre Foldès s’est spécialisé dans la reconstitution de clitoris chez les femmes excisées, enrichissant les connaissances sur cet organe.

Jean-Claude Piquard lance des idées de recherche à creuser à la fin du livre et sur son site. Il distingue orgasme clitoridien intense et long plaisir vaginal. Il se rend compte que les couples restent attachés au mythe de l’orgasme simultané et consultent en dehors de tout problème caractérisé. Finalement, les représentations erronées provoquent un beau gâchis dans les expériences individuelles. Les femmes doivent encore trouver leur épanouissement contre l’éducation répressive, les clichés, les appels à la « liberté » qui ne sont qu’un enfermement dans la norme pornographique…

Jean-Claude Piquard, La Fabuleuse histoire
du clitoris
, Ed. Blanche, 2012, 203 p.

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