Skip to content

Nanon

31 janvier 2013

nanonJe continue dans la bergerie avec le joli roman révolutionnaire de George Sand, Nanon. Une pastorale pour traiter du sujet de la révolution française, voilà qui est pour le moins surprenant. Et pourtant, on peut considérer qu’on a une lacune dans la représentation des campagnes au tournant de 1789. Le livre sera donc une de ces romances bucoliques animées des meilleurs sentiments qui soient, narré candidement par l’héroïne arrivée à ses vieux jours.

La petite Nanette Surgeon est recueillie par son oncle, qui la fait bergère. Voilà Nanon courant en tous sens pour nourrir la pauvre Rosette, qui ne trouve qu’une maigre pitance dans la campagne creusoise. Elle rencontre en vaquant à ses occupations un cadet de famille noble destiné à la prêtrise, Emilien de Franqueville. Le « petit frère » devient son grand ami et lui apprend à lire, une compétence qui fera de la jeune femme une érudite admirée du village.

Adolescente en 1789, elle entend parler de loin des événements parisiens. Ce n’est qu’à la vente des biens du clergé que le village se sent concerné. Le 14 juillet est fêté naïvement dans les campagnes, les paysans étant loin de soutenir l’usage de la violence. La Grande peur les barricade chez eux, dans la crainte des brigands. On trouve un peu trop de passages sur le bon sens paysan à mon goût, contrebalancés par des déclarations bien senties sur la bêtise des curés.

Nanon ne peut cautionner la violence révolutionnaire. La révolution est souvent ramenée à un massacre monstrueux et injuste et, à travers le personnage d’Emilien, on plaint un peu trop les nobles, même roturiers comme lui. La position défendue par le roman est donc ambiguë. La confrontation entre Nanon et le jacobin Castejoux, à qui elle reproche amèrement que « la fin ne justifie pas les moyens », fait le procès de la révolution. Au-delà de cette critique, on trouve une vraie dénonciation de la société de l’Ancien Régime.

Feu le marquis ne s’occupait nullement des rustres de son domaine. Il connaissait davantage les loups et les sangliers de ses forêts. Ses paysans n’étaient guère plus pour lui que ses chiens.

Petit détail qui m’aurait probablement échappé si je n’avais pas lu le Cœur du Mid-Lothian cet été, l’héroïne est directement inspirée de la Jeanie Deans de Walter Scott. Comme la farouche écossaise, elle n’est pas très jolie, entretient un amour serein et patient pour un vieil ami, traverse pieds nus le pays pour faire sortir l’être aimé de prison. On est carrément dans le plagiat, là, quand même, Georgie ! Touche sandienne, le séjour dans une clairière sauvage est mon passage préféré du roman, prônant la joie du dépouillement et des sentiments apaisés.

George Sand, Nanon

revolution

Publicités
4 commentaires leave one →
  1. 1 février 2013 08:44

    C’est drôle ce rapprochement avec Walter Scott, est-ce que tu sais si elle l’avait lu ?
    J’aime beaucoup la vision de la famille que donne Sand à la fin du roman, une famille qui mêle toutes les classes sociales qui s’affrontaient pendant le roman !

  2. 3 février 2013 18:32

    Il me semble qu’elle en parle dans ses lectures de référence. De toute façon, c’est simple, Le coeur du Mid-Lothian : 1818 ; Nanon : 1972. A lire les deux à peu de temps d’intervalle, la similitude saute aux yeux. Je ne sais pas trop pour la vision de la famille. Tout le monde est tiré vers le haut socialement, c’est bête pour un roman sur la révolution qui partait des milieux populaires.

  3. 5 février 2013 21:16

    Hélas, je n’ai pas vraiment aimé ce roman de George Sand (ma deuxième déception après Mauprat, alors que j’adore tous ses autres romans), je ne sais plus très bien pour quoi d’ailleurs – je crois le côté donneuse de leçons. Il faudrait que je jette un coup d’œil sur le billet que j’avais rédigé alors.

    • 9 février 2013 20:50

      Ton billet était assez critique, en effet ! Je dirais que c’est sa vision négative de la révolution qui m’a un peu déçue, plus que ses leçons de morale, auxquelles je suis habituée. On va dire que j’apprécie Sand malgré ça. J’avais bien aimé Mauprat, même si je l’avais trouvé très statique.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :