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Au Bonheur des Dames

1 avril 2013

au_bonheurAttention, livre culte ! Au Bonheur des dames est l’un de mes livres préférés, au même titre que la Petite Fadette, dont j’ai parlé il y a quelques mois. Et finalement, on peut trouver des analogies entre ces deux romans. Dans les deux cas, une héroïne jugée laide et gauche, qui ne se laisse pas abattre et persévère dans la voie qu’elle s’est fixée ; un amour pur, profond, douloureux ; des épreuves, de la patience, avant de parvenir au but, la forme la plus parfaite du bonheur.

Du Zola, vraiment ???

On retrouve globalement le scénario d’un Harlequin, dans un milieu qui semble le moins favoriser la romance : la modernisation du commerce de tissus et vêtements, appuyée sur le système capitaliste, qui fait disparaître le petit commerce et compte sur le besoin effréné de consommation de la clientèle. La production devient industrielle et passe de la satisfaction des besoins à la création de ceux-ci, excités par le talent d’étalagiste d’Octave Mouret.

Ce nouveau système s’appuie sur une nouvelle organisation du travail, où les employés sont logés et nourris dans la grande entreprise, au lieu d’une production familiale, entre gens qui se connaissent. Les vendeuses écopent d’un statut incertain, n’étant plus dans une famille qui les surveille ; elles deviennent des « femmes publiques » et subissent le droit de cuissage. Le salariat est vu comme une déchéance pour une aristocrate désargentée, contrainte de travailler dans le magasin.

Denise est l’héroïne idéale d’un roman sentimental. Sœur aînée d’une fratrie orpheline, elle s’occupe courageusement de ses petits frères, sacrifiant son confort pour eux. Timide, mais courageuse et têtue, elle cadre mal dans le milieu des vendeuses coquettes et perfides. On sympathise immanquablement avec la « désossée », la « mal peignée ». C’est néanmoins un personnage ambigu. On l’aime pour sa simplicité, sa droiture et pourtant elle adhère aux évolutions amenées par le capitalisme, tout en regrettant d’y perdre ses vieux amis des petites boutiques.

Nul regret chez le cynique Octave Mouret, le frère de l’abbé qui a fauté. Blasé par ses nombreuses bonnes fortunes, il entend plier les femmes à son désir de puissance, en flattant leur coquetterie pour mieux les ruiner dans son magasin. Il exploite rationnellement l’obligation de plaire des femmes, en dégageant des profits par des conditions de travail tout juste acceptables.

Cette application nouvelle de la lutte pour l’existence l’enchantait, il avait le génie de la mécanique administrative, il rêvait d’organiser la maison de manière à exploiter les appétits des autres, pour le contentement tranquille et complet de ses propres appétits. (p. 66)

Les vendeurs, payés en partie sur leur pourcentage de vente, se retrouvent ainsi en concurrence directe. La main d’œuvre est ajustée selon l’intensité de l’activité, avec des renvois en masse pendant la saison creuse. Évidemment, pas d’assurance chômage, pas de sécurité sociale, pas de retraite. Pour Denise, c’est « la misère en robe de soie ». Et pour Zola, une analyse quasi marxiste du développement du capitalisme industriel.

Zola, Au Bonheur des Dames (1883)

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