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La Joie de vivre

1 mai 2013
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joie_de_vivreOn retrouve comme héroïne de ce roman l’un des personnages secondaires du Ventre de Paris : Pauline Quenu, la fille du couple de charcutiers florissants, a maintenant dix ans. Devenue orpheline, à la tête d’une coquette fortune, elle est accueillie chez des parents éloignés de Normandie, dans le petit village de Bonneville.

Malgré la présentation d’un intérieur douillet, dans lequel la petite Pauline se sent tout de suite à l’aise, il apparaît rapidement que la famille Chanteau n’a que peu de dispositions pour le bonheur. Le père est d’une telle gloutonnerie que même la perspective de crises de goutte horriblement douloureuses ne l’empêche pas de se faire plaisir à chaque repas. La mère n’a bon cœur qu’en apparence ; elle convoite la fortune de Pauline, s’en empare petit à petit et, pour ne pas reconnaître qu’elle se méprise pour ce vol progressif, se met à prendre Pauline en grippe.

Pauline éprouve une vive amitié pour Lazare, fils unique des Chanteau. Tête folle et capricieuse, dans ses occupations comme dans ses amours, le jeune homme se passionne tout à tour pour la musique, la médecine, la chimie. Ses nombreuses idées d’entreprises échouent les unes après les autres, le plus souvent parce qu’il abandonne, dégoûté. Il éprouve une grande terreur de la mort, des idées morbides d’une telle ampleur qu’elles réussissent à lui pourrir la vie. Sa personnalité semble détraquée jusqu’à l’exagération, et pourtant, la lecture du dossier accompagnant le roman m’a appris que Zola partageait avec son personnage cet extrême dégoût de la vie, cette horreur de la mort, un pessimisme proprement pathologique. Le caractère du jeune écrivain était d’ailleurs bien connu de ses amis, dont nombre partageaient cette sympathique vision de la vie. Il semblerait donc bien que Lazare soit un personnage autobiographique.

Dans ce contexte, le titre du roman pourrait apparaître comme un trait d’humour noir. Sauf que Pauline ressent réellement un grand bonheur de chaque instant. Contrairement à ses parents, animés de passions funestes, elle décide non de poursuivre des chimères, mais de se satisfaire de son présent, aussi étriqué soit-il. C’est une philosophe, à sa manière, bien qu’il lui en coûte toujours au début de sacrifier ce à quoi elle tient le plus. Au seul moment où le courage lui manque pour être heureuse, l’auteur ne manque pas de nous suggérer que ce qu’elle convoitait ne l’aurait pas vraiment contentée, l’aurait peut-être même tirée vers le bas. Il ne reste donc plus grand-chose à quoi tenir à la fin, sinon ce solide appétit de vivre, purement animal, qui se suffit à lui-même.

Émile Zola, La Joie de vivre, Ed. Garnier-Flammarion, 1974, 355 p.

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