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Une Page d’amour

1 mars 2013
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Encore un roman très particulier de Zola, que je rapproche de la Faute de l’abbé Mouret. Entre deux tomes hauts en couleur des Rougon-Macquart, L’Assommoir et Nana, où sa plume se fait particulièrement féroce, on a ici une histoire centrée sur quelques personnages, faisant une grande place aux mouvements intérieurs et au paysage.

La ville de Paris, vue depuis la fenêtre d’un appartement cossu de Passy, est la toile de fond de ce roman. Hélène vit seule avec sa fille Jeanne depuis son veuvage. Femme superbe, tranquille, dotée d’une « fierté de femme honnête », elle s’accommode très bien de son isolement et reporte toute son affection sur sa fille. Jeanne se porte mal. Zola a épluché divers traités médicaux pour concocter un de ces états maladifs mêlant une constitution fragile à une psychologie hautement nerveuse dont il a le secret pour tourmenter ses personnages. Jeanne est la digne descendante d’Adelaïde Fouque, l’aïeule démente de Plassans.

L’épreuve des sentiments passionnels va mettre cette famille fragile à cran. Hélène éprouve de l’amour pour la première fois de sa vie et décide perversement de laisser courir. Comme de juste, Jeanne montre alors son visage d’enfant trop choyée, égocentrique, qui ne supporte pas que sa mère ait une vie en dehors d’elle. L’analyse brillante de ce combat impitoyable relève de la psychanalyse. La description de l’amour fait aussi froid dans le dos.

Le livre glissa de ses mains. Elle rêvait, les yeux perdus. Quand elle le lâchait ainsi, c’était par un besoin de ne pas continuer, de comprendre et d’attendre. Elle prenait une jouissance à ne point satisfaire tout de suite sa curiosité. Le récit la gonflait d’une émotion qui l’étouffait. Paris, justement, ce matin-là, avait la joie et le trouble vague de son cœur. Il y avait là un grand charme : ignorer, deviner à demi, s’abandonner à une lente initiation, avec le sentiment obscur qu’elle recommençait sa jeunesse. (p. 95)

Un roman d’une froideur clinique, où les héroïnes subissent leurs sentiments sans les comprendre, sous le regard impassible de la ville étalée au loin.

Emile Zola, Une page d’amour, 1878

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4 commentaires leave one →
  1. lillyetseslivres permalink
    2 mars 2013 11:12

    Si je suis mon rythme de ces dernières années avec Zola, celui-ci devrait être lu cette année. Merci pour cet aperçu.

    • 15 avril 2013 22:34

      Oui, allez, courage pour ton projet Zola ! Si je suis mon rythme, les Rougon-Macquart seront bouclés avant l’été. 🙂

  2. 8 mars 2013 18:31

    J’avais vraiment beaucoup aimé ce roman. Je le trouve magnifique et dérangeant.

    • 15 avril 2013 22:33

      J’ai aimé mais il m’a aussi mise mal à l’aise. Je ne supporte pas la frustration ni le renoncement, dans la vie ou la littérature !

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