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La Faute de l’abbé Mouret

1 décembre 2012

Dans la famille Rougon, on a des courants d’air dans la tête. Serge Mouret a hérité de sa mère, née Marthe Rougon, la dévotion religieuse mêlée de sexualité refoulée. Ses extases devant les statues de la Vierge sont d’une grande équivoque. Il y met toute sa passion, depuis la sortie du séminaire. Ordonné prêtre et affecté à une petite paroisse provençale misérable, il a pris en charge sa sœur Désirée, simple d’esprit, et se délecte de sa vie ascétique.

Très affaibli à la suite d’une fièvre typhoïde, il passe sa convalescence dans une vieille demeure à moitié laissée à l’abandon, seulement occupée par un paysan bourru et sa nièce. Un peu sauvage, celle-ci passe tout son temps dans le grand jardin, guère entretenu depuis des années.

Serge se voit projeté dans le monde animal, de la reproduction, dont il était resté à peu près ignorant malgré sa fermière forcenée de sœur. Le livre bascule dans l’inspiration biblique assumée, avec le grand jardin où ses sens s’éveillent, une femme adorable à ses côtés. Il oublie bientôt sa grande ambition d’ « avoir tout l’amour, couché sur des ailes de cygne, dans une nuée de pureté, aux bras d’une maîtresse de lumière dont les caresses sont des jouissances d’âme ».

On retrouve la technique du Ventre de Paris, avec la description de la nature foisonnante en véritables morceaux de bravoure, catégorie par catégorie : des monceaux de roses, des charretées de plantes aromatiques, des cascades de fruits, et des arbres, des arbres, des arbres… Le livre se construit par contrastes frappants entre l’aridité de la garrigue et la profusion du jardin, entre la pureté de Serge et la débauche des paysans, entre l’abstraction des extases de l’abbé et le prosaïsme de la ferme de Désirée. C’est un roman expérimental, plus attaché aux sensations qu’à la psychologie, très curieux. Zola ose la candeur totale, parvenant à ne pas s’y casser les dents.

Emile Zola, La Faute de l’abbé Mouret, Ed.
Gallimard, « Pléïade, p. 1213-1527 (1875)

« Les Rougon-Macquart » : La Fortune des RougonLa Curée
Le Ventre de Paris – La Conquête de Plassans – La Faute de l’abbé Mouret –
Son Excellence Eugène Rougon – L’Assommoir – Une Page d’amour –
Nana – Pot-Bouille – Au Bonheur des dames – La Joie de vivre –
Germinal – L’Œuvre – La Terre – Le Rêve – La Bête humaine –
L’Argent – La Débâcle – Le Docteur Pascal

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2 commentaires leave one →
  1. 5 décembre 2012 13:14

    Je vois avec plaisir que tu avances dans ton autochallenge Zola. Je suis en ce moment pris par une véritable frénésie de lectures zoliennes. Je viens de faire un billet sur « Au bonheur des dames », deux autres sont à suivre: « La joie de vivre » et « Germinal ».

  2. 7 décembre 2012 23:32

    J’ai beaucoup aimé La Faute de l’Abbé Mouret. Je l’ai lu il y a longtemps, mais la pureté naïve de leur amour m’avait beaucoup touchée.

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