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Marie-Claire

30 janvier 2013

marie_claireC’est une couturière âgée et souffrante qui nous conte sa jeunesse, dans ce court roman autobiographique qui a obtenu le prix Femina en 1910.

Marie-Claire perd sa mère à l’âge de cinq ans. Le père, alcoolique, n’étant pas en mesure de s’occuper de ses deux filles, elles sont séparées. La plus jeune, Marie-Claire, est envoyée chez les sœurs. Elle raconte la rude discipline, les amitiés surveillées, les travaux ennuyeux de couture, auxquels elle préfère nettement la lecture. Sœur Marie-aimée est son grand amour. L’ambiance pesante est quelque peu allégée par Ismérie, une naine espiègle, qui a peu de chances de sortir de l’orphelinat.

Le récit ne verse heureusement pas dans la religiosité. Le curé l’impressionne mais elle évoque candidement sa première communion.

Ma confession générale n’avait pas été trop pénible : cela m’avait donné à peu près la même impression qu’un bon bain. Je me sentais très propre.

À ses treize ans, la mère supérieure, prenant un malin plaisir à dompter sa fierté, l’envoie dans une ferme pour garder les agneaux. Elle se trouve plutôt bien du changement, même si sa chère Marie-Aimée lui manque. Le travail est dur, il faut sans cesse courir après les moutons, parfois les défendre des loups. Dans son coin de Sologne, elle est coupée de tout et ne peut aller à la ville. La lecture représente sa seule évasion, lorsqu’elle a la chance de tomber sur un bout de texte imprimé, comme dans ce beau passage où elle raconte sa découverte des Aventures de Télémaque.

J’aimais ce livre, il était pour moi comme un jeune prisonnier que j’allais visiter en cachette. Je l’imaginais vêtu comme un page et m’attendant assis sur la solive noire. Un soir, je fis avec lui un beau voyage.
Après avoir fermé le livre, je m’accoudai à la lucarne du grenier. Le jour était presque fini, et les sapins paraissaient moins verts. Le soleil s’enfonçait dans des nuages blancs, qui bouffaient et se creusaient comme du duvet.
Sans savoir comment cela s’était fait, je me trouvai tout à coup au-dessus du bois avec Télémaque. Il me tenait par la main, et nos têtes touchaient le bleu du ciel. Télémaque ne disait rien ; mais je savais que nous allions dans le soleil.

Ce récit, aux accents naïfs, reste dans un style très sobre. D’une grande pudeur, l’histoire de Marie-Claire laisse deviner la nature des « malheurs » de certaines. Elle constitue un document très intéressant sur la condition féminine dans les campagnes de la fin du dix-neuvième siècle. Dans ces milieux très modestes, toutes les femmes travaillent. Se marier est une chance mais représente aussi une lourde charge, familiale et économique, quand il faut tenir une ferme. Marie-Claire retrouve ainsi sa sœur, des années après leur séparation, endurcie par sa vie d’épouse.

Le livre se lit en moins de deux heures. Une suite a été écrite sur sa vie de jeune femme, couturière à Paris : l’Atelier de Marie-Claire.

Marguerite Audoux, Marie-Claire, 1910

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2 commentaires leave one →
  1. 3 mars 2013 13:03

    Ma maman l’a lue et à beaucoup aimé! Je me suis jurée de le lire!

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