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Son Excellence Eugène Rougon

1 janvier 2013

son_excellenceDans la famille Rougon, tout le monde ne succombe pas à une maladie nerveuse ou à la phtisie. Il y en a au moins un qui s’en sort, et même très bien. Eugène est le fils aîné des ambitieux Pierre et Félicité, à l’origine de leur réussite sociale à Plassans. Avocat de second ordre, puis ministre, « le plus grand des Rougon » est d’une nature énergique et sait se montrer patient pour arriver à ses fins. C’est un personnage parfaitement antipathique.

C’était, chez lui, un amour du pouvoir pour le pouvoir, dégagé des appétits de vanité, de richesses, d’honneurs. D’une ignorance crasse, d’une grande médiocrité dans toutes les choses étrangères au maniement des hommes, il ne devenait véritablement supérieur que par ses besoins de domination. Là, il aimait son effort, il idolâtrait son intelligence. Être au-dessus de la foule où il ne voyait que des imbéciles et des coquins, mener le monde à coups de trique, cela développait dans l’épaisseur de sa chair un esprit adroit, d’une extraordinaire énergie. Il ne croyait qu’en lui, avait des convictions comme on a des arguments, subordonnait tout à l’élargissement continu de sa personnalité. Sans vice aucun, il faisait en secret des orgies de toute-puissance. (p. 131)

Peu sensible, il se méfie des femmes et préfère combattre le désir plutôt que de s’adonner à des passions trop distrayantes. Sa rencontre avec Clorinde, une aventurière italienne qui recherche effrontément un mari, vire à un impitoyable jeu de séduction, qui tient plus du bras de fer que de l’effusion sentimentale. Leur cour belliqueuse ira jusqu’aux coups et à une scène glaçante de tentative de viol.

C’est, jusqu’ici, le volume des Rougon-Macquart que j’ai le moins aimé. Les hommes politiques se pressant autour de l’Empereur sont d’une grande médiocrité. On lève les yeux au ciel devant la nullité des enjeux de ce régime réactionnaire : la première scène montre ainsi le vote du financement du baptême de l’héritier. Ministre de l’Intérieur, Rougon abusera de son pouvoir, bâillonnera la presse, enverra joyeusement au bagne. Tout en privilégiant tranquillement ses amis par des emplois, des marchés juteux, des coups de pouce lors de procès. Cette bande d’amis rapaces étant bien sûre prompte à oublier à qui elle doit ses avantages.

En bonus, j’ai été surprise de la place prise par le département des Deux-Sèvres, et notamment par la ville de Niort, qui ne m’a jamais semblé bien littéraire !

Emile Zola, Son Excellence Eugène Rougon,
Ed. Gallimard, Pléïade, p. 11-369

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7 commentaires leave one →
  1. 1 janvier 2013 13:52

    J’ai lamentablement échoué au challenge Trollope, mais je le lirai quand même un jour…
    Quant aux RM, une de mes décisions est de le (re) lire en 2013, j’ai le tome 1 qui m’attend. Mais pas de challenge!
    Bonne année!

    • 2 janvier 2013 19:39

      Ce n’est pas un échec total, tu as lu Phineas Finn il me semble ! J’espère bien que tu auras un jour le temps de lire Trollope et d’y prendre autant de plaisir que moi. En tout cas, le challenge est clos, pas de prolongation puisque je trouve bien de s’en tenir à une date.
      Quant à Zola, je n’en fais pas un challenge mais j’accroche tellement que j’aurai sûrement tout lu en moins de six mois. Enfin, tout ce que je n’ai pas déjà lu et relu de lui, ce qui en enlève un certains nombre. Cela dit, il y a une œuvre derrière les Rougon-Macquart.

  2. 1 janvier 2013 18:21

    Je ne suis pas aussi sévère que toi envers ce roman. J’ai bien aimé au contraire la peinture des médiocrités politiques, de ce panier de crabe prompt à profiter du régime pour s’engraisser à qui mieux mieux. Une belle mise en garde de Zola le républicain…

    • 2 janvier 2013 19:42

      Oui, la description de la politique de l’époque reste un message très actuel. Disons que j’ai apprécié l’esprit de cette peinture mais les personnages m’ont semblé trop antipathiques pour m’attacher à eux un minimum. C’était voulu je pense de la part de Zola. Généralement, dans ses romans, il y a au moins un-e pur-e dans le panier de crabe, pour qui ça finit très mal ; là, que des crabes…

      • 9 janvier 2013 16:22

        Tu as raison, c’est assez féroce. Et que les crabes sont médiocres!

  3. 6 janvier 2013 23:05

    Je m’aperçois que je ne me souviens pas du tout de ce roman. Pourtant, j’en gardais un bon souvenir, mais il s’est complètement effacé de ma mémoire…
    Il ne devait pas être si bien que ça 😉

  4. 8 janvier 2013 23:23

    Je peux comprendre ton oubli ! Il y a des temps longs, la traversée du désert de Rougon, qui alternent avec des scènes de stratégie, d’action, la séduction façon bûcheron… Je n’ai pas trouvé que c’était un roman très équilibré et j’ai détesté tous les personnages.

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