Skip to content

La Conquête de Plassans

1 novembre 2012

Je continue dans ma lancée de chroniquer la série des Rougon-Macquart de Zola, au rythme d’un tome par mois, en conservant la date du 1er. Comme chez Cléanthe, cela devient donc un petit challenge personnel : le premier du mois, c’est du Zola !

Ovide Faujas, récemment arrivé à Plassans, est un abbé avec un objectif. On ne sait pas encore lequel, c’est toute l’intrigue du roman que de dévoiler petit à petit à quoi peut bien servir ce vilain prêtre mal fagoté, qui ne cherche pas à plaire.

Cependant le passage du prêtre, au milieu du salon, avait causé un étonnement. Une jeune femme, ayant levé brusquement la tête, eut même un geste contenu de terreur, en apercevant cette masse noire devant elle. L’impression fut défavorable : il était trop grand, trop carré des épaules ; il avait la face trop dure, les mains trop grosses. Sous la lumière crue du lustre, sa soutane apparut si lamentable, que les dames eurent une sorte de honte, à voir un abbé si mal vêtu. Elles ramenèrent leurs éventails, elles se remirent à chuchoter, en affectant de tourner le dos. Les hommes avaient échangé des coups d’œil, avec une moue significative. (p. 949)

L’abbé se fait héberger chez les Mouret, Marthe, l’épouse, étant la fille de Félicité et Pierre Rougon, qu’on retrouve ici en bourgeois enfin repus d’honneurs. Le ménage, serein en apparence, va bientôt révéler les tares habituelles de la famille. Parmi les trois enfants, Désirée est une simple d’esprit ; Serge et Octave seront les héros de la Faute de l’abbé Mouret, pour l’un, et de Pot-Bouille et Au bonheur des dames, pour l’autre. Marthe confond passion amoureuse frustrée et dévotion allant jusqu’à la démence. L’abbé, tout occupé à ses intrigues, laisse entrer le désordre dans la maison avec la plus parfaite indifférence.

C’est un roman que j’ai adoré. Rien d’étonnant, puisqu’il raconte une histoire proche de l’un de mes romans préférés, les Tours de Barchester, d’Anthony Trollope : la tentative de prise de pouvoir d’un prêtre ambitieux sur la population d’une petite ville cléricale. L’autorisation du mariage des prêtres, dans la religion protestante, joue un rôle important dans le traitement du sujet : chez Trollope, Mr Slope est ridicule dans ses entreprises de domination des esprits et encore plus dans ses tentatives pour se trouver une épouse fortunée. Chez Zola, l’abbé Faujas est simplement terrifiant, le pouvoir seul l’intéresse. Il n’a aucune ambition sur le plan matériel. Les relations entre les personnages n’en sont que plus perverses.

Les intrigues de pouvoir ecclésiastiques et politiques génèrent leur lot de petits scandales, exagérés dans une ville de province. Zola s’est consacré à une étude psychologique sérieuse, incluant les effets de la tuberculose. Sa description de la folie est poussée jusqu’à l’exagération, sous l’œil indigné de la terrible bonne, Rose. L’analyse fine d’un esprit détraqué ne se prive pas de péripéties spectaculaires, qui culminent dans la scène finale.

Je suis à présent convaincue de l’intérêt de lire les volumes de la série dans l’ordre : on apprécie mieux l’évolution des personnages, on les comprend mieux par leur hérédité. La folie de la famille peut prendre des formes bien curieuses…

Emile Zola, La Conquête de Plassans, Ed.
Gallimard, « Pléïade »p. 899-1212 (1874)

« Les Rougon-Macquart » : La Fortune des RougonLa Curée
Le Ventre de Paris – La Conquête de Plassans – La Faute de l’abbé Mouret –
Son Excellence Eugène Rougon – L’Assommoir – Une Page d’amour –
Nana – Pot-Bouille – Au Bonheur des dames – La Joie de vivre –
Germinal – L’Œuvre – La Terre – Le Rêve – La Bête humaine –
L’Argent – La Débâcle – Le Docteur Pascal

Advertisements
4 commentaires leave one →
  1. 3 novembre 2012 09:53

    Je n’avais pas vu le parallèle entre Trollope et Zola, mais, maintenant que tu le dis, ça me semble évident. Je vais relire La conquête pour comparer aux Barchester Towers.
    Ceci dit, Trollope a quand même plus d’humour que Zola…

    • 12 novembre 2012 17:35

      Par moment, je me dis que je fais une fixation sur Barchester Towers… 😉 Que je compte relire en anglais, d’ailleurs. Leur humour est différent. Celui de Zola est froid et désespéré, il met des mots d’esprit bien trouvés dans la bouche de ses personnages, décrit une situation dans toute son ironie avant de la retourner du côté morbide. Non, Zola n’est pas triste mais profondément pessimiste. Alors qu’il y a une vitalité chez Trollope, une vivacité pour décrire des situations plus statiques mais très scabreuses pour le milieu décrit (il en faut tellement peu !). Les derniers Trollope abordent des thèmes modernes pour l’époque, par exemple « He Knew He Was Right » parle de divorce, d’un couple en rivalité pour la garde d’un enfant et derrière les convenances victoriennes, on sent bien les mêmes enjeux qu’aujourd’hui.
      Je trouve que les deux auteurs dépotent, chacun à sa manière !

  2. 6 novembre 2012 16:32

    Un Zola par mois! Ma parole, à ce rythme, tu vas bientôt me dépasser! ;o) Je reste depuis plusieurs mois bloqué sur le début d' »Au bonheur des dames », que je sais que je vais adorer (je l’ai déjà lu il y a longtemps), mais plein d’autres sollicitations en ont retardé la lecture. J’ai beaucoup aimé également « La conquête de Plassans ». Par contre, je ne connais pas les « Tours de Barchester ». D’où le dilemme: reprendre Zola ou découvrir Trollope? Il y a plus malheureux comme choix!!!

    • 12 novembre 2012 17:27

      Je dirais même que je t’envie ce bonheur d’avoir les deux à découvrir !!! Demi-bonheur pour moi puisque j’avance dans l’œuvre d’Émile, délaissée ce mois-ci pour celle d’Anthony. Relire le Bonheur des Dames, c’est un délice, même si je connaissais certains passages par cœur. Et j’ai des surprises heureuses de lectrice, lorsque je découvre la Conquête de Plassans, ou la Faute de l’abbé Mouret, sans a priori, et que je tombe sur des pépites.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :