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L’Assommoir

1 février 2013
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assommoirL’Assommoir, ou la triste et lamentable histoire de Gervaise Macquart.

Dès sa parution, le roman a fait scandale : on lui reproche la vulgarité du langage, le tableau choquant de la classe ouvrière. Le ministère de l’Intérieur a ainsi estimé que « l’obscénité grossière et continuelle des détails et des termes s’ajoute dans ce livre à l’immoralité des situations et des caractères : on peut dire, même, qu’elle l’aggrave dans une proportion énorme. » Pour Zola, c’est évidemment un faux procès. Il entend dénoncer l’avilissement dans les taudis, l’abrutissement apporté par l’alcool. « C’est de la morale en action, simplement. »

Le roman se déroule dans le quartier parisien de la Chapelle. C’est tout un quartier ouvrier qui se dévoile, peuplé de bruits, d’odeurs, qu’on peine à imaginer à notre époque où les secteurs artisanal et industriel sont sinistrés. Gervaise se retrouve abandonnée, avec deux enfants en bas âge sur les bras, dans un hôtel minable à Paris. Travailleuse, elle a quasiment réussi à surmonter l’influence débilitante de sa famille de Plassans. Elle plaît à son voisin Coupeau ; ils se marient. Zola se livre alors à une description minutieuse des détails de leur chute sociale, prévisible dans les prédispositions psychologiques de la jeune femme. Au fond, Zola ne juge pas. Il l’aime, sa Gervaise, mais il ne peut rien pour elle. Elle est trop marquée par son milieu, la situation trop précaire pour ne pas dégringoler au premier coup de malchance. Il lui est impossible de surmonter sa fainéantise héréditaire, tout comme il est impossible aux ouvriers de ne pas succomber à l’alcool dans leur dure vie quotidienne.

Il l’avait empoignée, il ne la lâchait pas. Elle s’abandonnait, étourdie par le léger vertige qui lui venait du tas de linge, sans dégoût pour l’haleine vineuse de Coupeau. Et le gros baiser qu’ils échangèrent à pleine bouche, au milieu des saletés du métier, était comme une première chute, dans le lent avachissement de leur vie. (p. 509)

L’auteur décrit très précisément la vie laborieuse à Paris : les détails du métier de repasseuse, de blanchisseuse, de zingueur, aussi le travail à l’usine, dont la mécanisation détruit peu à peu les savoir-faire manuels. Même dans leurs loisirs, les ouvriers ne sortent pas de leur milieu. Leurs distractions se résument à quelques promenades mais surtout aux séjours prolongés dans les bars, où le temps passe en jeux et discussions avinées. Ils subissent un traitement à part lors des grands événements de la vie : à eux les mariages bâclés, les banquets de seconde zone, les enterrements expédiés avec mauvaise humeur par un curé frileux.

En dehors de cet aspect documentaire, on assiste aussi à des scènes spectaculaires, comme l’empoignade de Gervaise et Virginie au lavoir, le concours de clous des amoureux de Gervaise, voulant l’impressionner, le repas d’anniversaire, le delirium tremens de Coupeau.

Le livre est rédigé dans un langage familier, Zola s’étant documenté sur l’argot populaire. Peut-être en fait-il un peu trop mais le résultat est un style fleuri, qui nous transporte dans une rue populeuse de Paris sans problème. Les dialogues sont même souvent assez drôles. Le livre est intéressant pris à part, comme plaidoyer pour de meilleurs conditions de vie et de travail pour les classes populaires ; c’est aussi un jalon important dans la série, puisqu’on assiste à la croissance de la petite Anna Coupeau, future Nana, dont une bonne partie des vices s’explique par l’alcoolisme ambiant, la promiscuité et, bien sûr, par l’hérédité.

Émile Zola, L’Assommoir, Gallimard,
« Pléïade », vol. II, 1961, p. 301-796 (1877)

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2 commentaires leave one →
  1. 2 février 2013 15:39

    C’est un des romans les plus durs de Zola, je trouve. La dégringolade de Gervaise m’a été douloureuse : c’est tellement sombre, tellement sinistre …

  2. 3 février 2013 18:29

    Ah, ça ! Le contraste est rude entre le début et la fin. Gervaise est condamnée dès le départ par son hérédité…

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