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He Knew He Was Right

26 décembre 2012

he_knewEmily Rowley et Louis Trevelyan se sont mariés par amour mais forment un couple bien mal assorti. Mari et femme ont chacun un fort caractère, ce qui ne va pas avec l’époque, où l’épouse, c’est la moindre des choses, doit se plier aux volontés de son mari. Lorsque Mr Trevelyan soupçonne sa femme d’entretenir une relation un peu trop tendre avec un ami de son père, un mécanisme destructeur s’enclenche dans son esprit. Il refuse d’entendre les dénégations, il exige d’elle des aveux complets et l’arrêt de toute relation, même épistolaire, avec cet homme.

L’enjeu n’est pas tant dans la réalité de l’adultère que dans la soumission à l’autorité du mari, qui exige la confession d’une faute dont il doute lui-même de la réalité, et la promesse de lui obéir en tout point par le futur, conditions que la droiture et l’indépendance de la jeune femme l’obligent à refuser.

He had taught himself to believe that she has disgraced him; and, though this feeling of disgrace made him so wretched that he wished that he were dead, he would allow himself to make no attempt at questioning the correctness of his conviction. Though he were to be shipwrecked for ever, even that seemed to be preferable to supposing that he had been wrong. (p. 230)

Nous trouvons donc dans ce roman un type de personnage obsédé par une idée fixe, que Trollope se plaît souvent à décortiquer. Naturellement, Louis Trevelyan est parfaitement insupportable et lassant dans sa monomanie. Semi-échec, donc, pour l’auteur, qui avait l’intention de le rendre sympathique au départ ! Il se rattrape avec les autres intrigues. Le livre offre en effet deux registres différents, deux livres parallèles, avec d’un côté le drame Trevelyan contre Trevelyan et, de l’autre, la cour et le mariage de plusieurs personnages « secondaires » qui font, en fait, selon moi, tout le sel du récit. L’articulation des différentes intrigues entre elles n’est pas aussi aboutie que dans d’autres romans de Trollope ; seuls les liens familiaux des personnages permettent de les relier.

Un ton plus léger se fait jour avec le décalage entre le drame intérieur de chaque membre du couple et les réactions de leur entourage. Ainsi, pour certains, toute la solution à l’épineux problème se résume à : « Take her to Naples », comme si la ville italienne avait un pouvoir de pacification naturel sur les conflits conjugaux. Mais c’est surtout avec les tribulations matrimoniales de Mr Gibson qu’on rentre dans la comédie. Les différentes tentatives de ce pasteur terne au possible, dont la pire erreur est d’hésiter entre deux sœurs, illustrent le triste sort du célibataire qui n’a guère de chance de le rester. Contrairement aux observations anthropologiques des systèmes matriarcaux, c’est ici l’homme l’objet d’échange et aucune métaphore ne sera suffisamment bassement terre à terre pour décrire le passage du statut de célibataire à celui d’époux : on parle ainsi de l’homme comme d’un poisson au bout de l’appât, ou des sœurs comme de deux porcs autour de leur auge, se disputant leur pitance.

Comme d’habitude, tous les personnages féminins sont énergiques, ou au moins têtues en diable, comme Dorothy. On trouve aussi un développement intéressant autour du féminisme. Plusieurs femmes n’ont aucune envie de se marier, telle Priscilla, qui déclare crânement :

I am not fit to marry. I am often cross, and I like my own way, and I have a distaste for men. I never in my life saw a man whom I wished even to make my intimate friend. I should think any man an idiot who began to make soft speeches to me, and I should tell him so. (p. 141)

Rien de plus logique quand on voit la logique de la cour romantique à l’anglaise :

When a man can tell a young lady what she ought to read, what she ought to do, and whom she ought to know, nothing can be easier than to assure her that, of all her duties, her first duty is to prefer himself to all the world. (p. 205)

La militante américaine affirmée, Wallachia Petrie est souvent ridiculisée, tant sur son physique que sur son féminisme véhément. Mais on entrevoit une volonté de compréhension, voire de tolérance envers le personnage. Comme Priscilla, elle a le mérite d’être cohérente envers elle-même et d’avoir un sens développé de l’amitié (qui porterait peut-être un autre nom, si différentes sortes d’attirances pouvaient s’exprimer dans cette société…). Trollope semble considérer qu’il est dans la nature de certaines femmes d’être réfractaires au mariage et il n’essaie pas de les ridiculiser, du moins, en les montrant s’amouracher subitement du premier venu et rejeter d’un coup toutes leurs idées ; pas comme dans La Mégère apprivoisée, donc.

Miss Petrie was honest, clever and in earnest. We in England are not usually favourably disposed to women who take a pride in a certain antagonism to men in general and who are anxious to show the world that they can get on very well without male assistance; but they are many such in America who have noble aspirations, good intellects, much energy, and who are by no means unworthy of friendship. The hope in regard to all such women – the hope entertained not by themselves, but by those who are solicitous for them – is that they will be cured at last by a husband and half-a-dozen children. In regard to Wallachia Petrie there was not, perhaps, much ground for such hope. She was so positively wedded to women’s right in general, and to her own rights in particular, that it was improbable that she should ever succumb to any man – and where would be the man brave enough to make the effort? (p. 638)

Au final, on obtient un roman drôle, complexe, parfois agaçant lorsqu’il s’agit de l’intrigue soit disant principale mais qu’on aimerait bien voir expédiée une bonne fois pour toutes. Les processus de mise en place des sentiments amoureux, de la séduction et de la demande en mariage sont fascinants à observer. Trollope ne donne pas dans le romantisme mais lorsqu’il décrit deux jeune gens qui s’ignorent pendant une promenade, faute de parvenir à se déclarer, c’est plus touchant qu’un long monologue intérieur sur des sentiments tourmentés. J’ai cette fois encore été frappée par le réalisme de son écriture, notamment dans le portrait d’un jeune enfant déchiré entre ses deux parents, qu’il ne sait plus s’il doit aimer ou détester, qui semble très actuel.

Je termine mon challenge Trollope sur cette note admirative. L’achat récent d’une liseuse me permettra de découvrir le reste de son œuvre sans trop de peine. Vous n’avez donc pas fini d’entendre parler de lui sur ce blog !

Anthony Trollope, He Knew He Was Right,
Penguin Classics, 1994, 823 p. (1869)

Challenge_Trollope

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